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Lutte à la pauvreté : déception

Lutte à la pauvreté : déception
Antennes de paix

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Je le décrète : l’environnement n’est plus le grand oublié de la campagne électorale. À force de dire qu’on n’en parle pas, on a fini par en parler... pour dire qu’on n’en parle pas.

La lutte à la pauvreté est maintenant la grande absente de la présente campagne.

Mais est-ce que cela veut dire qu’on n’en parle pas du tout?

Bien sûr que non. Des mesures à gauche et à droite (oui, oui, même à droite on peut avoir de la compassion), mais rien de « structurant ». Que des promesses visant à charmer une clientèle électorale.

Ça me déçoit énormément parce qu’après tout, c’est pas loin d’un million de personnes dont il est question quand on parle de pauvreté au Québec.

Et ce ne sont pas toutes des prestataires d’aide sociale. Nombre d’entre elles travaillent, à temps partiel ou même à temps plein.

Bien sûr qu’on a parlé depuis le début de la campagne électorale de la hausse du salaire minimum à 15$/heure. Je me réjouis qu’aucun parti politique ose aujourd’hui se prononcer contre une augmentation du salaire horaire. C’est un bel exemple qu’un mouvement social peut réussir à infléchir des changements sociétaux.

Déçu de mon parti

Mais ma plus grande déception vient de mon propre parti. Québec solidaire a en effet annoncé hier vouloir mettre en place un projet-pilote de revenu minimum garanti (RMG) pour lutter contre la pauvreté. C’est déjà beaucoup plus que les autres partis.

Mais un projet-pilote : come on gang! Pourquoi manquer d’audace avec les pauvres alors que dans tous les autres domaines, vous osez foncer avec assurance, quitte à bousculer parfois?

GND se justifie en disant : «... on veut voir si un revenu de base permet de mieux soutenir les personnes vulnérables, de façon plus simple et efficace que le système d’aide sociale actuel.»

Le temps n’est plus aux projets-pilotes qui servent surtout à faire amende honorable.

Nous savons déjà qu’un revenu minimum garanti pour toutes et tous, sans distinction de «classes» de pauvres, les aptes et les inaptes comme on les appelle dans le jargon du milieu, est 100 fois mieux que l’aide sociale. Depuis la fondation de QS, nous le répétons avec assurance et avec raison.

Pourquoi alors ne promettre qu’un projet-pilote? J’imagine qu’un vrai RMG coûte les yeux de la tête et que QS a jugé que la colonne des dépenses dans son cadre financier (excellent par ailleurs) s’élevait déjà suffisamment. Dommage, si c’est le cas, mais le parti pourra à tout le moins se défendre d'être "réaliste"...

Québec solidaire propose en attendant d’instaurer un réel RMG d’augmenter substantiellement les prestations d’aide sociale. C’est déjà pas mal mieux que tous les autres partis réunis probablement.

Pour les personnes avec une contrainte sévère à l’emploi, la prestation serait bonifiée de 440 $ pour atteindre 1500 $ par mois. Pour les autres qui n’ont pas ces contraintes, la prestation serait haussée de 430 $, ce qui leur donnerait 1063 $ par mois.

Mais il demeure que cela déçoit.

Pas seulement moi, mais le Collectif pour un Québec sans pauvreté également. Dans un communiqué, le Collectif souligne qu’il manque plus de 5000 $ annuellement aux prestations proposées par QS pour les personnes «aptes» à l’emploi afin de couvrir leurs besoins de base déterminés par un indice reconnu, soit la mesure du panier de consommation (MPC) qui est d’environ 18 000 $ par année.

Des «bons» et des «mauvais» pauvres

Mais il y a quelque chose de plus qui m’agace : le maintien des catégories à l’aide sociale. Même si QS dit vouloir «en finir avec la culture du ‘bon’ et du ‘mauvais’ pauvre», le parti maintient dans un premier mandat une différence dans la prestation d’aide sociale, selon que la personne ait des contraintes sévères ou pas à l’emploi.

Les catégories à l’aide sociale sont discriminatoires. En quoi les besoins d’une personne avec des contraintes à l’emploi sont-ils différents de ceux d’une personne sans contrainte? C’est faux de croire, pour la très grande majorité en tout cas, qu’au-delà d’un certain seuil d’aide sociale, une personne ne voudrait plus travailler et mieux gagner sa vie si l’aide sociale est «trop» élevée. Les gens ne demandent pas mieux que de quitter l’aide sociale.

La pauvreté imposée aux personnes à l’aide sociale n’est rien d’autres qu’un déni des droits reconnus par des traités internationaux qu’ont signés le Québec et le Canada, dont le droit à la dignité et à un revenu suffisant pour assurer cette dignité.

Finalement, les catégories à l’aide sociale alimentent les préjugés à l’égard des personnes assistées sociales, tels que «les BS sont paresseux». Si QS veut éliminer ces préjugés, pourquoi alors les cautionner, même si c’est «en attendant» le RMG?

Québec solidaire est capable de mieux que ça

J’aurais voulu que QS aille au bout de ses idées. Ait l’audace, comme dans d’autres dossiers, de s’attaquer à la racine du problème. Même si ça coûte cher.

N'oublions pas que la pauvreté coûte cher également. Qu'en travaillant à l'éliminer, on permet à l'État d'économiser des dépenses importantes, en santé par exemple.

Au final, la lutte contre la pauvreté, c'est payant!