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Un album inspiré par la «138»

L’album Mishta Meshkenu de Florent Vollant s’inspire de la route 138 reliant la frontière américaine à la Côte-Nord.
Photo courtoisie, Jean-Charles Labarre L’album Mishta Meshkenu de Florent Vollant s’inspire de la route 138 reliant la frontière américaine à la Côte-Nord.

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Florent Vollant connaît la route 138 sur le bout des doigts. Il l’a arpentée de long en large, à pied et sur roues depuis qu’il a 16 ans. Une « 138 » qui est devenue la ligne directrice de son nouvel album Mishta Meshkenu.

Mishta Meshkenu signifie la grande route en langue innue.

« La 138, je l’ai faite dans toutes les conditions imaginables. Seul, en gang, avec ma famille, fatigué, la nuit, en pleine tempête, dans la brume, à pied et sur le pouce. Ça fait partie de moi depuis que j’ai 16 ans. Cette route-là me connaît et je la connais », a-t-il indiqué, lors d’un entretien.

L’ex-membre de Kashtin explique que, pour son cinquième album solo, qui sera lancé le 28 septembre, cette thématique s’est imposée à travers un processus de création qui a duré une année et demie.

« Je me suis rendu compte, à un moment donné, que je parlais beaucoup de déplacements et de mouvements dans les textes de mes nouvelles chansons. C’est la thématique du nomade, en fait », a-t-il mentionné.

Florent Vollant a travaillé dans une multitude de configurations au fil des ans. Il est monté sur les planches en duo, en trio, en quatuor, en quintette et avec encore plus de musiciens.

La formule en quatuor avec guitare, dobro, banjo et violon, qu’il a exploitée au cours des deux dernières années, lui a donné l’idée de développer et d’aller plus loin.

« Mishta Meshkenu est un album très acoustique. Il n’y a pas de batterie, très peu de percussions et rien d’électrique. C’est très organique et c’est ce que j’avais envie d’explorer », a-t-il fait remarquer.

Reprise d’Offenbach

Le chanteur-guitariste dit être sorti un peu de sa zone de confort avec ce nouvel album, enregistré dans son studio de Maliotenam, sur la Côte-Nord, où l’on retrouve des sonorités folk, country, bluegrass, tex-mex et cajuns.

Florent Vollant a composé les chansons de Mishta Meshkenu avec l’aide des guitaristes Réjean Bouchard et André Lachance et de la violoniste Rachel Doré-Morin, qui apporte un élément de nouveauté dans sa musique.

Toutes les chansons de Mishta Meshkenu sont en innu, sauf la reprise de Mes blues passent pu dans porte d’Offenbach, offerte dans une version épurée, en douceur et différente de l’originale, chantée par Breen Lebœuf.

« Ça fait longtemps que j’aime cette chanson. Elle fait partie, en raison de la mélodie et du texte, de mon Top-5 des meilleures chansons du Québec. Je l’adore », a-t-il expliqué.

Il a déjà voulu s’attaquer à cette chanson lorsqu’il était plus jeune et il avait laissé tomber parce qu’il n’y arrivait pas.

« Je voulais la sortir du Forum de Montréal et la faire avec une chandelle. Je suis très fier de cette version. Je crois qu’elle est réussie et c’est quelque chose que j’avais envie de partager », a-t-il précisé.

Est-ce qu’il a eu envie de la traduire en innu ?

« J’y ai pensé, mais pas trop longtemps. J’ai trop de respect pour cette chanson. Je ne voulais pas la changer de cette manière-là », a-t-il indiqué.

Appropriation culturelle

Florent Vollant a remporté, en février dernier, une bourse de RIDEAU qui lui permettra de se produire dans une dizaine de lieux en Europe francophone.

« On va aller présenter ces nouvelles chansons là-bas au printemps avant de faire, je le souhaite, une tournée au Québec. Nous allons aussi donner des concerts dans l’Ouest canadien, dans le Nord et dans les communautés autochtones », a-t-il énuméré.

Concernant la controverse entourant les spectacles SLAV et Kanata, Florent Vollant avoue s’être senti bousculé en tant qu’autochtone.

« Il y a une façon de faire les choses et on n’a pas droit à l’erreur lorsqu’on veut raconter l’histoire des autres. Il y a eu des maladresses concernant Kanata. Ça n’a pas été fait de la manière que la plupart des artistes autochtones souhaitaient, soit en étant impliqués de ce projet, et c’est triste. On souhaite que ce soit bon et que notre communauté en soit fière, même si elle n’a pas été impliquée dans ce projet. C’est ce que je souhaite », a-t-il laissé tomber, sans aucune colère ni animosité dans la voix.

Le musicien souhaite que cette controverse puisse créer des ponts.

« Je ne pense pas juste à nous. Je pense aussi à ce que cette pièce va dire à nos enfants. C’est notre histoire à nous. Qu’on nous donne les moyens et nous allons la raconter, notre histoire », a-t-il conclu.


Mishta Meshkenu sera en vente en copie physique et numérique à partir du 28 septembre.