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Maintenant l'éducation?

Il y a fort à parier que François Legault confiera le ministère de l'Éducation à Jean-François Roberge.
Photo d’archives, Agence QMI Il y a fort à parier que François Legault confiera le ministère de l'Éducation à Jean-François Roberge.

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«En clair, notre survivance comme peuple dépend de notre capacité à valoriser l’éducation. Il faudra en avoir le courage. Ainsi, nous pourrons lutter contre la pauvreté, contrer l’intimidation, défendre notre langue et relancer notre économie.» - Jean-François Roberge

En 2016, le député de Chambly, porte-parole de la CAQ en matière d’éducation, publiait un livre intitulé Et si on réinventait l’école? À cette époque, l’ex-enseignant, fort d’une expérience de 17 ans dans une école primaire, nous présentait sa vision de l’éducation.

Une vision qui a fait du chemin au sein de sa formation politique. D’ailleurs, la révision du programme de la CAQ dans ce domaine est étroitement liée à l’ouvrage de celui qui deviendra probablement le prochain ministre de l’Éducation.

J’ai eu la chance de parler à M. Roberge au mois d’août dernier. Il est le seul représentant des quatre partis qui a fait l’effort de retourner spontanément ma demande d’entrevue. Lors de notre entretien téléphonique, j’avais l’impression de discuter avec un collègue; avec un homme qui aime l'éducation.

Du pain sur la planche

Le sujet chaud de la maternelle 4 ans vous dit sûrement quelque chose. François Legault en a fait son principal cheval de bataille lors de la campagne électorale. À moins d’être un martien, je crois que la plupart des gens peuvent associer cette proposition en éducation à la CAQ.

Je suppose qu’il vous serait aussi possible de me nommer vaguement quelques autres idées : l’abolition des commissions scolaires, la baisse des taxes scolaires et la valorisation de la profession enseignante.

Par contre, êtes-vous capable de poursuivre l’énumération des promesses et de préciser la réelle nature de celles-ci?

Exercice plutôt difficile pour un néophyte!

Si vous voulez lire un excellent résumé des propositions de la CAQ en éducation, je vous invite à visiter le site web de la FAE.

Enfin, deux documents publiés par la CAQ en 2018 s’avèrent des incontournables: le Plan de gouvernance scolaire et le Plan de valorisation de la profession enseignante.

Les bonnes idées

Lors d’une conférence de presse au lendemain de son élection, François Legault avait déjà assoupli sa position sur sa promesse de la maternelle 4 ans. Une promesse irréalisable pour deux raisons: il n’y a pas assez de places dans nos écoles et le système souffre d’un manque de personnel qualifié.

Dans les circonstances, il s’agit d’un véritable cadeau du ciel. Ce recul nous permettra de souffler un peu, car cette mesure ne fait pas du tout l’unanimité auprès des experts. Avant de se lancer la tête la première, plusieurs suggèrent de prendre le temps de réfléchir un brin.

Je pourrais aussi vous parler de certaines autres propositions qui vont à l’encontre d’un consensus scientifique. Par exemple, dans son plan, la CAQ prévoit obliger les enseignants à assister à trois journées de formation continue par année, qu’ils pourront suivre lors de trois journées pédagogiques. Malheureusement, ce plan de développement professionnel est inefficace selon la recherche.

Mais la CAQ n’a pas le monopole des décisions à l’aveuglette.

J’ai le goût de pleurer lorsque j’apprends qu’une chercheure est «découragée par le refus des politiciens de prendre en considération les résultats des études scientifiques en éducation.» De l’entendre nous dire que «ça fait des années qu'on va en commission parlementaire, qu'on fait des rapports et qu'on nous répond la même chose : on croit pas à ça, nous, vos résultats.»

Dans son livre de 2016, Jean-François Roberge mentionne que pour obtenir de meilleurs résultats en éducation, il faudra que «chacun des groupes impliqués dans le réseau scolaire mette de côté ses intérêts corporatistes pour accorder la priorité à ceux des élèves.»

Une idée que je partage pleinement.

En 2015, j’écrivais que le monde de l’éducation avait grandement besoin d’un projet qui ne soit ni politique, ni patronal, ni syndical, seulement original, intelligent et plein de gros bon sens. Ce que personne ne semble capable de faire dans ces trois milieux, intérêts obligent.

Ce qu’il faut maintenant autour de la table, ce sont des gens de jugement et non d’allégeance. Des protagonistes qui veulent le meilleur système d’éducation pour nos enfants.

Monsieur Legault affirmait cette semaine qu’il entend collaborer avec les partis d’opposition même si son gouvernement est majoritaire: «Quand il y a des bonnes idées, on peut en emprunter tout en leur donnant le mérite.»

J’ose espérer que la CAQ prendra les grands moyens afin de consulter les «bonnes» personnes dans le but de faire avancer les «bonnes» idées.

Le monde de l’éducation est trop souvent victime de l’idéologie des décideurs.

Beaucoup d’opinions, un peu de passion et un manque criant de raison.