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Jour J - 15 : Incursion en terre solidaire

Catherine Dorion, Marie-Eve Doyon, Sol Zanetti, Gabriel Nadeau-Dubois et Stéphane Lessard lors du rassemblement populaire de Québec solidaire à Québec, le 14 septembre 2018.
Courtoisie Québec solidaire Catherine Dorion, Marie-Eve Doyon, Sol Zanetti, Gabriel Nadeau-Dubois et Stéphane Lessard lors du rassemblement populaire de Québec solidaire à Québec, le 14 septembre 2018.

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À l’invitation de mon collègue Stéphane Lessard, spin doctor QSiste, j’ai accepté de passer 24 heures auprès de Québec solidaire. Histoire de confronter mes préjugés, mais aussi de rencontrer celles et ceux qui sont les mieux placés pour me montrer leur parti.
 
J’ai d’abord rencontré la candidate Eve Torres, qui était de passage à Québec, puis j’ai assisté au grand rassemblement de mi-campagne que Québec solidaire organisait à Québec vendredi soir.
 
Préjugés et réalité
 
Avant tout, cette incartade dans l’univers solidaire m’a permis de rencontrer des militants motivés, engagés et convaincus. 
 
Résidant dans une circonscription jugée « favorable » à Québec solidaire, je n’ai pas été surprise de constater que les militants que j’ai rencontrés ressemblent à mes voisins. 
 
Jeunes, vieux, étudiants, familles, blancs, noirs, riches, pauvres, les militants de Québec solidaire sont la parfaite représentation de la mixité sociale et économique qui prévaut dans les circonscriptions où le parti fait ses premières percées hors Montréal.
 
À cet effet, j’ai demandé au porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois si Québec solidaire pouvait faire des percées dans des circonscriptions qui ne sont pas caractérisées par une grande mixité sociale et un nombre élevé de personnes défavorisées, si Québec solidaire avait sa place en région, notamment.
Il me répond que sa formation reçoit des appuis de gens de toutes les classes sociales, tout en admettant que Québec solidaire est fortement enraciné dans les mouvements sociaux et les mouvements populaires. Il rappelle que le premier député de QS est un médecin spécialiste (Amir Khadir). 
 
Selon lui, l’environnement, sujet au cœur des politiques proposées par QS, touche tout le monde, pas seulement les gens « au milieu ou en bas de l’échelle ». Il croit que son parti a le potentiel de se faire une place en région.
 
Remettre en question nos perceptions
 
De ma soirée avec les QSistes, je retiens surtout l’orientation positive et mobilisatrice des discours entendus. Dans une ambiance festive et presque survoltée, j’ai entendu pour une rare fois un discours qui a le potentiel de fédérer les forces souverainistes.
 
En bonne fédéraliste, je n’ai jamais senti que la souveraineté était présentée comme une solution de rechange crédible à l’appartenance canadienne. Pendant ma soirée avec Québec solidaire, j’ai entendu pour la première fois un argumentaire qui a le potentiel de faire renaître l’envie de pays de souverainistes désabusés.
 
Sur la viabilité économique d’un Québec souverain, je demeure incrédule. Toutefois, sur l’urgence de prendre des décisions radicalement différentes pour l’avenir de notre planète, je comprends l’enthousiasme des militants de QS.
 
Je suis arrivée à l’événement avec les mêmes préjugés que bien des observateurs non convaincus par Québec solidaire. Je ne m’en suis pas caché non plus et j’ai bien fait sourire Catherine Dorion quand je lui ai dit que j’étais agréablement surprise par les militants de QS. 
 
Oui, on retrouve une somme assez impressionnante de sandales, de gougounes en tofu, de jupes en terre cuite et de sacoches en macramé dans leurs événements. Elle a explosé de rire en me disant : « c’est vrai qu’on passe souvent pour une gang de hippies qui sentent le pot et le patchouli ». Pour ma part, j’ai trouvé que les QSistes sentent très bon, même dans une salle bondée et surchauffée. 
 
Observation ridicule ? Pas seulement. 
 
En associant les membres de Québec solidaire aux mouvements sociaux, leurs détracteurs laissent planer l’image d’un parti de pauvres, de « pockés », de miséreux et de tout-croches. Au contraire. La salle que j’ai vue accueillait des jeunes familles avec leurs enfants autant que des aînés avec leurs chaises de parterre.
 
Au fond, ce que propose Québec solidaire, ce n’est pas d’améliorer notre fonctionnement politique et social. Ce qu’ils proposent, c’est de changer entièrement notre façon de voir la société. Si on refuse de changer le statu quo, on ne peut pas comprendre les propositions économiques et politiques de QS.
 
À ce sujet, mes perceptions et ma compréhension de ce parti et de son rôle sur notre échiquier politique auront été transformées. Et c’est très bien.
 
Comme libérale, j’ai l’impression que les propositions de Québec solidaire pourraient intéresser de nombreux militants de ma formation politique si la souveraineté du Québec n’était pas indissociable du programme politique QSiste.
 
Est-ce que je voterai désormais différemment ? Pas du tout. Mais je serai maintenant plus attentive aux propositions de Québec solidaire. Leur capacité à mobiliser leurs membres, notamment avec un discours comme celui prononcé par Catherine Dorion, me démontre qu’ils sont là pour rester. 
 
Je remercie mon collègue Stéphane de m’avoir présenté sa gang. J’espère avoir l’occasion de lui présenter la mienne. La solution à nos différends se situe fort probablement quelque part à mi-chemin entre nos propositions de solutions respectives et en cela, il y a quelque chose de très sain.
 
Catherine Dorion, Marie-Eve Doyon, Sol Zanetti, Gabriel Nadeau-Dubois et Stéphane Lessard lors du rassemblement populaire de Québec solidaire à Québec, le 14 septembre 2018.
Photo: Marie-Eve Doyon