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Aimer au temps du référendum

<b><i>Les amoureux du jour 2</i></b><br />
Pierre Cayouette<br />
Druide, 135 pages, 2018.
Photo courtoisie Les amoureux du jour 2
Pierre Cayouette
Druide, 135 pages, 2018.

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Le premier référendum sur la souveraineté du Québec, en mai 1980, a laissé dans son sillage des souvenirs puissants qui sont pourtant peu souvent rappelés. Pierre Cayouette y a puisé de la belle matière à roman.

On n’utilise pas si souvent les enjeux politiques comme trame de fond dans la fiction québécoise. Il y a pourtant, à chaque époque, des événements qui vont être pleinement ressentis par ceux qui y participent. C’est le cas de Christian, narrateur du roman Les amoureux du jour 2.

Il a 18 ans, vit en famille dans l’est de Montréal et est membre du Méoui, le « Mouvement étudiant pour le Oui ». Son rêve collectif est indissociable de ses désirs personnels. Il est l’archétype de milliers d’autres jeunes de cette époque, à la fois enfants de la banlieue, de la télévision et de la Révolution tranquille.

Le talent de Pierre Cayouette, c’est d’avoir su insuffler une vraie vie à cet archétype-là. Le Québec d’alors se percevait comme une collectivité et non comme un assemblage d’individus disparates. Suivre le jeune Christian, c’est donc plonger dans un passé commun qui fera sourire ceux qui l’ont connu et relatera aux autres la petite histoire ignorée des manuels.

Ainsi, il est autant fait mention de la pièce Les Fées ont soif, que certains cherchent à censurer, que du boxeur Donato Paduano, vedette du temps. Il y a la belle voix de Guy Godin qui anime des émissions de chansons tendres à la radio, mais aussi le canal 10 où triomphent Réal Giguère, Nestor et Serge Bélair.

Les dépanneurs s’appellent des Perrette ; René Lévesque fume tellement qu’on peut ramasser ses mégots comme des trésors après l’avoir entendu au Centre Paul-Sauvé... On croise Jacques Doucet comme John Littleton ; le Montréal-Matin et Le Jour, quotidiens aujourd’hui disparus ; le parfum Anaïs Anaïs et les chemises Lacoste, qui faisaient si chic...

Tout le roman est rempli de ces pépites qui nous transportent tout droit au printemps 1980. Pierre Cayouette, aujourd’hui éditeur, a été journaliste, ce dont témoigne son souci de précision pour raviver l’actualité de ces jours-là.

Mais comme le dit le titre, le Christian militant est aussi amoureux – d’un grand romantisme joliment décrit qui doit néanmoins traverser des épreuves.

Sa belle Geneviève tombe enceinte, mais ni l’un ni l’autre ne veut garder l’enfant. Le chapitre consacré à l’avortement, à l’époque illégal, relate avec sensibilité ce que le moment a de délicat.

Que le référendum soit perdu marquera une grande désillusion pour le jeune homme. S’y ajouteront d’autres pertes dans sa vie personnelle. La militance prendra fin et il lui faudra s’ajuster à une vie adulte moins flamboyante que prévu. Il optera pour une espèce d’entre-deux, en marge de la performance, aux côtés des vieux et des enfants.

Christian y voit de la sérénité, mais c’est aussi un renoncement, choix quand même étonnant pour quelqu’un de si jeune. Ce qui ramène au destin du Québec...