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Fermeture à l'école Cardinal-Roy: conséquence de l'école à la carte!

Fermeture à l'école Cardinal-Roy: conséquence de l'école à la carte!

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En secondaire 2, j’ai changé d’école. Je vivais des problèmes avec ma gang d’amies et j’ai donc quitté la polyvalente de mon quartier.

En 1990, c’était la première année du programme d’éducation internationale (le PEI), un programme du secteur public réservé à des élèves qui réussissent un test d’admission. Mon père y travaille en tant qu’enseignant, c’est donc vers là que s’oriente mon choix.
 
Ce que je remarque en premier est le dynamisme des professeurs.
 
Ils sont pour la plupart assez jeunes, motivés, dynamiques et créatifs. Ils ont volontairement embarqué dans ce nouveau projet et force est de constater que ça les stimule au plus haut point!


 
Pour nous encourager, certains utilisent des phrases telles que: lorsque vous ferez partie de l’élite..., ou bien, lorsque vous serez patron d’entreprise, médecin, grand scientifique, etc. Jamais artiste par contre...
 
Si j’obtenais une bonne note dans un cours, je pouvais enfin le dire haut et fort à tout le monde. La culture de la réussite était présente chez les élèves et je ne me faisais pas traiter de «bollée».
 
Mes frères qualifiaient mes nouveaux amis de snobs et d’intellos. À l’époque, je ne comprenais pas, mais aujourd’hui je comprends mieux.
 
Il y avait une espèce d’attitude de «pense bon» (pour reprendre les termes de l’époque) à cette école.
 
Nous étions les meilleurs, car inconsciemment ou pas, nous pouvions nous comparer. Nous comparer avec qui? Avec le secteur régulier.
 
Le secteur «régulier» était composé d’élèves faisant partie du territoire que desservait l’école. Rien de plus normal que la logique géographique pour remplir une institution scolaire, n’est-ce pas?
 
Rien de plus normal que de donner à des citoyens d’un quartier X la possibilité de se rendre à pied à son école, non?
 
Rien de plus normal que de compter un tant soit peu sur l’école de son quartier pour dynamiser un milieu de vie, non?
 
Semblerait qu’aujourd’hui, ce n’est plus important.
 
Le plus important, c’est de compétitionner avec le secteur privé qui offre lui aussi des concentrations et des programmes particuliers. Par conséquent, les élèves, comme au PEI que je fréquentais à l’époque, peuvent venir de partout.
 
À grand coup de tests d’admission, on exerce donc une ponction dans le «régulier» sur tout le territoire, pour former l’élite de demain.
 
Ce qui est fascinant avec ce système à deux vitesses, c’est qu’il prend place, depuis maintenant près de 30 ans, au coeur de notre système public!
 
Ainsi, l’école Cardinal-Roy, située dans le quartier Saint-Sauveur, fermera prochainement ses portes au secteur régulier et à celui de l’adaptation scolaire. Pourquoi? Parce qu’on manque de place pour les élèves en concentration!
 
Et le pire dans tout ça, c’est que ces programmes sont loin d’être gratuits. Il en coûte de 3000$ à 4000$ par année. On peut donc parler de ségrégation scolaire. Les riches ensembles et les pauvres...aweye, plus loin.
 
Certains affirment que c’est une bonne chose, et que, tel que je le mentionnais, les élèves du régulier ne souffriront plus de la comparaison avec leurs camarades des autres programmes.
 
Peut-être, mais n’est-ce pas se contenter de mettre un plaster sur le bobo? N’est-ce pas mettre de côté le vivre ensemble?
 
Remontons trente ans en arrière et ce problème ne se posait pas. L’école publique éduquait celles et ceux qui occupaient son territoire. POINT.
 
L’école publique ne desservait pas les riches ou les meilleurs pour repousser les autres un peu plus loin, dans un autre quartier. Parce que c’est ce qui va se passer, on va repousser les élèves du secteur régulier de Cardinal-Roy à l’école secondaire Vanier.
 
On pénalise donc les citoyens d’un secteur défavorisé –qui n’ont souvent pas de voitures– en les envoyant dans un secteur qui ne se fait pas à pied.
 
À l’époque, l’école publique acceptait tout le monde, sans faire de différence et surtout sans écrémer les groupes réguliers avec des concentrations, des profils et des options de toutes sortes.
 
Les performants côtoyaient ceux qui avaient de la difficulté et les enseignants avaient des groupes équilibrés.
 
Aujourd’hui, au nom de la performance et de la compétition, on classe les élèves.
 
C’est Le Meilleur des mondes...