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Les élus de L’Ancienne-Lorette veulent couper le salaire d'Émile Loranger au profit de sa remplaçante

conseil Ancienne Lorette
Photo Agence QMI, Simon Clark La mairesse suppléante de L’Ancienne-Lorette, Sylvie Falardeau, a pris la relève du maire Émile Loranger depuis qu’une plainte a été déposée contre lui pour harcèlement psychologique au printemps. La conseillère municipale occupe ses fonctions et préside toutes les séances du conseil municipal en son absence, sans recevoir un sou de plus. 

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Les conseillers municipaux de L’Ancienne-Lorette veulent réduire le salaire du maire Émile Loranger, qui est confiné à la maison en raison d’une plainte de harcèlement psychologique, afin d’augmenter celui de la mairesse suppléante.

La conseillère Sylvie Falardeau assume les fonctions de M. Loranger depuis la fin du mois d’avril. Elle ne reçoit pourtant aucune rémunération additionnelle même si sa charge de travail a augmenté de façon importante.

À l’instar des autres conseillers municipaux lorettains, Mme Falardeau reçoit le salaire de base de 18 500 $/an en plus d’une allocation de dépenses de 9300 $/an pour un total de 27 800 $. Le maire Loranger, lui, reçoit toujours son plein salaire de près de 101 000 $/an (84 300 $ + l’allocation de dépenses non imposable de 16 595 $).

Émile Loranger<br>
<i>Maire</i>
Photo Agence QMI, Simon Clark
Émile Loranger
Maire

«Moi, je suis à la retraite. Je n’ai pas d’autre emploi. J’avais hésité à me représenter [aux élections de 2017]. M. Loranger avait été convaincant, mais je ne pensais pas travailler autant... Ce n’est pas que je n’aime pas ça, mais ce n’est pas un choix que j’ai fait de travailler comme maire à temps plein», a confié Mme Falardeau en entrevue.

Des circonstances «spéciales»

Ses collègues du conseil, qui siègent tous comme indépendants, ont déposé un projet de règlement au conseil, récemment, dans l’espoir de corriger la situation au bénéfice de la mairesse suppléante.

Ce règlement prévoit que le salaire du maire et celui du maire suppléant peuvent être interchangeables dans des «circonstances spéciales» et «rarissimes». Si la situation perdure pour plus de 10 jours, le conseil municipal «peut décréter que la rémunération n’est plus versée au maire, mais au maire suppléant».

Le conseil souhaite même que ce règlement soit rétroactif au 1er janvier 2018, ce qui signifie que le maire Loranger serait appelé à rembourser le salaire versé en trop depuis le printemps.

Loranger refuse toute réduction

Or, ce règlement n’a absolument aucune chance d’être adopté tel quel puisque la Loi sur le traitement des élus municipaux prévoit que le maire d’une ville doit approuver toute modification au mode de rémunération des élus.

Bien qu’il sympathise avec Mme Falardeau et qu’il reconnaisse qu’elle mérite un salaire plus élevé, Émile Loranger refuse d’en faire les frais. Pas question d’accepter une réduction de son salaire, encore moins de rembourser ce qu’il a reçu depuis le dépôt de la plainte contre lui au printemps.

«Non, ça ne se produira pas. N’étant pas masochiste, ça ne passera jamais. Si j’étais en Floride, comme le monde le dit tout le temps, je pourrais comprendre, mais je vous rappelle que je suis absent à la demande du conseil. Il y a une légère différence», a-t-il martelé.

Même s’ils savent très bien que leurs chances de succès ne sont pas très élevées, les conseillers municipaux sont néanmoins allés jusqu’au bout de leur démarche en déposant un avis de motion. Ils comptent revenir à la charge à la première occasion, lorsque le maire Loranger remettra les pieds à l’hôtel de ville, pour présider une séance du conseil et forcer le vote sur cet enjeu.


► Salaire annuel du maire Loranger

84 332,48 $ + 16 595 $ (allocation de dépenses)

Total : 100 927,48 $

► Salaire annuel des conseillers (et de la mairesse suppléante)

18 553,23 $ + 9276,81 $ (allocation de dépenses)

Total : 27 830,04 $

Source : Ville de L’Ancienne-Lorette

La facture d’avocat grimpe à 46 000 $

La Ville de L’Ancienne-Lorette a déboursé, jusqu’à présent, une somme de 46 000 $ pour payer les honoraires de l’avocat embauché afin de préparer la cause de harcèlement psychologique.

Rappelons que la plainte, qui concerne les comportements du maire Émile Loranger à l’égard d’une employée de la municipalité, a été déposée officiellement contre la Ville, qui doit donc assumer sa propre défense.

L’employeur «est responsable de ce qui se passe dans ses murs», a expliqué le greffier de la Ville, Me Claude Deschênes, lors de la dernière séance du conseil municipal. La Loi sur les normes du travail prévoit en effet que l’employeur doit prendre les moyens pour prévenir ou régler une situation de harcèlement psychologique.

Loranger a sa propre avocate

«Un avocat, ça représente une partie. Dans le cas présent, les intérêts sont divergents : il y a ceux de la Ville et ceux du maire qui a son procureur aussi», a précisé Me Deschênes.

La somme de 46 000 $, pour le travail effectué de juillet à septembre, ne comprend donc pas les frais de l’avocate embauchée à titre personnel par M. Loranger, qui compte bien refiler la facture à la municipalité éventuellement.

«Pour l’instant, mon avocate n’a pas fait grand-chose, on a passé deux heures ensemble», a toutefois relativisé le maire en entrevue.

La présumée victime, dans cette affaire, doit assumer sa propre défense pour l’instant. Elle a décidé d’embaucher l’avocat Marc Bellemare. Si les parties ne s’entendent pas dans le cadre du processus de médiation, la plainte fera l’objet d’une enquête par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

À terme, la CNESST pourrait fournir un avocat gratuitement à l’employée si sa plainte est jugée recevable et qu’elle se rend devant le Tribunal administratif du travail.

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