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Ils paient des fortunes pour chassser dans les zones à risques

Un club privé continue d’accueillir des chasseurs dans une zone interdite à cause de la maladie du cerf fou

chevreuil
Photo collaboration spéciale, Stéphane Sinclair Rick Tebay, un Américain de passage fin septembre à la Laurentian Wildlife Estate.

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BOILEAU | Des chasseurs fortunés continuent d’abattre légalement des cerfs rouges ou des wapitis dans un club privé situé dans une zone où la chasse est pourtant interdite en raison de la présence possible d’une maladie très contagieuse.

Le club privé Laurentian Wildlife Estate, situé sur un terrain de 1400 acres (5,7 km2) à Boileau, dans les Laurentides, appartient notamment à André Desmarais, de Power Corporation.

Des chasseurs de partout dans le monde paient de 5000 $ à 100 000 $ pour y abattre des cerfs rouges ou des wapitis au panache surdimensionné.

Or, le club est situé dans la zone de 400 km2 où le ministère de la Faune a annulé la chasse au chevreuil puisqu’un cerf d’élevage était atteint de la maladie débilitante chronique du cervidé. Celle-ci, qui ressemble à la maladie de la vache folle, est très contagieuse et résistante. Elle peut demeurer pendant des années dans le sol, et se transmet par l’eau ou les excréments.

La clôture autour du club permet les contacts avec l’extérieur.
Photo collaboration spéciale, Stéphane Sinclair
La clôture autour du club permet les contacts avec l’extérieur.

Facile à transmettre

Le Journal a constaté que la Laurentian Wildlife Estate est entourée de clôtures de huit pieds de haut. Mais il n’y a pas de double clôture, si bien que des animaux en liberté peuvent frotter le museau des animaux présents dans l’enclos du club privé.

La Laurentian Wildlife Estate est très prisée parmi les riches chasseurs de la planète. On y vient de partout pour y dénicher un trophée. Plusieurs panaches de cerfs rouges ou de wapitis ont fait l’objet de records mondiaux.

Le troupeau de 3000 cerfs dans lequel la maladie a été découverte sera abattu.
Photo collaboration spéciale, Stéphane Sinclair
Le troupeau de 3000 cerfs dans lequel la maladie a été découverte sera abattu.

« Je ne suis pas inquiet pour la maladie. Je suppose qu’ils vont s’assurer qu’aucun animal n’est malade », a dit Rick Tebay, gérant d’usine de la compagnie Jacks Links.

Or, pendant que M. Tebay allait chasser avec son patron, le 22 septembre, les agents de la faune installaient tout autour du camp des affiches d’interdiction de chasse.

« C’est une politique deux poids, deux mesures. On n’a pas le droit d’y chasser pour ne pas répandre la maladie par le sang », dénonce le chasseur Donald Forté.

Pas de la chasse sportive

Le gérant de la Laurentian Wildlife Estate, Nicolas Esler, n’a pas fait de commentaires et a adressé Le Journal au ministère.

Le ministère de la Faune, lui, estime que les activités de la Laurentian Wildlife Estate ne sont pas de la chasse sportive, mais plutôt de l’abattage en enclos. « Au sens de la loi [...] l’interdiction de chasse édictée le 21 septembre 2018 ne peut s’y appliquer », a expliqué son porte-parole Nicolas Bégin.

Précision recherchée

Québec a engagé des chasseurs professionnels pour prélever des cerfs dans la zone rouge afin de voir si la maladie s’est transmise à l’extérieur de la ferme Harpur Farms.

Or, ces chasseurs doivent avoir un bon œil. On leur demande de tirer à un endroit précis dans la colonne des animaux afin d’éviter les écoulements importants de sang. Les prions responsables de la maladie peuvent se répandre dans l’environnement par le sang et aggraver la crise.

Comment ça se passe chez Laurentian Wildlife

  • Les cervidés vivants ne peuvent pas être déplacés sans autorisation
  • Les carcasses des cervidés de la Laurentian Wildlife Estate ne peuvent être envoyées au-delà d’un rayon de 45 km pour y être découpées
  • Le club privé peut découper la viande sur place
  • La viande peut être congelée et emballée sur place
  • Chaque pays ou État américain décide de l’importation ou non de la viande en provenance du Québec.