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Chapeau, Drew Brees!

Washington Redskins v New Orleans Saints
AFP

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Donc, Peyton Manning aura détenu le record du quart-arrière ayant accumulé le plus grand nombre de verges pendant exactement 1000 jours. Il était inévitable que Drew Brees, qui est ce qui se rapproche le plus de la régularité d’un métronome dans le football, allait briser sa marque plus tôt que tard. Et ça ne pouvait pas tomber sur un meilleur joueur et individu.

Brees trône désormais au sommet dans l’histoire avec 72 103 verges au terme au match du lundi soir que ses Saints ont aisément remporté face aux Redskins. Et des verges, à la façon dont il joue encore cette saison en continuant de défier les affres du temps, Brees en accumulera encore et encore. C’est tant mieux si, dans le monde actuel de la NFL où les barrières aériennes n’existent plus, Brees conserve ce record longuement. Parce qu’il mérite amplement la reconnaissance qui déferle sur lui.

Commençons par les chiffres avant de parler des choses bien plus sérieuses concernant le numéro 9. Débarqué à La Nouvelle-Orléans en 2006, Brees n’a jamais complété moins de 63% de ses passes. À quatre reprises, il a même fait mieux que 70%. C’est exactement ce que j’entends par métronome.

Dans l’histoire de la NFL, il y a eu neuf saisons de plus de 5000 verges chez les quarts-arrières. Brees en revendique cinq. Arrêtez-vous un bref instant et réalisez un peu!

On parle abondamment, à juste titre, des succès de Tom Brady dans la trentaine avancée et même aujourd’hui dans la quarantaine. Sachez que Brees, à 39 ans bien sonnés cet automne, complète à ce jour 77,9% de ses passes, pour une moyenne de 331,6 verges par match. Ah, menu détail, il n’a toujours pas lancé d’interception...

Il y en aura toujours pour dire que Brees a complété autant de passes, pour autant de verges, depuis 2006, parce que le système offensif de Sean Payton lui a permis de le faire. C’est tellement réducteur et insensé. Sean Payton ne serait probablement pas élevé au rang de gourou offensif aujourd’hui sans Brees. À l’inverse, Brees aurait peut-être connu du succès sans Payton, mais peut-être pas à ce niveau. On parle ici d’un mariage qui a bénéficié aux deux partenaires.

Plus que des chiffres

Il y a toutefois bien plus qu’une myriade de chiffres pour représenter qui est Drew Brees et quelle est sa place dans l’histoire.

Brees, c’est d’abord le joueur qui, à 6 pieds sur la pointe des orteils, était trop petit pour percer comme quart-arrière à l’Université de Purdue. Puis dans la NFL à San Diego et ensuite à La Nouvelle-Orléans. Et qui a pavé la voie aux Russell Wilson et Baker Mayfield par la suite dans un monde de grands et gros gaillards.

Brees, c’est le gars qui a subi une dévastatrice blessure à l’épaule à ses derniers moments en 2005 avec les Chargers, qui lui ont préféré Philip Rivers. C’est celui dont ladite blessure inquiétait tellement à travers la NFL que les Dolphins ont choisi de le renvoyer chez lui au lieu de l’embaucher, jetant plutôt leur dévolu sur Daunte Culpepper...

Brees, c’est le quart-arrière qui s’est amené chez les Saints parce que plus personne ne voulait de lui et de son épaule finie. C’est le type qui a accepté de relever le défi de redresser une franchise moribonde, constamment menacée de déménagement et qui avait pris part aux séries un grand total de cinq fois en 40 ans avant son arrivée. Depuis, les Saints y sont retournés six fois.

Brees, c’est aussi l’être humain qui s’est amené à La Nouvelle-Orléans à une époque où la ville était toujours dévastée par l’ouragan Katrina et qui s’est impliqué sans retenue dans la communauté. Ses performances sur le terrain, mais aussi son rôle en dehors, en ont fait le visage d’une franchise qui avait désespérément besoin d’un pilier.

Brees, c’est aussi le coéquipier apprécié de tous et le rival respecté universellement. C’est le soldat qui ne rate jamais un match et qui ne fait jamais de vagues. C’est le représentant idéal pour une organisation qu’il n’embarrasse jamais par des propos déplacés ou des gestes répréhensibles. C’est le joueur qui a rendu un nombre incalculable de receveurs autour de lui probablement bien meilleurs qu’ils ne l’étaient probablement en réalité. N’est-ce pas justement la marque des plus grands leaders,  d’élever le jeu de ceux qui les entoure?

La suite

Pour un joueur de la trempe de Drew Brees, le record de verges n’est donc qu’un bonus. Un bonus fort apprécié et appréciable, mais un bonus quand même. Ce qu’il lorgne, c’est un deuxième trophée Vince-Lombardi. Et puisque les Saints l’ont enfin bien entouré après des années misérables en défensive et dans le champ-arrière, tout redevient possible.

Et Brees, peu importe les allégeances, c’est exactement le genre d’athlète professionnel qu’il sera difficile de ne pas encourager dans sa quête ultime.