/opinion/blogs/columnists
Navigation

Un grand moment pour les Browns

New York Jets v Cleveland Browns
AFP

Coup d'oeil sur cet article

La première victoire des Browns depuis le 24 décembre 2016 est une bonne nouvelle. Mais la prestation du quart-arrière Baker Mayfield, premier choix du dernier repêchage, elle, est une excellente nouvelle. En fait, il n’y a pas de mot pour dire à quel point il s’agit potentiellement d’un jour grandiose pour Cleveland et ses partisans éprouvés.

Il est frappant de constater à quel point les Browns semblent former une équipe différente avec Mayfield aux commandes de l’attaque, plutôt qu’avec le respectable, mais très limité Tyrod Taylor.

Je sais, je vous écrivais, pas plus tard que le 15 septembre dernier, à quel point il importe de rester calme après une seule performance d’un jeune quart-arrière. Que trop souvent, on leur fait porter le poids du monde sur leurs épaules après une journée difficile ou qu’on s’emporte après un bref moment de gloire... Mais le 27 avril dernier, je vous écrivais aussi que je croyais en mon for intérieur que les Browns avaient fait le bon choix.

Tout ça reste à déterminer, mais restons dans le moment présent. En observant Baker Mayfield face aux Jets, il est très difficile de ne pas croire que nous venons d’assister au début d’une nouvelle ère à Cleveland. J’irai même d’une petite confidence, au risque de mal paraître. Nous sommes entre nous, après tout, non? La sensation que j’ai vécue en contemplant Mayfield combler un déficit de 14 points face aux Jets m’a étrangement rappelé un moment fort vécu il y a exactement 26 ans, jour pour jour. Le 20 septembre 1992, les Packers, qui n’allaient nulle part depuis la fin des années 1960, tiraient de l’arrière, eux aussi par 14 points (17-3) face aux Bengals de Cincinnati. Un certain Brett Favre a rallié les troupes et guidé les Packers vers une victoire de 24-23. S’il a connu des hauts et des bas le reste de la saison et qu’il aura fallu attendre à l’année suivante avant de revoir Green Bay en séries, les premiers jalons de sa légende étaient tout de même établis. Les Packers, eux, redevenaient instantanément une franchise inspirante.

Je ne sais pas si Mayfield aura un jour une parcelle de l’impact d’un Brett Favre. Je souligne simplement que ses débuts rappellent ceux de l’ancienne gloire.

Statistiquement parlant, Mayfield a été impeccable avec 17 passes complétées en 23 tentatives, pour 201 verges de gains. C’est sans compter que ses receveurs ont échappé trois passes parfaitement dirigées.

Mais au-delà des statistiques, Mayfield a semblé s’installer dans le caucus comme un vétéran, véritable générateur de confiance au sein d’une équipe qui doit réapprendre à gagner. Le jeune quart-arrière s’est montré précis et surtout, décisif et enclin à lancer dans des fenêtres à peine ouvertes avec une assurance déconcertante.

Quant à ceux qui répliqueront que les Jets sont une équipe de second ordre, pourquoi donc Taylor n’arrivait à rien contre eux avant sa blessure (4 en 14, pour 19 verges)? Là où Taylor fuit les passes en milieu du terrain, Mayfield l’attaque en décochant avec un «zip» évident. Là où Taylor pense avant tout à déguerpir dès sa première lecture effectuée, Mayfield scanne le terrain en progressant verticalement dans sa pochette protectrice. Là où Taylor joue pour ne pas perdre, Mayfield joue pour gagner. Voilà une nuance d’une importance capitale!

Évidemment, la mentalité compétitrice à outrance de Mayfield le plongera parfois dans l’embarras. Sa propension à dégainer et à vouer une confiance absolue en ses habiletés lui fera quelques fois se heurter à un mur. Loin de moi l’idée de prétendre qu’après une victoire face aux Jets, Cleveland doit ériger une statue en son honneur.

N’empêche qu’il a démontré le cran et le talent nécessaire pour qu’on ne lui enlève plus le ballon cette saison.

Avant ce match, les Browns montraient un dossier de 1-72-1 depuis 2008 lorsqu’ils tiraient de l’arrière par 14 points. Ce n’est quand même pas banal et il est permis de croire que son énergie contagieuse a contaminé positivement les troupes.

Le débat continuera de faire rage autour de Mayfield. Ses nombreux admirateurs crieront au coup de génie des Browns et ses nombreux détracteurs attendront avec impatience son premier faux-pas sur le terrain ou en dehors.

Il n’en demeure pas moins que ses débuts fracassants redonnent espoir aux partisans des Browns. Qui peut en dire autant dans cette équipe désespérée depuis tant d’années? On ne saurait dire si cela va perdurer, mais il se passe définitivement quelque chose de spécial à Cleveland. Et c’est tant mieux!