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La convergence

La convergence
Photo d'archives, TVA NOUVELLES

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L’appel au vote stratégique lancé par Jean-François Lisée constitue une invitation à réaliser la convergence sur une base individuelle après que Québec solidaire se fut montré sourd à une stratégie concertée des partis souverainistes. C’est aussi une autre façon de formuler le souhait de Jean-Martin Aussant, qui incitait les indépendantistes à mettre fin à leur exil en rentrant au bercail péquiste.

Je ne sais si l’appel du chef péquiste sera entendu à quelques heures du premier débat. Le clientélisme débridé pratiqué par ses adversaires avec des promesses qui atteignent 40 milliards de dollars (PLQ: 8,2 G$, CAQ: 7,7 G$ et QS: 24,8 G$) rend singulièrement difficile l’exercice d’exposer la cohérence du projet sous-tendu par l’ensemble des propositions de son parti dans la présente campagne électorale. Malgré qu’il mette de l’avant un projet bien articulé en matière de santé, d’éducation, d’environnement et de développement économique, tout en tendant vers l’indépendance et en s’avérant pragmatique sur le plan des promesses (4,6 G$), les électeurs se perdent dans la liste quasi infinie des adversaires. Il est rendu difficile pour le contribuable de trouver un sens à cette soudaine manne après des années d’austérité et une perspective de récession occasionnée par les guerres commerciales que se mènent les grandes puissances.

Le clientélisme ou le marketing électoral, ainsi baptisé par l’auteur Claude André, a entraîné un énorme déficit de solidarité et a accru l’individualisme vers des sommets qui frôlent l’égocentrisme, avec de plus en plus d’individus qui rêvent d’une société faite juste pour soi. Un véritable paradoxe dans un monde où le citoyen est devenu un consommateur qui voudrait que le gouvernement réponde à ses besoins particuliers en faisant la sourde oreille aux attentes de ses concitoyens afin de ne pas grever ses impôts personnels. C’est dans cet environnement alambiqué que le chef péquiste devra manœuvrer en tentant de ranimer la mobilisation autour d’un projet porteur qui nous éviterait de nous enterrer nous-même comme nation.

Les tiraillements sur la question de l’urne entre la CAQ et le PLQ sont ironiques et continuent de refléter les penchants au clientélisme de ces deux formations qui font des promesses sur mesure pour séduire quelques segments de l’électorat. La vraie question devrait plutôt porter sur le Québec équitable pour tous ses citoyens et sur le parti qui propose un État assez fort pour assurer cette équité. Les libéraux surenchérissent après nous avoir compressés sans vergogne. Les caquistes promettent avec l’impuissance d’un eunuque, car ils sont trop obnubilés par le clientélisme pour se définir. Québec solidaire plane avec des promesses gonflées à l’hélium qui auront tôt fait de dessouffler au lendemain des élections. Les péquistes demeurent modérés dans les promesses, mais peinent à faire le liant entre elles.

Jean-François Lisée a lancé l’appel à la convergence de toutes les forces progressistes et indépendantistes. Sera-t-il entendu ou fera-t-il face à la surdité de plusieurs qui se perdent dans leurs nuances idéologiques? Telle est la question pour un Québec qui se fragilise de plus en plus face à l’État fédéral.