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Au service du peuple ou du patronat?

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Le patronat a visiblement réussi à imposer ses intérêts dans le débat public. Il parait que le principal problème économique du Québec serait aujourd’hui une quelconque pénurie de main-d’œuvre. À en croire certains, il faut à tout prix aider les entreprises à trouver les employés qu’ils cherchent, sans chercher à vérifier si les conditions offertes sont en adéquation avec les normes du marché.

Le premier ministre fait ainsi grand étalage de cette chaîne milliardaire de fastfood qui a été obligé de fermer une succursale, faute de trouver des travailleurs prêts à accepter un salaire qui serait insuffisant pour une famille pour vivre au-dessus du seuil de faible revenu. Cette sortie du PM est alors applaudie par un candidat qui voit là un signe d’écoute des besoins du peuple. Ou encore, on s’émeut et on donne le micro à ce riche dragon obligé de faire quelques heures de caisse dans l’un de ses commerces, comme un vulgaire ouvrier, plutôt que d’offrir des conditions de travail intéressantes qui permettraient d’attirer des candidats.

Plusieurs politiciens, ceux du PLQ en tête, font de cet enjeu un élément clé de la campagne. Mais a-t-on pensé à donner la parole aux travailleurs, ceux qui sont supposément si en demande, mais qui étrangement, ne voient pas leurs conditions de travail augmenter tant que ça? Voici un indicateur très éloquent qu’il serait nettement intéressant à mettre de l’avant dans le débat sur la situation de l’emploi au Québec : celui de la surqualification. Il y a plusieurs moyens de mesurer ce concept, mais dans tous les cas, les études s’accordent pour dire qu’environ 1 travailleur sur 3 est en situation de surqualification (voir ici, ici, et ici). Il s’agit par ailleurs d’une situation qui touche particulièrement les jeunes diplômés, les femmes et les immigrants, mais dont en bout de ligne, aucun grand groupe n’est véritablement épargné.

La surqualification des travailleurs devrait d’autant plus interpeller les élus que les chiffres sont en forte croissance, conséquence de l’augmentation de la scolarisation des Québécois. En gros, c’est plus d’un million de travailleurs qui ont donc obtenu un diplôme qui n’est pas requis pour l’emploi qu’ils occupent. Surqualification rime bien souvent avec moins grande satisfaction de l’emploi et salaire moins élevé. Peut-être pourrait-on donner la parole à ces travailleurs surqualifiés, question de nuancer l’enjeu de la pénurie de main-d’œuvre?

En résumé, il y a environ 100 000 postes vacants au Québec (environ 3% des emplois disponibles), mais plus d’un million de travailleurs surqualifiés (le tiers des travailleurs) et 250 000 chômeurs (environ 6% de la population active). Et le salaire horaire moyen de ces postes vacants est de plus de 4$/h inférieur au salaire moyen du Québec. Avec de tels chiffres, force est de constater que le rapport de force n’est pas encore complètement dans les mains des travailleurs, ce qui devrait être le cas en situation de pénurie de main-d’œuvre. Et quand bien même ce serait le cas, devrait-on vraiment s’en plaindre?

PS. (Sarcasme) Je pense de plus en plus à me partir une compagnie de consultants en génie informatique, mais en offrant seulement des emplois à 12$/h (bilingue essentiel et temps supplémentaire pas comptabilisé). Cette entreprise serait super rentable, puisque je pourrais charger aux clients nettement moins que la concurrence qui paie mieux ses employés. Et si je ne trouve pas de candidats pour les offres d'emploi affichés, j’irai me plaindre au PLQ en disant que je suis en situation de pénurie de main-d’œuvre et qu'ils doivent faire quelque chose pour aider mon entreprise à survivre (je suis prêt à participer à un souper-spaghetti de financement par la même occasion).