/opinion/blogs/columnists
Navigation

La gratuité sélective

La gratuité sélective
PHOTO D"ARCHIVES, JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS

Coup d'oeil sur cet article

J'adore la gratuité. Comme des milliers de parents, j'ai remercié le ciel lors de la rentrée scolaire. Je ne pouvais pas le croire; le peuple allait maintenant financer les Kleenex des petits morveux du Québec. Un geste significatif pour tous les vrais malades de notre système d'éducation.

Pour votre information, j'ai vite déchanté. Il semble que les articles d'hygiène personnelle ne soient pas tous fournis par l'école. Vous savez quoi? Il n'y a pas de Q-tips pour se curer les oreilles ni de tampons pour les menstruations.

Et le comble? Pas de dentifrice ni de brosse à dents. Promettre des soins dentaires gratuits pendant une campagne électorale, c’est bien, mais ne pas subir l'haleine nauséabonde de mes élèves, c’est mieux.

Voilà la définition de la gratuité selon le dictionnaire de l'insignifiance.

La charrue avant les bœufs

En juin dernier, je vous mentionnais ce fait: le recours collectif des parents a ouvert une véritable boîte de Pandore. Le délire actuel était prévisible. Mais bon, c'est maintenant le temps du magasinage et les gens se réveillent.

Encore une fois, le monde de l'éducation est complètement désorganisé. Les réactions fusent et les opinions divergent. Dans mon domaine, la passion passe souvent avant la raison.

Dans un esprit purement cartésien, il faudrait débattre des sujets inhérents à la gratuité avant de formuler une conclusion à cet égard. Simple question de logique.

Par exemple, doit-il y avoir un réseau d'écoles privées? Si oui, doit-on subventionner celles-ci? À hauteur de? Le public doit-il offrir des programmes particuliers? Sélectifs ou non? Au primaire et/ou au secondaire?

Serait-il enfin possible de s’entendre rationnellement sur ce que devrait être l’éducation au Québec et se donner les moyens de construire le meilleur système au monde?

Le contexte actuel

Selon le dictionnaire Larousse, l’adjectif gratuit signifie «qui est fait ou donné sans qu’il en coûte rien, dont on jouit sans payer».

Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Dans le dossier de la gratuité scolaire, la loi est plutôt claire. À la suite du recours collectif des parents, le ministre Proulx a tout de même cru bon d’émettre une directive limpide.

Malgré tout, plusieurs écoles et commissions scolaires continuent de charger des frais illégaux. Confusion? Pas du tout. La plupart des acteurs définissent la gratuité selon le dictionnaire des besoins.

J'ai besoin de concurrencer le privé, j'ai besoin de performer dans le palmarès des écoles, j'ai besoin des programmes particuliers afin de retenir ma clientèle performante et j'ai surtout besoin de l'argent des parents.

Pour d'autres, la gratuité scolaire se définit selon le dictionnaire du pseudo libre choix. Selon le président de la Fédération des commissions scolaires, tant que ces programmes coûteux restent une option non obligatoire pour les parents et qu’il y a la possibilité d’être scolarisé dans l’établissement sans avoir à débourser ces frais, ça ne contrevient pas à la directive ministérielle.

Bref, la plèbe peut arrêter de gémir. Elle a un véritable choix. Celui d'envoyer ses enfants dans un programme gratuit. Une solution édifiante.

La suite

Comme le dit si bien Robert Dutrisac, le prochain gouvernement ne pourra pas simplement ordonner aux commissions scolaires d’assurer la gratuité des programmes particuliers sans les dédommager pour le manque à gagner. Les écoles n'ont tout simplement pas les moyens de leurs ambitions. 

Avec sarcasme, dans mon dernier texte sur la gratuité, je proposais de couper dans les services aux élèves en difficulté afin de financer nos clients désirables. Il me semble évident qu'il y a un risque réel de dérapage si les fonds suffisants ne sont pas alloués aux écoles.

Je vous entends déjà me dire que nous n'avons pas les moyens de financer ces programmes. Et ce, même avec la marge de manœuvre dégagée par le gouvernement qui nous a sauvés du désastre financier.

D'accord.

En sachant que 71 % des particuliers ont déclaré un revenu total de moins de 50 000 $ pour l'année d'imposition 2015, j'ai une autre solution pour vous. Une solution qui, je crois, pourrait offrir un libre choix un peu plus acceptable.

Pourquoi ne pas permettre aux parents de demander un remboursement des frais lors de la déclaration de revenus? Les éléments admissibles de la facture scolaire pourraient être définis et le montant en question pourrait être modulé en fonction du revenu familial.

Sachant qu'il est facile de faire l'épicerie avec 75 $, il serait ainsi possible de nourrir d’innombrables familles pendant plusieurs semaines.

Je me vois déjà me présenter aux prochaines élections avec mon slogan:

S'éduquer et se nourrir intelligemment comme les biens nantis: une idée populaire afin de faciliter, maintenant et sérieusement, la vie des Québécois.