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Perdre Cédrika, sa meilleure amie

Simon Boulerice
Photo courtoisie, Maxime Leduc Simon Boulerice

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Bouleversé par la disparition de la petite Cédrika Provencher, l’écrivain Simon Boulerice s’est inspiré des conséquences de ce drame sur la meilleure amie de la jeune fille pour écrire un nouveau roman d’une grande puissance émotive et littéraire, Je t’aime beaucoup cependant.

Simon Boulerice a abordé ce sujet difficile avec tact, et avec une grande intelligence émotionnelle, sans jamais tomber dans le sensationnalisme ou le cliché. Il en a fait une œuvre littéraire en imaginant où en sont aujourd’hui les amis de Cédrika. La jeune disparue est représentée par le personnage d’Annie-Claude dans le roman.

« Je dis toujours qu’un auteur, c’est une éponge, et j’aime ça, absorber. Des fois, il y a des choses qui arrivent dans la vie, qui ne sont pas en concordance, mais le travail de l’auteur, c’est de tisser des liens entre des choses parfois contradictoires ou opposées », déclare Simon Boulerice, en entrevue.

Simon a vécu une rupture amoureuse par texto, ce que va vivre le personnage de Rosalie. « Mon ex m’avait envoyé plusieurs messages et le premier que j’avais lu était en fait le dernier. Et c’était écrit : “je t’aime beaucoup cependant”. Tout de suite, ça a frappé mon imaginaire. Je me suis dit : mon Dieu, quel beau titre ! Et en même temps, je me suis dit : mon Dieu, c’est un peu évident qu’il me laisse... »

Quelques jours après, il a entendu aux nouvelles qu’on avait retrouvé les ossements de Cédrika Provencher. « À LCN, une jeune fille qui s’appelle Mégane est allée parler de sa meilleure amie. J’ai appris que c’était la meilleure amie de Cédrika. Elle parlait de comment elle se sentait, comment elle pouvait entamer son deuil, enfin, après des années à l’imaginer un peu partout. Et aussi à sentir une forme de culpabilité. »

Il l’a rencontrée par la suite. « Elle m’a raconté que le matin de la disparition, Cédrika s’est présentée chez elle. Elle est venue cogner pour qu’elles passent la journée ensemble. Elle n’était pas là, elle était chez sa grand-mère. Elle m’a dit la fameuse phrase... : si j’avais été là... »

Peine d’amitié

Simon s’est demandé si une peine d’amitié pouvait être plus violente et vertigineuse qu’une peine d’amour. « J’ai voulu opposer les deux désarrois et je pense, très sincèrement, que parfois, une peine d’amour, c’est moins violent qu’une peine d’amitié. »

Dans le roman, la narratrice, Rosalie, ne parle pas à son amoureux, elle parle à son amie en allée, son amie perdue, son amie Annie-Claude, disparue plusieurs années auparavant. « Rapidement, j’ai inventé un personnage, comme c’était vraiment de la fiction que je voulais faire. Pendant l’écriture, j’ai eu envie de me tourner vers Mégane McKenzie, témoin véritable. J’ai pu la contacter. Elle avait 18 ans, à l’époque. »

« On s’est rencontrés dans un café à Montréal. Et ce que je trouve très beau, et pas mal émouvant, c’est qu’elle est venue avec sa nouvelle meilleure amie. Une amie qui étudie en littérature et qui me connaissait un peu. (...) Je trouvais beau que l’amitié se cautérise un peu par une nouvelle amitié. »

Déplacer l’histoire

Simon Boulerice s’est inspiré du destin tragique de Cédrika et du témoignage bouleversant de Mégane, mais a voulu prendre des distances pour en faire son livre, qui n’est pas un récit ou un compte-rendu des faits, mais bien une œuvre de fiction.

Il a donc déplacé son histoire à Magog, une ville qu’il connaît très bien. « Je décris bien des lieux que je connais de l’intérieur. La maison dont je parle, c’est la maison de mes cousines. Le personnage que j’ai créé est à mi-chemin entre Mégane et moi. Ça devient Rosalie. »

EXTRAIT

Je t’aime beaucoup cependant, Simon Boulerice. Éditions Leméac, 264 pages.
Photo courtoisie
Je t’aime beaucoup cependant, Simon Boulerice. Éditions Leméac, 264 pages.

« Je nous revois dans la cour de récréation. Moi, la joue gelée, posée sur une tige de la clôture Frost à regarder le monde en retrait, sans me sentir concernée. Moi, comme toutes les gamines, affairée à m’anesthésier la mâchoire, indifférente au sort du monde, sinon centrée sur le mien. Et toi qui œuvrais comme une vigie, juchée sur les piquets de clôture, prête à intervenir si quelqu’un était en détresse. Une lifeguard de cour de récré avec une batch de pansements de divers formats dans le fond de tes poches. Les yeux grands ouverts pour scanner le désarroi ambiant. »

– Simon Boulerice, Je t’aime beaucoup cependant

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