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Trop de chefs gâtent la sauce

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Il y a une semaine jour pour jour, comme 8,215 millions d’autres Québécois, je me suis réveillé sans trop de surprise avec un gouvernement majoritaire de la CAQ.

Depuis, je ne cesse de rencontrer des gens qui ont haï la campagne électorale. Tous déplorent l’insignifiance générale des propos, l’interminable litanie de promesses, les coups bas des uns et des autres, le manque de vision des chefs, leurs tergiversations politiques et l’exhumation de leurs péchés de jeunesse. Qu’ils soient vrais ou faux, leurs péchés de jeunesse ou ceux de leurs candidats ont été semés aux quatre vents par les réseaux sociaux, puis commentés à la ronde par les journalistes et les commentateurs.

Les réseaux d’information continue bien plus que les réseaux sociaux ont transformé les campagnes électorales. Les uns et les autres se cannibalisent avec gourmandise. Il faut bien nourrir la bête.

LE NOMBRIL DU MONDE

En septembre, presque toute l’actualité internationale, quelle que soit son importance, a été occultée par notre « petite » campagne électorale. Même à RDI, dont le mandat est pourtant pancanadien, les élections du Québec devinrent durant des semaines le nombril du monde. L’émission 24/60, par exemple, n’a pas cessé d’être prolongée, même si rien de particulier ne le commandait.

Si encore les chefs s’étaient contentés des réseaux d’information continue. Mais non. Ils ont aussi frappé à la porte des studios de radio et couru toutes les émissions de télévision qu’on leur proposait quand ils ne les sollicitaient pas eux-mêmes. On les invitait le plus souvent dans l’espoir qu’ils trébuchent sur les pelures de banane malicieusement déposées sur leur chemin.

C’est ainsi que Philippe Couillard s’est empêtré dans sa liste d’épicerie, François Legault dans sa politique migratoire, Manon Massé dans ses langues officielles et ainsi de suite. Ces balivernes ont fait les manchettes et défrayé la chronique, reléguant au second plan les questions importantes.

TROP C’EST TROP

Les candidats aux plus hauts postes de l’État pourraient-ils se faire plus rares ? Est-il encore possible de résister à ces réseaux d’information continue qui usent les chefs politiques plus vite que le pouvoir ? Se pourrait-il que leurs apparitions trop fréquentes finissent par nous lasser ? Qu’elles ne fassent qu’augmenter notre cynisme ?

Kathleen Wynne n’aura rempli qu’un seul mandat, tout comme Philippe Couillard, ce qui est exceptionnel. Depuis un peu plus de deux ans, les électeurs ont bouté dehors six gouvernements provinciaux (dont le Québec et l’Ontario) et celui d’Ottawa.

Après un premier mandat où il avait été présent partout (comme Denis Coderre), l’ancien maire Jean Drapeau perdit son élection. Après cette défaite, il fut ensuite élu durant des années. Monsieur Drapeau a toujours attribué sa longévité politique subséquente (26 ans) au fait d’avoir donné le minimum d’entrevues et d’avoir réservé sa présence juste aux événements qu’il aurait été inconvenant d’ignorer.

Mais le plus illustre maire de Montréal a quitté la vie politique neuf ans avant la création de RDI et 12 ans avant celle de LCN. Lui serait-il possible aujourd’hui de maintenir pareille distance avec les médias ? Peut-être pas, mais de là à ce qu’hommes et femmes politiques mordent à tous les hameçons, il y a une marge.

Trop de chefs gâtent la sauce et trop de télévision dégoûte des chefs !