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Un sommet intéressant

Un sommet intéressant
Photo Jean-François Desgagnés

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Il y a longtemps qu’un sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie n’aura pas retenu autant d’attention chez nous que celui qui se tiendra à Erevan, en Arménie, cette semaine.

Du point de vue québécois, ce sera d’abord l’occasion d’observer les premiers pas de François Legault sur la scène internationale. Évidemment, pour un premier ministre du Québec, la diplomatie ne constitue pas un élément aussi important dans sa définition de tâches que pour le chef du gouvernement d’un État pleinement souverain.

On aurait toutefois tort de négliger son importance. Pour preuve, la transition en apparence savamment orchestrée de la Coalition avenir Québec semble avoir comporté un oubli de taille, soit de faire atterrir l’avènement d’un nouveau parti au gouvernement dans les médias étrangers.

Les presses françaises et américaines collent sur nos récentes élections la même grille d’analyse qu’elles auraient utilisée pour la victoire d’un parti populiste dans un pays de l’Est. Ce n’est bon ni pour le Québec ni pour le nouveau gouvernement. C’est la conséquence du peu d’intérêt que François Legault a eu jusqu’ici pour les relations internationales et de l’ignorance grandissante dont souffre le Québec à l’étranger.

François Legault devra donc multiplier les rencontres informelles au cours des prochains jours pour se rappeler au bon souvenir de nos partenaires.

« Party de dignitaires »

Autre élément qui attire l’attention sur le sommet, la sortie aussi critique qu’inattendue du maire de Québec Régis Labeaume à propos de l’OIF, organisation qu’il accuse d’être devenue « un party de dignitaires ». Il en appelle à un retour à sa mission d’origine qui était la promotion de la culture d’expression française.

Il exprime ainsi le sentiment de beaucoup de Québécois qui peinent à voir ce à quoi sert encore la Francophonie, si ce n’est à offrir un peu de confort à des personnalités politiques déchues.

Or, c’est tragique qu’il en soit ainsi, car l’OIF est la seule instance internationale où le Québec peut parler de plein droit. Il est d’autant plus décevant que cette image déconnectée ait été plus que jamais illustrée par l’une des nôtres. Il s’agit de Michaëlle Jean, ex-vice-monarque sur le déclin.

Les alliés de Madame Jean aiment rappeler qu’elle a lancé de multiples initiatives pour favoriser la démocratie, le développement et la coopération entre les pays francophones. C’est bien, mais ce qui aurait été mieux, c’est qu’elle le fasse sans verser dans le luxe ostentatoire et la dépense inconsidérée, comme elle l’avait fait comme gouverneure générale.

Redorer son blason

C’est la principale raison qui rend ce sommet intéressant. Le retrait, aussi humiliant que spectaculaire, de l’appui du Canada et du Québec au renouvellement du mandat de Michaëlle Jean. Il est toutefois dommage que ce soit au profit d’une candidate issue du Rwanda, un pays où la démocratie est chancelante et où l’intérêt subit pour le français semble, justement, plutôt « intéressé »...

N’empêche, ce sommet doit être l’occasion pour le Québec de reprendre sa place dans le monde, notamment par la nomination d’un administrateur qui saura nous faire honneur, comme Clément Duhaime jadis, qui avait justement été écarté au profit de Michaëlle Jean.

Le Québec a besoin de la Francophonie et la Francophonie a besoin de redorer son blason et de se recentrer sur sa mission.