/investigations
Navigation

Le patron de l’UPAC ne s’explique pas dans sa lettre de démission

Robert Lafrenière indique au ministre qu’il part pour «laisser la place à la relève»

UPAC
Photo Pierre-Paul Poulin

Coup d'oeil sur cet article

Le patron de l’Unité permanente anticorruption Robert Lafrenière n’a donné aucune explication sur les raisons qui l’ont poussé à abandonner ses fonctions, le jour même des élections, dans sa lettre de démission qu’a obtenue notre Bureau d’enquête.

Dans le document, reçu en vertu d’une demande d’accès à l’information, le commissaire à la lutte contre la corruption dit simplement se retirer « pour laisser place à la relève ».

La lettre est adressée au ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux en date du 1er octobre, jour des élections générales, alors que les libéraux de Philippe Couillard étaient sur le point de perdre le pouvoir.

Voici la lettre de démission que Robert Lafrenière a expédiée au ministre de la Sécurité publique.
Voici la lettre de démission que Robert Lafrenière a expédiée au ministre de la Sécurité publique.

Dans sa courte lettre de cinq paragraphes, le commissaire ne dit rien sur le moment choisi pour son départ.

Il ne revient pas non plus sur le camouflet qu’il avait subi trois jours plus tôt, quand le Directeur des poursuites criminelles et pénales a annoncé que les mandats de perquisition exécutés l’automne dernier contre Guy Ouellette n’étaient pas valides.

Le député était soupçonné d’avoir orchestré la fuite dans les médias d’information sur des enquêtes en cours.

Après l’avoir arrêté, les autorités n’ont finalement jamais accusé Guy Ouellette. Il pourra bientôt récupérer le téléphone et l’ordinateur que la police a saisis.

Il se dit fier

Robert Lafrenière, nommé par l’ancien premier ministre Jean Charest, doit quitter ses fonctions le 2 novembre. Il se dit fier d’avoir dirigé l’Unité pendant plus de sept ans.

Il se déclare « convaincu que la lutte contre la corruption doit demeurer une priorité pour les gouvernements, et ce, au bénéfice de nos institutions publiques et de tous les citoyens ».

« La mission que j’ai défendue, entouré de gens profondément engagés dans la réalisation de leur mandat, a été une expérience gratifiante, écrit-il. En effet, la lutte contre la corruption au Québec ne vient que débuter et je suis fier d’avoir contribué à ses assises et à ses premiers résultats. »

Après avoir remis sa lettre, le commissaire devait s’envoler pour la Grèce pour des vacances d’une dizaine de jours planifiées de longue date, selon nos sources.

Le patron de l’UPAC, au parfum des secrets les mieux gardés sur les allégations de financement illégal au Parti libéral du Québec, n’a publié aucun communiqué ni tenu de conférence de presse pour expliquer son départ.

« Il n’est pas prévu que le commissaire donne des entrevues », a dit Mathieu Delisle, porte-parole de l’UPAC, la semaine dernière.

Geste critiqué

Robert Lafrenière s’est attiré son lot de critiques en claquant la porte ainsi.

« On est un peu interloqués par sa façon de procéder. [...] Il aurait dû choisir un autre moment et s’expliquer », affirmait vendredi l’avocat criminaliste Jean-Claude Hébert.

Pour la juge à la retraite Nicole Gibeau, le commissaire ouvre la porte à toutes les spéculations quant aux raisons de son départ. Sont-elles politiques ? Personnelles ?

« On ne le sait pas ! On n’a vraiment rien ! »