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La pirouette du Cirque du Soleil

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Le Cirque du Soleil s’apprête à se produire pour la première fois en Arabie saoudite.

Nos saltimbanques vont faire des acrobaties dans ce royaume qui a condamné le blogueur Raif Badawi à 1000 coups de fouet et où une militante féministe est menacée de... décapitation ?

Dans une capitale qui est au cœur d’une crise diplomatique depuis que le Canada a dénoncé les violations des droits de la personne en Arabie saoudite ?

Coudonc, je savais le Cirque du Soleil capable de contorsions, mais cette pirouette-là est difficile à accepter.

La Saint-Jean Saoudienne

Ce spectacle pour la fête nationale saoudienne, le 23 septembre, sera « l’une des plus grandes “productions uniques” » de l’histoire du Cirque.

L’entente a été conclue avant la crise entre Ottawa et Riyad. Mais personne ne pouvait ignorer que ce royaume est un des pires pays en termes d’égalité homme-femme et de droits de la personne ! Même notre PM Philippe Couillard est au courant !

Il y a des limites à se cacher la tête dans le sable !

J’ai contacté Marie-Hélène Lagacé, directrice des relations publiques au Cirque, qui m’a répondu : « Cette entente a été conclue dans la foulée du vent de réformes et de changements sociaux annoncés dans ce pays en début d’année ».

Sauf que depuis ces supposées réformes, le régime a emprisonné des dissidents, dont la sœur de Raif Badawi, Samar.

Et puis il y a le cas d’Israa al Ghomgham, cette militante féministe qui risque la décapitation « en raison de sa simple participation à des manifestations antigouvernementales ». Avant-hier, Amnesty International a demandé à la communauté internationale « de faire pression sur les autorités saoudiennes pour qu’elles cessent de recourir à la peine de mort ».

Récemment, je vous parlais de ces artistes qui boycottent Israël. La différence, c’est que lorsqu’on présente un spectacle à Tel-Aviv, on ne cautionne pas le régime, on s’adresse aux Israéliens, qui achètent leurs billets.

Mais dans ce cas-ci, le Cirque produit un spectacle pour la fête nationale qui sera diffusé à la télévision nationale. C’est clairement une collaboration avec le régime du prince Mohamed Ben Salman.

Comment vont se sentir la femme et les enfants de Raif Badawi, qui ont obtenu la citoyenneté canadienne le 1er juillet, en voyant le prince applaudir le Cirque ?

Affaires domestiques ?

Au sujet des violations des droits humains, Mme Lagacé m’a écrit : « Sachez que ces situations nous préoccupent et nous attristent beaucoup, comme c’est le cas pour tous les Canadiens. Toutefois, en tant qu’entreprise privée, nous ne croyons pas qu’il soit approprié de nous immiscer dans la gestion des affaires domestiques et étrangères des gouvernements ».

En 2016, le Cirque du Soleil a annulé ses spectacles en Caroline du Nord pour protester contre la loi « antitransgenre » de cet État américain.

Daniel Lamarre avait expliqué : « Je fais une distinction importante entre l’Amérique du Nord, qui est l’endroit où on vit, et le reste de la planète. [...] Ailleurs dans le monde, le Cirque du Soleil demeure apolitique, comme il l’a toujours été. Il respecte la culture, les us et coutumes des autres pays ».

Désolée, mais « respecter les us et coutumes » de l’Arabie saoudite, actuellement, c’est une contorsion que je ne suis pas capable de faire.