/news/currentevents
Navigation

G7: sombre bilan pour Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés

Les deux organismes dénoncent l’utilisation de force excessive et des manquements à la liberté d’expression

G7: sombre bilan pour Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés
Photo d'archives, Simon Clark

Coup d'oeil sur cet article

Dans un rapport publié aujourd'hui, Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés dénoncent la force policière utilisée durant le Sommet du G7 et le «climat de peur et d’intimidation» dans lequel s’est déroulé l’événement.

Les deux organismes, qui ont mené une mission d’observation durant le Sommet du G7, déplorent dans leur rapport une présence policière injustifiée et excessive. Cette force répressive a eu pour effet de museler les manifestants et constituait, selon les organismes, une sérieuse entrave à la liberté d’expression.

«En adoptant une approche fondée sur la dissuasion et l’intimidation, les autorités policières ont violé [...] la liberté d’expression et [le] droit de manifester, plutôt que d’en faciliter l’exercice», peut-on lire dans le rapport présenté aujourd'hui, dont les conclusions s'apparentent à celles d'un rapport publié en août par des observateurs du ministère de la Sécurité publique.

Geneviève Paul, coauteure du rapport, dénonce que les policiers aient été parfois jusqu’à deux et même trois fois plus nombreux que les manifestants, selon les estimations des observateurs.

«Ce qu’on comprend encore moins, c’est qu’avant le G7, dans nos discussions avec les policiers, on nous disait attendre des foules allant jusqu’à 40 000 personnes. [...] Il n’y a toutefois eu aucune réduction des effectifs les 8 et 9 juin, après la première manifestation, même s'il était clair que [les] manifestants [ne seraient] pas plus de quelques centaines», fait remarquer Mme Paul.

Méthodes abusives

Largement débattue durant la tenue de l’événement en juin dernier, la question des méthodes de contrôle des foules utilisées par les forces de l’ordre fait partie intégrante du rapport des deux organismes. Des techniques qualifiées «d’entraves injustifiées» au droit de manifester.

Souricières, confinement des manifestants, port d’uniformes antiémeutes, port d’armes de contrôle des foules, fusils d’assaut et arrestations ciblées: les moyens employés ont vivement fait réagir Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés.

«Toutes les manifestations ont été pacifiques. Malgré ça, nos observateurs ont été témoins d’arrestations où on a eu recours à de la force injustifiée [contre] des personnes qui ne résistaient aucunement aux arrestations», déplore Geneviève Paul, ajoutant qu’on doit «arrêter de relier systématiquement manifestation et violence». «Le rôle des policiers est de faciliter le droit de manifester et de s’exprimer.»

Détention difficile

Les conditions de détention des gens arrêtés durant le Sommet du G7 ont également soulevé des questions au sein des deux organisations non gouvernementales (ONG). Certains détenus auraient eu de la difficulté à joindre leur avocat et leur détention se serait prolongée au-delà de délais «raisonnables».

«Il y a eu des problèmes d’accès au téléphone qui empêchaient des gens de parler avec leur avocat. C’est un problème sérieux, parce que ça porte atteinte au droit à l’assistance et au droit d’être représenté par un avocat», souligne la coauteure du rapport de 40 pages.

Des problèmes techniques ont aussi compliqué la tenue de comparutions par visioconférence, des accusés ayant de la difficulté à saisir clairement les propos du juge. «C’est inacceptable au regard de tous les préparatifs et des sommes importantes investies pour la préparation du sommet», selon Geneviève Paul.

17 recommandations

Au total, Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés soumettent 17 recommandations aux différents corps de police et au gouvernement à la suite des événements du G7. On demande notamment au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de réétudier les dossiers des personnes inculpées «afin de réévaluer [...] la pertinence de maintenir les accusations à la lumière des faits révélés».

«On demande que soient retirées les accusations [portées contre] ces personnes qui ont pu voir leurs droits violés», insiste Mme Paul.

Les ONG souhaitent aussi que les autorités revoient leurs méthodes dans l’optique d’assurer la liberté d’expression et le droit de manifester durant des événements de ce type.

«Ça a eu un effet dissuasif sur le droit de manifester. On souhaite pouvoir discuter des recommandations avec le ministère de la Sécurité publique. [...] C’est tout à fait dans les capacités des autorités, de changer les choses. Nous avons des recommandations concrètes qui peuvent être mises en place», assurent les organismes.