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Élections de mi-mandat: majorité démocrate en vue à la Chambre des représentants

Élections de mi-mandat: majorité démocrate en vue à la Chambre des représentants
Photo AFP

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À quelques semaines des élections législatives de mi-mandat aux États-Unis, le 6 novembre, un survol des prévisions accorde aux démocrates une forte probabilité de reprendre le contrôle de la Chambre des représentants.

Les prévisionnistes électoraux aux États-Unis n’ont pas la vie facile depuis la surprise générale provoquée par la victoire de Donald Trump, contre toute attente, avec une solide majorité du collège électoral en novembre 2016. Il faut toutefois rappeler que leurs prévisions du vote national étaient justes, à un point de pourcentage près, et que la victoire de Trump au collège électoral a été acquise par une marge infime de moins de 100 000 votes dans trois États. Assistera-t-on au même genre de surprise en novembre 2018? Possible, mais peu probable.

Si la tendance se maintient...

On peut observer une tendance assez stable dans les intentions de vote en faveur des démocrates. Par contre, il faut noter que le découpage des cartes électorales donne un avantage structurel important aux républicains. Selon les calculs effectués par The Economist, il faut que la part démocrate des intentions de vote pour les deux grands partis soit supérieure à 53,5% pour que les intentions de vote nationales se traduisent par une probabilité de victoire supérieure à 50% pour les démocrates (cette dernière phrase a été réécrite pour corriger une erreur dans la version initiale de ce billet). La barre est haute pour les démocrates. Cette même analyse démontre que même si leur modèle de prévision accorde plus de 99% des chances aux démocrates de remporter le vote populaire, leurs chances d’obtenir une majorité de sièges à la Chambre sont d’environ 30%. Il reste donc une bonne marge d'incertitude.

Pour la Chambre des représentants, au-delà des sondages nationaux d’intentions de vote, qui accordent aux démocrates une avance qui oscille entre six et dix points stable aux démocrates, les modèles de prévision considèrent plusieurs facteurs qui définissent le contexte de l’élection, dont l’état de l’économie, qui devrait être favorable aux républicains. Que disent donc les modèles des prévisionnistes sur l’élection de mi-mandat? Quelles sont les chances d’un renversement de majorité à la Chambre des représentants?

La Chambre des représentants comporte 435 sièges, dont 240 sont présentement occupés par des républicains et 195 par des démocrates. Pour obtenir la majorité de 218, les démocrates ont donc besoin d’un gain net de 23 sièges ou plus. Le modèle de prévision le plus à jour est celui du site FiveThirtyEight, qui accorde une probabilité d’environ 82% à ce scénario.

Pour sa part, le magazine The Economist estime à 71% la probabilité d’une majorité démocrate à la Chambre des représentants en novembre, mais la prédiction moyenne de ce modèle donne une majorité plutôt modeste de 224 sièges démocrates et 211 républicains.

La plupart des autres modèles de prévision en viennent aux mêmes conclusions, malgré l’état de l’économie et de l’emploi qui devrait, en principe, favoriser les républicains. Par exemple, à la rencontre annuelle de l’Association américaine de science politique, le mois dernier, cinq spécialistes présentaient leurs prévisions, qui concordaient toutes largement. Alan Abramovitz, de l’Université Emory, prévoyait un gain de 37 sièges pour les démocrates; James Campbell de l’Université de Buffalo un gain de 44 sièges; Michael Lewis de l’Université de l’Iowa, un gain de 44 sièges; Robert Erikson, de Columbia, prévoyait un gain plus modeste de 27 sièges. Il s’agit évidemment de moyennes basées sur un grand nombre de simulation des élections dans chacun des 435 districts. (plusieurs de ces analyses sont disponibles sur le site Crystal Ball) Les résultats pourraient être supérieurs à ces chiffres, mais il existe aussi une probabilité non négligeable que les républicains provoquent la surprise.

Le poids de l’histoire

Les élections de mi-mandat entraînent presque toujours des pertes pour le parti du président en poste. En fait, depuis 1946, seules deux élections de mi-mandat ont entraîné des gains pour le président en poste, soit celle de 1998, alors que Bill Clinton voguait sur un taux d’approbation de 66% et une croissance économique solide, et celle de 2002, alors que les suites des attentats du 11 septembre 2001 provoquait un ralliement de l’opinion derrière le président (63% d’approbation) et son parti. De façon plus globale, les analystes retiennent que les élections de mi-mandat sont presque toujours des référendums sur la performance du président en place. Plus les électeurs ont une opinion défavorable de la performance du président, plus les pertes du parti présidentiel seront élevées. Barack Obama n’y a pas échappé. En 2010, Gallup plaçait son taux d’approbation à à 45% et il a perdu 63 sièges. En 2014, son taux d’approbation était à 44% et il en a perdu 13. Le tableau ci-dessous, basé sur les données de Gallup, résume la chose. Si on ne fait que projeter les résultats sur la simple base du taux d’approbation de Trump, on obtient une perte d’environ 40 sièges pour les républicains. Pas étonnant qu’un si grand nombre d’entre eux aient cru opportun de prendre leur retraite.

J’entends déjà les critiques fuser: en 2016, ces mêmes prévisionnistes prévoyaient l’élection d’Hillary Clinton avec des probabilités très élevées, alors ces chiffres ne veulent rien dire. Il n’en est rien. Premièrement, on parle en ce moment de marges sensiblement plus élevées pour le vote national en faveur des démocrates que ce qu’on observait à pareille date pour Hillary Clinton. Deuxièmement, il faut se rappeler que les prévisionnistes ne sont ni des aveugles ni des imbéciles. Ils prennent en compte les leçons des erreurs qu’ils ont pu commettre en 2016 et cela se reflète dans la prudence relative de leurs prévisions, qui oscillent entre 70% et 85% de probabilité d’une majorité démocrate. Troisièmement, les élections de mi-mandat sont largement dépendantes du taux de participation et la plupart des rapports sur le terrain indiquent que l’enthousiasme des opposants au président pour la participation aux élections législatives dépasse de loin celui de ses partisans. Finalement, on pourrait soutenir que les tendances économiques favorables devraient être suffisantes pour donner la faveur aux républicains, mais si tel était le cas, on observerait déjà cet effet dans les taux d’approbation au président et les intentions de vote. Or, les poussées de croissance observées dans l’année passée ne se sont pas traduites en augmentation d’appui, ni pour le président ni pour son parti.

Bref, à moins d’un renversement spectaculaire de l’opinion en faveur de Donald Trump et de son parti d’ici au 6 novembre, tout indique que les démocrates se dirigent vers une majorité à la Chambre des représentants. Au Sénat, c’est une tout autre affaire. J’y reviendrai.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM