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André Sauvé cherche à saisir l’insaisissable

André Sauvé cherche à saisir l’insaisissable
Photo: Jocelyn Michel / leconsulat.ca

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Dans son nouveau spectacle, Ça, André Sauvé cherche à saisir l’insaisissable. « Cette chose qu’on n’arrive pas à nommer, qui est en dedans de nous et qui fait que notre vie prend un parcours plutôt qu’un autre. Qu’est-ce qui fait que ç’a déjà été “ça” et que ce n’est plus “ça” ? » demande-t-il. L’humoriste de 52 ans, qui partage maintenant sa vie entre le Québec et les Hautes-Alpes françaises, s’est encore une fois inspiré de l’être humain pour ce troisième solo.

André Sauvé aime se questionner. En entrevue avec Le Journal, lorsqu’il parle de son nouveau spectacle, l’humoriste lance plein de questions en l’air. « En écrivant le spectacle, je me suis demandé pourquoi il n’y a rien d’autre dans l’univers, alors qu’ici, il y a “ça”. Pourquoi n’y a-t-il pas juste rien ? Non pas que je ne suis pas content d’être là. (rires) Mais c’était-tu nécessaire ? [...] J’ai un autre numéro où je parle du chemin pour arriver à ce qu’on est. Pourquoi la vie prend-elle un parcours plutôt qu’un autre ? »

Dans Ça, André Sauvé pose donc plein de questions, sans apporter de réponses. « J’espère ne pas avoir de réponses, en fait ! Je préfère que les gens partent avec leur questionnement et qu’ils trouvent eux-mêmes leurs réponses. Je préfère de loin la réflexion que les solutions. »

Ce nouveau spectacle, tout comme celui qu’il a livré avec l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) dans la dernière année, a été entièrement écrit à la montagne, dans les Hautes-Alpes. « J’étais dans la nature et ça m’a beaucoup inspiré », dit-il.

Plus intime

André Sauvé cherche à saisir l’insaisissable
Photo Jocelyn Michel, leconsulat.ca

À distance, l’humoriste a aussi tenu plusieurs réunions virtuelles avec son nouveau metteur en scène, Hugo Bélanger. C’est Pierre Bernard, son collaborateur de longue date et actuel directeur artistique de Ça, qui lui a conseillé de travailler avec Bélanger.

« Ç’a cliqué tout de suite. Il fait du théâtre plus physique avec Tout à Trac, dit André. C’était le fun de travailler cette zone-là avec lui. Je l’ai déjà en moi, mais on l’a explorée encore plus. »

Avec les succès qu’ont connus ses deux spectacles solos et sa proposition avec l’OSM, André Sauvé a-t-il ressenti une certaine pression en amorçant l’écriture de Ça ?

« La pression était face à moi, dit-il. Mais au début, je me suis demandé si je me répétais, si je faisais un copier-coller. Je reste dans la thématique de l’être humain. Je n’irai pas parler des élections ou des trous dans les rues de Montréal sur scène ! Ce n’est pas mon affaire. Mais je me rends compte que je vais plus loin, que c’est plus intime. C’est comme un oignon, on enlève des pelures. À mon avis, il y a une progression par rapport aux autres spectacles. »


► André Sauvé présentera son nouveau spectacle solo, Ça, du 3 au 6 octobre, à la Salle Albert-Rousseau de Québec, et du 9 au 13 octobre, au Monument-National de Montréal. Pour toutes les dates : andresauve.com.

 

André Sauvé sur...

Ses inspirations en humour

« Contrairement à d’autres humoristes, je ne rêvais pas de faire de l’humour quand j’étais jeune. Mes inspirations ne sont donc pas des humoristes, mais plutôt des auteurs. J’ai découvert un auteur norvégien, Karl Ove Knausgård, qui a écrit six volumes de 500 à 600 pages chacun. Ils disent que c’est un peu comme le Marcel Proust des années 2000. J’attends que les deux derniers soient traduits en français, parce que mon norvégien n’est pas à point. (Rires.) »

Des rôles au cinéma

« J’aimerais beaucoup jouer quelque chose de différent de moi. J’ai déjà eu des offres dans le passé, mais je ne pouvais pas avec la tournée. Là, avec le nouvel horaire, si ça se présente et que je peux, j’aimerais beaucoup ça. J’aimerais surtout jouer du drame. Je ne voudrais pas jouer un film comique. Mon copain m’a fait découvrir des films scandinaves, allemands, norvégiens, russes. C’est la vraie émotion qui est là, le jeu petit, intérieur. Les films d’auteur, j’aimerais ça. »

