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La laïcité reprend du galon

Justin Trudeau
Photo Jean-Francois Desgagnés François Legault et Justin Trudeau

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À la surprise générale et à la stupéfaction de plusieurs, le premier ministre désigné François Legault a annoncé par la bouche de deux élus, futurs ministres de son cabinet, qu’il souhaitait rapidement réaliser sa promesse électorale d’interdire les signes religieux ostentatoires chez des agents de l’État.

Cela concernera les policiers, les juges, les procureurs de la Couronne, les gardiens de prison, et désormais les enseignants. En cas de refus d’obtempérer à la loi, ces agents de l’État devront démissionner de leur poste.

Cette annonce renverse et choque les militants anti-laïcité et les progressistes multiculturels. Certains de ces farouches opposants descendent d’ailleurs dans la rue durant le week-end pour dénoncer le « racisme » de la CAQ.

Or, la CAQ a balayé le Québec lundi. La CAQ à travers laquelle s’est exprimée la majorité francophone nationaliste du Québec.

Identité québécoise

Car le nationalisme vibrant de François Legault va désormais teinter l’ensemble de ses décisions. Cette nouvelle expression politique de l’identité québécoise est en quelque sorte un accommodement raisonnable devant l’impossibilité de réaliser la souveraineté rejetée par la majorité.

Ce nationalisme traditionnel que dédaigne Philippe Couillard explique en bonne partie l’échec cuisant du PLQ, entraînant la fin de la carrière politique de ce dernier, qui ne regrette rien.

La laïcité à la québécoise est un des fondements de la société distincte, qui caractérise le Québec allergique au multiculturalisme fondamentaliste à la Trudeau.

François Legault n’ignore pas que cette mesure entre en conflit avec la Charte des droits. Il a d’ailleurs précisé qu’il pourrait recourir à la clause nonobstant, qui permet à une province de déroger à certains articles de la Charte.

Justin Trudeau a réagi promptement et avec une irritation qui s’empare de lui dès que le Québec revendique ses droits. Il semble prêt à remettre ses gants de boxe pour mettre K.O. le Québec.

Combat

François Legault aura donc à livrer le combat, assuré de l’appui de la majorité qui l’a élu. Rien ne l’empêcherait cependant de faire des concessions en évitant de congédier les récalcitrants, qui annoncent déjà qu’ils pratiqueront la désobéissance civile.

Sa loi alors ne s’appliquerait qu’aux nouveaux agents de l’État. Ce qui serait plus raisonnable et éviterait les perturbations sociales et les blâmes de toutes parts.

La majorité francophone, qui est minoritaire au Canada, a tendance à se sentir brimée et emprisonnée dans la vision canadienne à la Trudeau, où elle n’est plus qu’une minorité parmi d’autres.

Les Québécois ont refusé la souveraineté. François Legault a donc changé son fusil d’épaule. Il a pris acte du double échec référendaire, et à la manière de René Lévesque, avec le « beau risque » après l’échec de 1980, il a choisi de jouer la carte du Canada.

Hélas, sous ses allures cool, Trudeau est un adversaire acharné du nationalisme québécois. Il rejette violemment la laïcité, qui le caractérise. Il n’en démord pas : les Québécois nationalistes seraient intolérants envers les minorités religieuses.

Dans cette optique, la victoire de la CAQ de François Legault réveille son désir d’en découdre avec le Québec et son identité historique.