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Beaucoup de chemin à faire

Brigitte Dube
Photo courtoisie Brigitte Dube

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La réalité est peu reluisante quant au taux de diplomation des élèves dits « en difficulté », au Québec. Le vocable utilisé pour les désigner est lui-même révélateur de la vision que nous en avons : en difficulté.

Et si on changeait notre vision ? Si on reconnaissait que ces élèves présentent, certes, des défis, mais qui n’ont pas à devenir des difficultés lorsqu’on les dépiste dès leur tendre enfance ? Si on leur offrait d’emblée le soutien nécessaire avant le parcours scolaire ? Voyons-les autrement qu’« en difficulté », maintenant que ces conditions sont mieux comprises par la science.

Une formation à bonifier

Pour offrir ce soutien adéquat, il faut des ressources en nombre suffisant. Mais au-delà du nombre, une priorité : la formation de base (et continue) adéquate pour comprendre et soutenir convenablement ces élèves. Ce qui manque actuellement au Québec, que ce soit pour l’autisme, les troubles spécifiques du langage et des apprentissages ou la déficience intellectuelle.

Lorsqu’on connaît le nombre d’heures prévues au cursus scolaire pour expliquer aux futurs enseignants les conditions neuro-développementales, on comprend vite pourquoi ils sont débordés en contexte de classe et comment on migre vers une gestion « trouble de comportement ».

La réflexion se porte aussi pour les professionnels venant en soutien aux enseignants.

La majorité des enseignants veut comprendre et aider, mais c’est dès le départ qu’ils devraient recevoir une formation bonifiée à ce sujet, pas une fois rendus en gestion de classe.

Un élève qu’on perçoit comme opposant parce qu’on ne s’explique pas le traitement différent de l’information reçue par le cerveau, il se démotive et le cycle malsain s’enclenche, tant pour l’enseignant que pour l’élève.

Le parallèle se fait avec la maison. Tous ceux entourant ces enfants ont besoin d’une formation adéquate.

L’homogénéité, ça n’existe pas

Si on admettait que la vision du système scolaire est à rebâtir au Québec ? Si on reconnaissait que l’homogénéité attendue des élèves en classe n’existe pas dans la nature ? Et qu’elle ne peut non plus s’exprimer en classe ? Si on partait du principe que chaque individu apprend différemment ?

Un enfant dit « normal » aura lui aussi besoin d’épisodes de service pendant son parcours scolaire, même si ce n’est pas d’une façon soutenue comme pour l’élève présentant une condition neurodéveloppementale. Si on comprenait que l’intégration et l’inclusion sont deux concepts aux finalités différentes ?

Si, par souci d’en arriver à une solution efficace pour le développement réel du plein potentiel de TOUS les élèves, on regardait ce qui se fait au Manitoba, au Nouveau-Brunswick, en Ontario... depuis 20 à 30 ans ? Où les classes d’adaptation n’existent pratiquement plus, au profit de l’inclusion, avec succès ?

Si on reconnaissait que cette géométrie variable qu’est l’interprétation de la Loi de l’instruction publique dans les commissions scolaires du Québec fait en sorte que pour la vaste majorité des jeunes pour qui on vante les bienfaits des classes d’adaptation, ils n’auront jamais accès à un diplôme d’études secondaires ?

Que cette homogénéité visée dans la classe (régulière ou adaptée) n’aide personne ? Que l’on condamne des enfants de 6-7 ans à la non-diplomation sans avoir préalablement offert le soutien pour démontrer ce dont ils sont capables sans programme modifié ?

C’est une des raisons pour lesquelles des parents finissent par faire le choix de l’école à la maison. Et la vaste majorité des enfants « en difficulté » scolarisés à domicile atteignent les acquis permettant de décrocher un DES.

La scolarisation à domicile n’est cependant pas pour tous les parents. Quant au DEP, si l’élève fait ce choix en toute conscience et parce que cela lui plaît vraiment, c’est merveilleux.

L’indécence, c’est de décider pour l’élève, dès les premières années de son primaire, qu’il a peu de chances d’accéder au DES.

L’éducation, une priorité ?

J’aimerais affirmer que l’éducation est une priorité au Québec, mais ce n’est pas le cas. Pas quand on constate à quel point « l’intérêt de l’élève » n’est qu’une belle expression qui n’est pas mise en pratique.

Pas quand on n’a qu’effleuré la question de l’éducation lors de cette dernière campagne électorale.

Et à quel point on ne soulève jamais publiquement les points nommés dans ce texte, chaque fois qu’on aborde la question des « élèves en difficulté ».

Je ne ferai pas l’unanimité avec ce texte. Mais il est temps d’en parler ouvertement.

Donnons le droit à l’hétérogénéité de s’exprimer harmonieusement en classe, comme elle le fait si bien dans la nature.

Brigitte Dubé est la mère d’un enfant autiste et cofondatrice de la Coalition de parents d’enfants à besoins particuliers du Québec