Le Canadien de Montréal

« Je ne suis pas ça du tout. Zéro, niet. C’est-tu une finale, en ce moment ? Ah non, la saison commence ! Ça te donne un peu le portrait. (Rires.) Je ne suis pas sport du tout. J’ai aucun intérêt. J’avais écrit une blague où je disais que quand j’étais jeune, au ballon-chasseur, j’étais choisi après le ballon ! »

Apprendre le grec

« Je vais m’y mettre. Je suis capable de lire. Je lis comme un enfant de sept ans ! (Rires.) Mais quand on va en Grèce, mon copain et moi, j’aime lire les pancartes. »

Les films d’horreur (son spectacle Ça porte le même nom que l’œuvre de Stephen King)

« J’haïs ça ! Je n’aime pas avoir peur dans les films. Je n’aime pas le sentiment de la peur. Des manèges qui vont haut, je n’aime pas ça non plus. J’ai assez de sensations dans ma vie, je n’irai pas payer pour m’en faire ! Des roller coasters et des Stephen King, j’en ai assez en dedans de moi. J’ai la trouille dans la grande roue ! »

Sa vie avec son conjoint en france

Depuis environ deux ans, André Sauvé passe beaucoup de temps en France, dans les Hautes-Alpes. La raison ? C’est là-bas, dans un petit village, que son copain s’est fait bâtir une maison. « C’est en haut de la Provence, près de la frontière avec l’Italie, dit André. J’ai rencontré mon copain il y a deux ans et demi. Il est Grec. On vit là à temps partiel. Il vient faire des sauts ici quand je suis en tournée. »

À quoi ressemble sa vie en montagne ? « J’écris tous les matins, de 8 h jusqu’au dîner, cinq jours par semaine. Je suis assidu comme un ouvrier. Après, je travaille dans le jardin avec des jeans plein de trous, une brouette et une pioche ! Je fais aussi des marches en montagne. »

« C’est une autre vie complètement, poursuit-il. Là-bas, les gens qui nous connaissent dans le village ont de la misère à concevoir que je suis connu ici et que je fais de la scène. Eux me voient juste en jeans avec de la bouse après les bottes ! Alors qu’ici, les gens ne conçoivent pas l’inverse. C’est une espèce de schizophrénie. J’aime ces deux univers-là. »

Moitié-moitié

En raison de sa nouvelle vie à la montagne, André Sauvé a demandé à son équipe d’arranger son calendrier de tournée différemment. « Avant, je faisais des spectacles au Québec 11 mois par année. Maintenant, j’ai demandé de faire deux séries de trois mois. Les six autres mois, je vais être en France. Je vais peut-être faire moins de spectacles ou ils seront échelonnés sur plus longtemps. J’ai voulu un équilibre, une qualité de vie. Avec l’âge, je ne veux pas me fatiguer comme je l’ai été dans le passé. »

Peut-on dire qu’André Sauvé a une belle vie en ce moment ? « Elle n’est pas si mal. Elle a déjà été pire, disons. (Rires.) C’est une belle période. Jusqu’à date, c’est pas mal ça qui est ça. »

Toujours avec Juste pour rire

La dernière année professionnelle n’a pas été facile pour André Sauvé. Géré par Juste pour rire depuis le début de sa carrière, l’humoriste a vécu à distance le scandale de l’automne dernier impliquant le fondateur de la compagnie, Gilbert Rozon. « J’étais en France, dit-il. Je n’ai pas été imprégné du buzz qu’il y avait, même si je le percevais. »

En mai dernier, nous apprenions que les quatre sœurs Rozon se faisaient mettre à la porte de Juste pour rire par les nouveaux propriétaires. Lucie Rozon était alors l’agente d’André Sauvé. Et elle l’est toujours aujourd’hui, confirme l’humoriste dont le nouveau spectacle est encore produit par Juste pour rire.

« Lucie est encore mon agente, mais le reste de l’équipe interne a changé, dit-il. Juste pour rire, pour ma réalité, c’était quatre ou cinq personnes, qui étaient irréprochables. Quand elles sont parties, ç’a été un choc. »

L’humoriste s’est questionné sur ce qui arriverait avec son nouveau spectacle. « Mais en même temps, tu ne peux pas transférer une production quand le train roule. Le show est demeuré là et tout est replacé. »

N’est-ce pas un peu bizarre que Lucie Rozon ne soit plus avec Juste pour rire, mais que la tournée de Ça soit encore produite par la compagnie ? « Ouais..., reconnaît André. Comme quoi, les combos dans la vie, il y en a de toutes les sortes ! C’est un cas particulier. On a trouvé une belle entente et ça fonctionne bien. »