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Émouvante rétrospective

La plus importante exposition jamais réalisée sur Marcel Barbeau est inaugurée

Quebec
Photo Stevens LeBlanc La sculpture Fenêtre sur l’avenir a été empruntée à l’Université McGill.

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Enfin. Une première rétrospective est consacrée à un des esprits les plus créatifs que le Québec ait connus, le peintre, sculpteur et pionnier de l’art abstrait, Marcel Barbeau.

Le Musée national des beaux-arts a dévoilé mercredi l’impressionnante et touchante exposition Marcel Barbeau : en mouvement, en présence de sa fille, la cinéaste Manon Barbeau, et de sa veuve, Ninon Gauthier, avec qui il a vécu durant 47 ans.

Devant la centaine d’œuvres qui retracent un foisonnant parcours de sept décennies, et qui proviennent de plus d’une trentaine de prêteurs publics et privés, on les sentait envahies d’une très grande émotion.

Ninon Gauthier tente d’orchestrer une rétrospective depuis la fin des années 1980. Mais ce n’est qu’à l’automne 2015 que le premier rendez-vous a eu lieu entre elle et le MNBAQ, quelques semaines avant que Marcel Barbeau ne rende l’âme, à 90 ans.

« Il était trop malade pour faire le voyage. Mais j’ai eu le bonheur de lui apprendre que le projet était accepté. Il en était vraiment très heureux, il était ravi. Ça fait très, très longtemps que ça lui est dû », a-t-elle confié mercredi, en marge de l’exposition.

« C’était inconcevable qu’un artiste de cette trempe n’ait pas encore de rétrospective », a soutenu la conservatrice et commissaire de l’exposition Eve-Lyne Beaudry.

Reconnaissance tardive

La fille de l’artiste, la cinéaste Manon Barbeau, a souligné la liberté, l’audace et le désir « viscéral » de son père de sortir des sentiers battus.
Photo Stevens LeBlanc
La fille de l’artiste, la cinéaste Manon Barbeau, a souligné la liberté, l’audace et le désir « viscéral » de son père de sortir des sentiers battus.

Manon Barbeau a eu l’impression de retrouver l’âme de son père. « Papa a peint toute sa vie avec fougue, passion, viscère et âme. De voir tout ensemble ses différentes périodes, et en mesurer la cohérence, la force, l’évolution, dans une exposition intelligente et sensible, ça me touche beaucoup », a-t-elle dit.

Son plus grand regret est qu’il n’y soit pas pour mesurer l’ampleur de son œuvre, lui qui a souvent été critiqué par ses pairs. « Je pense qu’il avait renoncé à la reconnaissance qu’il méritait. Il avait renoncé à la reconnaissance pour être juste dans le plaisir de créer. »

Créateur jusqu’à la fin

L’œuvre <i>Giboulée</i>, qui date de 1975.
Photo Stevens LeBlanc
L’œuvre Giboulée, qui date de 1975.

Complice des Riopelle et Ferron à l’époque du Refus global, manifeste duquel il fut signataire, et artiste qui a contribué au développement de nombreux courants d’avant-garde, Marcel Barbeau créait des œuvres au style inédit dans le paysage artistique. Pour lui, ni les techniques ni les styles n’avaient de limites.

L’exposition couvre l’ensemble de sa carrière, de la période automatiste du milieu des années 1940 jusqu’à sa toute dernière période de production. On y retrouve ses œuvres phares en noir et blanc, les œuvres d’art optique, pour lequel il a eu une reconnaissance mondiale et les toiles d’abstraction géométrique.

Ces chorégraphies de formes ont d’ailleurs été une des séries dans laquelle il s’est investi le plus longtemps.

Il a peint jusque dans les toutes dernières semaines de sa vie. « Il est allé, à 90 ans, alors qu’il allait mourir quelques semaines plus tard, renouveler sa batterie de pinceaux, parce qu’il voulait des pinceaux neufs pour ses prochaines œuvres. Il peignait en fauteuil roulant alors qu’il ne pouvait plus marcher et qu’il était nourri par un tube », a raconté Manon Barbeau.


♦ Marcel Barbeau : en mouvement est présentée jusqu’au 6 janvier 2019 au MNBAQ.