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11 personnes se confessent

Arlette Cousture
Photo Pierre-Paul Poulin

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Dans un nouveau roman choral d’une grande humanité, En plein chœur, l’écrivaine à succès Arlette Cousture partage onze tranches de vie échelonnées sur tout le 20e siècle. En visitant une église, ses personnages demandent des comptes à Dieu. Tantôt avec colère, tantôt en cherchant un peu de courage, mais surtout beaucoup de paix.

De 1898 à la fin du siècle, les personnages se racontent, dans le silence de l’église. Ils parlent d’une femme qui a dû se cacher pour fabriquer un magnifique vitrail, d’un voleur de tronc qui se confesse, d’un soldat de la Première Guerre mondiale, d’un père choqué que son enfant soit dans un sanatorium. Pendant un siècle, des gens s’ouvrent, se disent, cherchent des réponses, demandent des comptes à Dieu.

Arlette Cousture, qui s’est complètement investie dans ce beau grand roman choral, prouve sa maîtrise, son talent pour rendre les émotions humaines. Il y a des remises en question, de la colère, parfois du chagrin, parfois de l’amour. Mais aussi des adieux.

« Seul dénominateur commun »

« Je voulais raconter un siècle de “petites vies”, si tu me permets l’expression, au Québec », dit-elle avec simplicité, en entrevue. « L’église, c’était le seul dénominateur commun que je trouvais. Qu’est-ce qui unissait le monde, pendant presque un siècle ? C’était l’église. C’est là qu’il y a eu les plus grandes crises. Et quand ça finit, l’église devient un restaurant. »

L’église apparaît dans les grands moments de la vie des gens : la naissance, le mariage, les funérailles, mais aussi pour le ressourcement. « Je voulais parler d’instants de l’histoire du Québec dont un parle peu : l’abandon des fermes, la fin de la peine de mort, les sanatoriums. Des affaires dont on parle peu, et qui ont eu des impacts absolument importants. »

Deux de ses histoires lui ont été inspirées par des cas vécus – celle qui se déroule dans les années 1940, avec un soldat, et celle des sanatoriums. « J’ai parlé à du monde qui était allé en sanatorium. »

Deux guerres mondiales

Elle a été fascinée par les deux guerres mondiales dont elle parle dans le livre. « Je me suis rendu compte que c’était peut-être les bretelles du siècle, et de l’importance que ça peut avoir sur un peuple qui n’a jamais connu un front. Le peuple a donné beaucoup d’hommes à des causes qui n’étaient pas les siennes, mais des causes de partenariat : la Première Guerre mondiale, parce qu’on était dans le Commonwealth, et la Deuxième Guerre mondiale, parce qu’on était des Alliés. »

Elle a exploré ces guerres au travers de deux soldats. L’un qui découvre son homosexualité dans une tranchée, et l’autre, une histoire vraie, dramatisée, après avoir parlé avec la veuve d’un soldat qui a changé le cours de l’histoire.

Quel constat fait-elle de notre Québec, en ayant fait un tel tour d’horizon culturel et historique ? « Je ne sais plus si on a des choses en commun. Ça a déjà été l’église, l’instruction. Je ne sais pas où on est : on parle à la négative. On n’est pas ci, on n’est pas ça. Et ce qui m’a frappée, quand mon monde entrait dans l’église pour parler à Dieu : tabarnouche, il n’y a pas beaucoup de monde heureux ! »

Les histoires qu’elle raconte ont forcé des questionnements. « Ça me forçait à me dire : et toi, tu en penses quoi ? Je suis une athée finie, donc je me sens plus ou moins concernée, mais l’Église catholique, c’est quelque chose que je connais très bien ! »

  • En librairie le 10 octobre.
  • Arlette Cousture est l’auteure, entre autres, des Filles de Caleb, dont le premier tome est paru en 1985.
  • Son œuvre a séduit des centaines de milliers de lecteurs dans le monde entier.
  • Arlette Cousture a remporté plusieurs prix et distinctions, dont le Prix du public du Salon du livre de Montréal à deux reprises.

EXTRAIT

<b><i>En plein chœur</i></b><br>
Arlette Cousture, Éditions Libre-Expression, 224 pages
Photo courtoisie, Editions Libre Expression
En plein chœur
Arlette Cousture, Éditions Libre-Expression, 224 pages

« Je suis entrée par la porte de la sacristie quelques minutes après en avoir vu sortir le curé et le servant d’autel. Vous comprendrez que je n’ai jamais plus mis les pieds ici, encore moins dans une église. J’ai devant les yeux un vitrail d’une laideur qui, à elle seule, aurait fait de moi la mécréante que je suis devenue. Un Jésus au sexe caché, une Vierge au foulard blanc et à la robe bleue. Un vitrail mensonger de l’histoire qu’il doit nous raconter. »

— Arlette Cousture, En plein chœur, Éditions Libre-expression