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La santé durable: un projet de société

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En cette période électorale, les différents partis politiques nous présentent leurs programmes et leurs engagements dans l’espoir d’être élus. Parmi les enjeux discutés, il y a toujours le fameux budget accordé à la santé qui deviendra un gouffre sans fond si nous ne remettons pas en question certains éléments du modèle actuel.

En effet, dans un système essentiellement centré sur la gestion des maladies, les capacités sont déjà saturées par un nombre imposant de patients (60 % des hospitalisations et des décès selon l’Organisation mondiale de la Santé) affligés de ce que nous appelons les maladies chroniques de société (maladies cardiovasculaires et respiratoires, certaines formes de cancers, démence, diabète, associées au mode de vie) que nous développons beaucoup plus tôt et qui nécessitent des soins et des traitements médicaux coûteux.

Notre mode de vie, combiné au vieillissement de la population, fait en sorte que la demande pour la médecine curative est en pleine explosion.

À titre d’exemple, il y a environ 800 000 personnes au Québec qui vivent avec le diabète de type 2, une maladie que nous pourrions largement prévenir. L’épidémie de cette « maladie du mode de vie » coûte des milliards aux Canadiens et plusieurs centaines de millions de dollars aux Québécois. Imaginez, on ne parle que d’une seule maladie chronique !

À cet effet, l’Association médicale canadienne a souligné dans un récent rapport que notre approche curative actuelle garde les gens en vie, mais ceux-ci sont malgré tout très malades, nécessitent des soins fort coûteux et les patients ont une qualité de vie souvent diminuée. De plus, les dernières années de vie sont souvent pénibles, voire douloureuses pour ces patients et leurs proches quand les complications sérieuses s’installent (insuffisance cardiaque, insuffisance respiratoire, insuffisance rénale et dialyse, perte de la vue, amputation, etc.).

Il faut prévenir

Face à ce constat, les experts de la santé publique répètent depuis des années qu’il faut investir en prévention et changer les environnements (école, milieu de travail, milieux de vie) afin de rendre plus facile l’adoption de comportements compatibles avec la santé. Cependant, puisque transformer les milieux de vie, les villes, les écoles, l’offre alimentaire, les parcs, les pistes cyclables, etc., prend du temps et que les effets de ces mesures environnementales sont difficiles à évaluer rapidement, les politiciens n’ont jamais montré beaucoup d’enthousiasme pour la prévention, qui demeure le parent pauvre des politiques en matière de santé. Par conséquent, avec le modèle actuel, on va gérer encore et encore la maladie.

Pourtant, cette question si importante pourrait être l’occasion pour le secteur de la santé de se transformer et de permettre au Québec de se démarquer. Pour ce faire, il faut que tous les experts soient interpellés et que la communauté soit mobilisée autour d’une démarche commune.

En 2014, la création de l’Alliance santé Québec dans la grande région de Québec, sous l’impulsion de l’Université Laval, a permis à tous les acteurs (Université Laval et plusieurs de ses facultés, centres hospitaliers universitaires affiliés, Québec International, Ville de Québec, Institut national de santé publique du Québec, etc.) pertinents aux différentes dimensions de la santé de se mobiliser autour d’un concept : la santé durable. Qu’est que cela veut dire ? Nous pourrions nous référer à la définition de l’Organisation mondiale de la Santé, mais simplifions le tout : des humains en santé qui vivent sur une planète en santé.

Face à une vision si ambitieuse, vous pouvez rapidement réaliser que nous devons nous donner une stratégie de développement économique durable grâce à laquelle nous pourrons laisser à nos enfants et à nos petits-enfants un Québec propre, où notre population n’est pas prisonnière de la pollution (air, eau, sol) et où l’agriculture et nos industries préservent notre nature et la pérennité de nos magnifiques milieux de vie urbains et ruraux.

Nous sommes privilégiés au Québec d’avoir des ressources naturelles spectaculaires comme l’hydroélectricité. Nos ciels bleus et notre eau propre abondante font l’envie de bien des peuples. Nous avons le devoir de préserver ces actifs pour les générations futures. Le Québec a besoin d’un projet de développement économique respectueux de la planète et équitable : la santé durable en est une dimension incontournable. Ainsi, réformer notre système de santé doit s’inscrire dans un grand projet de société pour le Québec. Arrêtons de réfléchir en silos. La communauté de l’Alliance santé Québec s’engage à le faire.


* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur de la recherche en cardiologie à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Depuis 2015, il est directeur de la science et de l’innovation à l’Alliance santé Québec.