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Le Journal avait piégé ce pédophile

Il y a 10 ans, notre équipe avait réalisé une importante enquête sur les prédateurs sexuels en ligne

Robert Perron (à gauche) est un pédophile récidiviste qui veut changer de nom. Il avait été coincé par notre équipe du Journal dans le cadre d’un dossier sur les prédateurs sexuels en ligne en 2007.
Photo d’archives Robert Perron (à gauche) est un pédophile récidiviste qui veut changer de nom. Il avait été coincé par notre équipe du Journal dans le cadre d’un dossier sur les prédateurs sexuels en ligne en 2007.

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Le pédophile récidiviste qui veut changer de nom pour éviter que son passé ne vienne le hanter avait été pris sur le fait dans le cadre d’une enquête du Journal sur les prédateurs sexuels sur internet, il y a déjà plus de 10 ans.

Robert Perron a tenté au cours de l’été dernier de changer en douce son nom de famille pour Lévesque, soutenant qu’un «délinquant ne devrait pas payer plus d’une fois son crime».

Or, l’homme aujourd’hui âgé de 37 ans qui a été condamné à 54 mois de prison pour des crimes sexuels ne compte pas qu’un seul délit sur sa feuille de route.

Et dès 2007, une enquête du Journal avait permis d’illustrer la façon dont il opérait pour cibler ses victimes.

À l’époque, Perron avait approché une fille de 13 ans personnifiée par notre journaliste sur un site de discussion en ligne.

Sa proie en taxi

Très vite, il avait réclamé sa photo, puis lui avait proposé de l’alcool et de la drogue en échange de faveurs sexuelles.

«Es-tu ouverte d’esprit pour ton âge? [...] Car, moi, à mon âge on fait l’amour», lui avait-il écrit, soutenant faussement n’avoir que 17 ans, puis 22 ans. (Il avait en fait 26 ans à ce moment.)

Croyant avoir convaincu l’ado de le rejoindre à son logis du quartier Ahuntsic, Perron avait poussé l’audace jusqu’à lui envoyer un taxi pour la ramener chez lui.

Sauf qu’au moment d’ouvrir la portière et de payer le taxi censé lui livrer sa proie, notre journaliste était intervenu en lui lançant: «Pardon monsieur! Ça vous arrive souvent de faire venir des petites filles de 12, 13 ans chez vous comme ça?»

Pas le plus brave

Se trouvant devant un adulte plutôt qu’une victime potentielle, Perron avait blêmi, ses jambes tremblantes avaient flanché. En sueur, il avait dû s’accroupir pour retrouver ses esprits. Il avait nié savoir l’âge de la jeune fille, puis tenté de rejeter le blâme sur l’enfant: «Ben... elle me l’a demandé».

Confronté à ses échanges avec l’internaute de 13 ans, il avait fini par avouer avoir fait une erreur, «une pure connerie».

Pour sa défense, Perron contait se sentir seul à Montréal, où il disait avoir emménagé un mois plus tôt. De plus, à force de naviguer sur internet il disait avoir perdu ses repères et ses inhibitions, donc l’âge de ses interlocutrices ne lui importait plus. Il avait d’ailleurs avoué avoir déjà couché avec des mineures.

Penaud, il jurait qu’il avait eu sa leçon, qu’on ne l’y reprendrait plus, qu’il allait contacter un sexologue.

«J’ai peut-être un problème. J’y pensais à aller consulter. C’est peut-être le coup de pied au cul qu’il me fallait», assurait-il.

Perron est plutôt devenu depuis un pédophile récidiviste inscrit au Registre des délinquants sexuels à vie.

En 2014, il a plaidé coupable à plusieurs chefs d’accusation pour des gestes à caractère sexuel sur quatre jeunes filles de 14 à 16 ans du Lac-Saint-Jean, qu’il avait leurrées sur internet entre 2008 et 2013. L’expertise préliminaire effectuée sur son ordinateur avait «permis de relever environ six autres victimes potentielles», selon les libérations conditionnelles.

Il a aussi été reconnu coupable d’agression sexuelle sur une mineure de 13 ans, également recrutée sur internet, en 2006.

Aucun cheminement

En octobre dernier, au moment de se pencher sur la libération d’office de Perron après plusieurs non-respects des conditions, la Commission des libérations conditionnelles notait son «absence de cheminement».

«La majeure partie de vos énergies vont à l’encontre des intervenants [...] plutôt que sur votre processus de réinsertion sociale. À ce jour vous semblez imperméable aux interventions que le système judiciaire a eues à votre égard.»

«Malgré l’imminence de la fin de votre sentence, la Commission ne saurait tolérer vos comportements déviants considérant votre risque de récidive et votre dangerosité sociale qui sont considérés [comme] élevés», précisent les commissaires.

– Avec la collaboration d’Élisa Cloutier, Le Journal de Québec


Le Directeur de l’état civil n’a pas encore statué sur la demande de changement de nom de Robert Perron.

 

Rappel

Dans le cadre de cette enquête sur les prédateurs sexuels en ligne, nos journalistes étaient entrés en contact avec une quinzaine d’individus semblant présenter un risque pour les jeunes internautes. Cherchant à attirer l’attention sur le phénomène de la cyberprédation plutôt que sur ces individus, nous n’avions pas identifié les prédateurs démasqués. Cependant, malgré le tabou voulant que les journalistes ne livrent pas d’informations aux autorités, tous les renseignements les concernant avaient été transmis à l’époque à cyberaide.ca, la centrale canadienne de signalement des cas d’exploitation sexuelle d’enfants sur internet.