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Beaucoup de promesses inachevées

À un an des élections, le gouvernement de Justin Trudeau a encore du pain sur la planche pour tenir sa parole

Les libéraux du premier ministre Justin Trudeau devront démontrer leur sérieux en environnement, un thème qui leur est cher, malgré leur achat puis la suspension du projet d’agrandissement du pipeline Trans Mountain dans l’ouest du pays.
Photo AFP Les libéraux du premier ministre Justin Trudeau devront démontrer leur sérieux en environnement, un thème qui leur est cher, malgré leur achat puis la suspension du projet d’agrandissement du pipeline Trans Mountain dans l’ouest du pays.

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OTTAWA | Un vent électoral souffle sur la session parlementaire fédérale d’automne, qui commence demain. Il reste environ un an avant le prochain scrutin. Une année durant laquelle les libéraux de Justin Trudeau tenteront de réaliser des promesses faites aux Canadiens il y a trois ans. Il sera talonné de près par un chef conservateur Andrew Scheer, qui gagne en confiance. Le NPD, amorphe, pourrait lui aussi être revigoré si son leader Jagmeet Singh fait son entrée au parlement en se faisant élire dans une élection partielle qui sera déclenchée sous peu. Quelles promesses risquent de retenir l’attention ? Et quelles sont celles que tentera de réaliser en priorité le gouvernement Trudeau ?

 

Entre pipeline et environnement

Le pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan en construction à Jasper, en Alberta.
Photo courtoisie, Kinder Morgan
Le pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan en construction à Jasper, en Alberta.

Les libéraux ont promis un plan national de lutte contre les changements climatiques, avec la collaboration des provinces. L’Ontario de Doug Ford ne veut pas de la taxe carbone, pierre d’assise du projet environnemental libéral. Et l’Alberta s’est retirée du plan après la suspension des travaux de l’oléoduc Trans Mountain. Justin Trudeau peut difficilement se permettre de tordre le bras des provinces, lui qui s’est aussi engagé à respecter leur autonomie, croit le professeur Frédéric Boily de l’Université de l’Alberta. Les libéraux doivent toutefois démontrer leur sérieux en matière d’environnement s’ils souhaitent continuer de s’imposer aux dépens du NPD, ajoute M. Boily.

 

Promesses aux Autochtones

Justin Trudeau a-t-il placé la barre trop haut en promettant la réconciliation avec les peuples autochtones et une véritable relation de nation à nation ? L’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées piétine. Les 94 recommandations de la Commission de vérité et réconciliation sont loin d’avoir été toutes mises en œuvre comme promis, et de l’eau non potable continue de couler dans de nombreuses réserves.

« Il y a des initiatives qui ont été prises, mais le résultat final risque de décevoir les premiers concernés : les Autochtones », soutient le professeur François Rocher de l’Université d’Ottawa.

« Justin Trudeau doit démontrer qu’il prend cet enjeu au sérieux, au-delà des discours et des symboles », ajoute-t-il.

 

Les finances dans le rouge

Justin Trudeau avait promis un retour à l’équilibre budgétaire à temps pour les prochaines élections d’octobre 2019. Or, si la tendance se maintient, les finances du pays resteront au rouge pour encore de nombreuses années. Les libéraux risquent donc de se faire rassurants en présentant des déficits moins élevés que prévu. « S’ils montrent qu’ils maîtrisent l’évolution des dépenses publiques, l’électorat ne va pas trop leur en tenir rigueur, analyse Frédéric Boily. Je ne suis pas convaincu que les déficits seront trop dommageables, pourvu qu’ils n’apparaissent pas incontrôlés. »

 

Débloquer les milliards en Transport

Les libéraux avaient surpris tout le monde en campagne électorale en promettant des déficits pour investir massivement dans les infrastructures. En cette année préélectorale, parions que les Canadiens, dont les Québécois, entendront beaucoup parler des bienfaits de ces dépenses. Pour répandre la bonne nouvelle, Justin Trudeau a nommé cet été François-Philippe Champagne, considéré comme un bon communicateur, comme ministre des Infrastructures. Or, l’argent peine à sortir des coffres du fédéral. Seulement la moitié des 14,4 G$ promis dans la première phase du plan ont été investis jusqu’à présent, apprenait-on au printemps dernier. M. Champagne aura donc la responsabilité de donner un nouveau souffle à cette promesse, croient nos deux experts.

 

Le Canada de retour sur la scène internationale ?

« Le Canada est de retour » sur la scène mondiale, avait déclaré Justin Trudeau dans les heures suivant sa victoire électorale en 2015. Le chef libéral en faisait alors le slogan de sa politique étrangère. Mais le voyage controversé du premier ministre en Inde, des relations tendues avec Donald Trump dans la renégociation de l’ALENA et une réputation grandissante d’environnementaliste de façade jettent une ombre sur les aspirations de Justin Trudeau.

« Si jamais ça se passe trop mal avec l’ALENA, ses adversaires vont pouvoir dire que le Canada n’est pas tellement de retour », prévient Frédéric Boily.