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«Quand ça bouge, c’est obscène»

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En 1960, le Québec est entré dans le 20e siècle. Bye bye duplessisme, catholicisme et autres obscurantismes.

Parce qu’il y avait beaucoup de rattrapage à faire, parce qu’à cette époque, appelée les Trente Glorieuses, l’argent tombait du ciel, un petit manuel d’instruction de la sociale démocratie sous le bras (quand ce n’était pas un petit livre rouge de Mao), les rebaptisés « Québécois » ont confié à l’État la tâche de boucher les trous béants dans leur développement économique et social.

Ce qui fut fait fut en grande partie bien fait. Peu d’endroits sur Terre peuvent se vanter d’avoir connu une révolution « tranquille » qui a donné de tels résultats.

Le Parti québécois, arrivé au pouvoir en 1976, a complété l’œuvre en donnant au Québec un élan nouveau pour bâtir un État souverain.

Et maintenant ?

Nous sommes en 2018. Rien de tel qu’une campagne électorale pour faire le point. Hélas, le débat de jeudi confirme que nous roulons encore sur les dernières vapeurs du plein d’essence sociale-démocrate mis dans le réservoir québécois il y a un demi-siècle.

Surtout, ne toucher à rien, du moins pas en substance. Tout est parfait : les cégeps (1967), la santé (surtout pas de privé, même gratuit pour les patients), les retraites (1965), la mainmise syndicale sur les services donnés par l’État, l’Office de la langue française (1961), même la réforme ratée de l’éducation (1997).

Pendant que les Scandinaves rénovaient leur sociale démocratie dans les années 1990, nous admirions la nôtre.

Comme l’avait dit un policier devant les danseuses aux seins nus des Ballets africains à la Place des Arts en 1968 : « Quand ça bouge, c’est obscène. »

On ajuste, ici et là, mais pas trop. La machine à saupoudrage fonctionne : lunch des écoliers, soins dentaires, gratuité des transports en commun, le tout-à-l’État-tout-gratuit-vive-les-impôts qui enfonce encore plus la population dans sa dépendance à l’État a gardé son attrait.

Pas reluisant

Pourtant, les signes de dysfonction nous regardent en pleine face : diplomation de 63 % au cégep, ratés trop nombreux pour les énumérer en santé, pas d’épargne de retraite pour 50 % des Québécois, derniers au Canada pour le décrochage scolaire, recul du français à Montréal, analphabétisme scandaleux, réseau routier en très mauvaise condition, et pour chapeauter le tout, le Québec languit au fond du baril des provinces les plus pauvres quant au revenu personnel.

Oui mais, diront les fervents du tout-à-l’État, nous redistribuons la richesse par nos programmes. En créant des emplois de fonctionnaires ?

Jean-François Lisée promettait cette semaine de brancher tout le Québec à la fibre optique d’ici 2022. Parfait. Mais, comme si nous étions encore en 1970, pour y arriver, le PQ veut créer 1- l’organisme NumériQuébec, 2- un ministère du Numérique, 3- un Conseil national du numérique (l’usage abusif du mot « national » par le PQ étant un prix de consolation pour les souverainistes). J’attends ce jour béni où un parti choisira comme slogan : « En as-tu vraiment besoin ? » Ou encore : « Si rien ne change, rien ne change ».

Ça ne sera pas pour cette année.