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Les règles sur la consommation du pot dans la région de Québec jugées trop sévères

La Direction de santé publique trouve que les règlements trop restrictifs sur le cannabis sont «injustifiés»

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Photo d’archives  L’interdiction de fumer du cannabis dans tous les lieux publics, imposée par certaines municipalités, encouragera les gens à fumer à l’intérieur, ce qui risque d’exposer des personnes vulnérables comme des enfants à la fumée secondaire, selon la Direction de santé publique de la Capitale-Nationale. 

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Le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale dénonce l’adoption de règlements municipaux trop sévères sur le cannabis, qui risquent d’avoir des effets pervers.

Dans les derniers jours, les villes de Lévis et de L’Ancienne-Lorette ont déposé leur projet de règlement qui prévoit une interdiction totale de consommer du pot dans tous les lieux publics sans exception, ce qui comprend la rue.

Les villes qui agissent de la sorte vont beaucoup trop loin, selon le Dr François Desbiens.

En entrevue avec Le Journal, mercredi, le directeur de santé publique (DSP) du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale confirme qu’il a fait connaître sa position par écrit à toutes les villes situées sur son territoire pour les sensibiliser aux répercussions de leurs décisions.

L’interdiction totale de fumer du pot en public, beaucoup plus restrictive que la loi provinciale, rappelle-t-il, n’est «pas justifiée» pour prévenir des problèmes de santé ou des problèmes sociaux, selon lui.

Exposition à la fumée secondaire

«Les politiques très limitatives sur les lieux de consommation du cannabis ne sont pas soutenues par un argument santé. Il peut y avoir des effets d’encourager les gens à fumer dans des lieux privés fermés, ce qui va entraîner une exposition potentielle à la fumée secondaire.»

Le Dr Desbiens pense aussi aux locataires – notamment les personnes à faible revenu ou les jeunes adultes – qui risquent d’être pénalisés si leur propriétaire ajoute l’interdiction de griller un joint dans leur bail. «Ils ne pourront pas fumer dans leur logement et ne pourront pas fumer sur le trottoir, dans la rue, dans les parcs, etc. Où pourront-ils fumer un produit légal? Il y a quelque chose, là, de particulier.

«Je ne dis pas ça parce que je veux encourager les gens à fumer, comprenez-moi bien. La première recommandation des gens de santé publique, c’est la non-consommation. Mais à partir du moment où les élus provinciaux et fédéraux disent que c’est légal, il faut regarder l’application [...] et ce qui pourrait avoir des effets potentiellement négatifs», précise-t-il.

Invitation le 30 octobre

Les maires ou directeurs généraux des municipalités de la Capitale-Nationale seront convoqués à une rencontre de discussion avec le DSP le 30 octobre, 13 jours après l’entrée en vigueur de la légalisation du pot. N’est-ce pas trop tard?

«Les règlements peuvent toujours être amendés», répond le Dr Desbiens, qui se dit en «mode sensibilisation». Les villes sont évidemment libres d’adopter leurs règlements.

La sortie du Dr Desbiens survient quelques jours après celle de la Santé publique de l’Estrie. L’Association des spécialistes en médecine préventive du Québec (ASMPQ) a également ajouté sa voix au débat mercredi.

«Les craintes de sécurité publique sont en train de prendre le dessus. On est un peu surpris de la tournure des événements», a confié la Dre Isabelle Samson.

«Si on met beaucoup d’énergie et d’argent dans le renforcement des lois et règlements, on va à l’encontre de l’esprit de la loi et ça réduit l’argent disponible pour la prévention», a-t-elle déploré.

Des règlements plus sévères que la loi

  • La loi provinciale encadrant le cannabis prévoit déjà l’interdiction de possession dans les lieux suivants : établissements d’enseignement préscolaire, primaire et secondaire ; services de garde ; centres de détention.
  • Il est également interdit de fumer du cannabis partout où il est interdit de fumer du tabac. À cela s’ajoutent : les terrains des établissements de santé, les terrains des établissements collégiaux et universitaires, les pistes cyclables et les aires d’attente de transport en commun.
  • Certaines municipalités comme Lévis, L’Ancienne-Lorette et Sherbrooke ont choisi d’adopter des règlements pour étendre l’interdiction du cannabis à tous les lieux publics, ce qui comprend aussi la voie publique, les places publiques et les trottoirs.