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Les concurrents en ont assez des fonds publics versés à Taxelco

L’entreprise d’Alexandre Taillefer aura l’exclusivité à la gare Centrale de Montréal

GEN - TAXI A LA GARE CENTRALE DE MONTRÉAL
Photo Martin Alarie Dès le 1er décembre prochain, ces voitures de Taxi Champlain perdront leur exclusivité à la gare Centrale de Montréal au profit des voitures de Taxelco, la société mère de Téo Taxi, laquelle regroupe également Taxi Diamond et Taxi Hochelaga.

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Les concurrents de Téo Taxi sont excédés par le nouvel afflux de fonds publics dont bénéficie l’entreprise d’Alexandre Taillefer. Ils y voient une concurrence déloyale qui déstabilise indûment le marché.

Après plus de 25 ans à assurer le service à la gare Centrale de Montréal, Taxi Champlain sera délogé par Taxelco, la société mère de Téo Taxi, laquelle regroupe aussi Taxi Diamond et Taxi Hochelaga, le 1er décembre.

« Si M. Taillefer prend l’argent du gouvernement pour essayer de fermer les autres compagnies de taxi, il y a un problème là-dedans », fulmine George Boussios, président de Taxi Champlain.

M. Boussios soutient que Taxelco devra débourser au moins 25 000 $ par mois pour l’exclusivité à la gare Centrale et à trois autres endroits prisés de la métropole : le Centre Rockland ainsi que les hôtels Westin et Sofitel.

« C’est plus facile quand tu reçois 7 millions $ en fonds publics », glisse l’homme d’affaires.

Le Journal a révélé hier que la Caisse de dépôt, le Fonds de solidarité FTQ et Fondaction CSN injecteront 7,5 M$ de plus dans Taxelco, huit mois à peine après y avoir investi 17 M$.

Notons que les fonds de la FTQ et de la CSN bénéficient de généreux crédits d’impôt de Québec et d’Ottawa.

200 000 courses de plus

Taxelco a obtenu l’exclusivité à la gare Centrale et au Centre Rockland en vertu d’un « partenariat » conclu avec la firme immobilière Cominar.

L’entente, qui couvre sept autres immeubles montréalais, « générera plus de 200 000 courses supplémentaires pour les chauffeurs de Taxelco », spécifie un courriel obtenu par Le Journal.

Roland Gladu, président du conseil d’administration de Taxi Coop Montréal, demande carrément au nouveau gouvernement de la CAQ de couper les vivres à Taxelco.

« S’il y a des investisseurs privés qui ont de l’argent à perdre, qu’ils y aillent, mais le gouvernement devrait arrêter ça », lâche-t-il.

Voué à l’échec ?

M. Gladu reconnaît que Taxi Coop ne ressent pas encore la concurrence de Téo, mais il craint que cela finisse par se produire.

« J’en ai assez de lui envoyer de mon argent sous forme de taxes pour qu’il m’écrase », déplore-t-il.

Selon lui, le concept de Téo Taxi, centré sur une flotte de voitures complètement électriques, est voué à l’échec.

« Si M. Taillefer avait consulté un bon comptable de l’industrie du taxi, il se serait fait dire : ne touche pas à ça, tu vas te péter la gueule », avance-t-il.

De son côté, le chauffeur indépendant Hassan Kattoua a récemment déposé une plainte contre Téo Taxi et Uber auprès du Bureau de la concurrence à Gatineau. Il reproche aux deux entreprises de jouir de privilèges par rapport aux autres acteurs de l’industrie.

Actions privilégiées

L’investissement de 7,5 M$ de la Caisse, du Fonds FTQ et de Fondaction dans Taxelco prendra la forme d’actions privilégiées, ce qui signifie que leurs détenteurs auront préséance sur les actionnaires ordinaires en cas de faillite ou de restructuration judiciaire de l’entreprise.

Même si elle a fondé Téo Taxi, la société d’Alexandre Taillefer, XPND Capital, ne mettra pas la main à la poche.

« On a déjà mis pas mal plus d’argent que les autres [dans Taxelco], donc dans cette ronde-ci, on n’a pas besoin de mettre plus de capital. C’est ce qui a été convenu avec nos investisseurs et il n’y a pas d’enjeu par rapport à ça », explique Dominic Bécotte, associé de XPND.