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Les employés de la SQDC seront-ils bien formés?

Le document de formation pour les employés de la SQDC leur rappelle d’être courtois et souriants et de dire un beau «bonjour» «sincère et senti». On leur suggère aussi d’observer les clients afin de détecter les «personnes intoxiquées aux comportements agressifs».
Photo courtoisie, Société québécoise du cannabis Le document de formation pour les employés de la SQDC leur rappelle d’être courtois et souriants et de dire un beau «bonjour» «sincère et senti». On leur suggère aussi d’observer les clients afin de détecter les «personnes intoxiquées aux comportements agressifs».

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Les quelque 300 employés de la Société québécoise du cannabis qui travailleront en succursales à partir de la semaine prochaine risquent de vous vendre votre weed en insistant sur les effets négatifs, en vous disant de ne pas prendre de trop grosses bouffées et en vous suggérant du pot pas trop fort.

Je suis peut-être pessimiste. N’empêche...

Grâce à la loi d’accès, j’ai obtenu les documents de la formation que les conseillers de la SQDC reçoivent ces jours-ci. Je précise qu’ils ont été élaborés par l’Unité de recherche en psychiatrie des toxicomanies du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal à la demande du Ministère de la Santé.

Je sais aussi que les six fournisseurs de la SQDC ont donné une petite formation sur leurs produits respectifs.

À première lecture du document, je constate qu’on parle «d’effets du cannabis» et «d’effets désagréables». On se garde bien de dire «effets positifs». Ainsi parmi «les effets» on note la sensation énergisante, euphorisante, stimulante pour le sativa et de détente, corps lourd et somnolence pour l’indica.

On prend aussi la peine de préciser que les effets «recherchés» ne sont pas tous démontrés scientifiquement et que le conseiller «doit» le dire au consommateur.

Pour les effets désagréables, on cite : la bouche sèche (décrit par un logo de cactus !?!), les yeux rouges, l’anxiété, la paranoïa et la confusion.

Bref, on ne va pas trop insister sur les effets plus positifs, quitte à dire qu’ils ne sont pas vraiment prouvés. Mais pour les effets négatifs, on risque d’en beurrer épais.

«Consommation responsable»

Le conseiller devra inciter à la consommation responsable et vous orienter vers des produits «limitant les risques pour la santé».  

«Tout consommateur doit être encouragé à choisir des produits avec une concentration en CBD plus importante et en THC plus faible, afin de limiter les risques d’effets indésirables», peut-on lire.

Même pour les client dit «expérimentés», le conseiller doit vous orienter vers un produit avec la plus faible intensité possible.

Le conseiller ne pourra suggérer des produits supplémentaires, faire la promotion du pot et de ses vertus, privilégié une marque ou une variété qui ne répond pas au besoin exprimé par le client (soyez donc précis dans vos demandes).

Pour évaluer vos besoins, ils chercheront à savoir si vous connaissez déjà la substance, comment vous allez le consommer et dans quel endroit. Ensuite il vous parlera des prix.

L'art de tamponner

On apprend aussi en lisant le document que le dabbing se traduit en français par «tamponnage». Hey man, tu viens tamponner chez moi ce soir? Sérieux...

Le conseiller risque aussi de vous dire que «l’inhalation du cannabis n’est pas recommandée» et «d’éviter les inhalations profondes» ou même de «retenir le produit une fois inhalé». Quand c’est rendu qu’on dit comment inhaler, c’est un peu intense...

Imaginez un conseiller de la SAQ nous dire «prenez de petites gorgée de vin» ou évitez les shots et les jeux de boissons. Pas que c’est inutile, mais c'est un peu lourd si on m’en parle chaque fois que je vais acheter mon vin du vendredi.

Le tamponnage est aussi considéré comme une pratique «non sécuritaire»...mais encore là quand on me parle de tamponnage, je n’écoute plus rien après.

On recommande surtout de consommer son cannabis par vaporisation.

La description de la dépendance au cannabis m’a fait sourciller. On parle de personne qui a un problème physique ou psychologique «possiblement causé par le cannabis» ce qui mène à consommer dans des situations physiquement dangereuses. Hein!?

Pour illustrer le tout, on a droit à une photo d’un jeune avec une tuque assis en boule avec un regard «je suis un jeune troublé mais prêt à recevoir de l’aide.»

 

Le document insiste beaucoup sur les effets négatifs du cannabis sur la santé (psychose, échec scolaire) et aucune source n’est citée. C’est embêtant car il y a plusieurs éléments qui sont contestés scientifiquement et méritent des nuances.

Des documents informatifs seront aussi remis à l’acheteur.

Tout est dans le ton

Est-ce que les employés de la SQDC auront une bonne connaissance de leur sujet? Est-ce qu’on va avoir envie de rouler des yeux quand ils vont nous parler de la façon dont on doit inhaler? On aura la réponse mercredi prochain.

Dans l’ensemble, le document semble «pas si pire», affirme Jean-Sebastien Fallu, professeur en prévention de la toxicomanie à l'Université de Montréal. Mais comme il dit : «C'est bien beau tout ça dépendra surtout du ton des employés». Un ton moralisateur serait vraiment désagréable.

Mais heureusement, les employés ont été invités à être courtois et souriants et à dire un beau «bonjour» «sincère et senti». On leur suggère aussi d’observer les clients afin de détecter les «personnes intoxiquées aux comportements agressifs»

Au moment de quitter la succursale, il devra vous rappeler d’être prudent dans votre consommation. Un peu comme ma mère me rappelait toujours d’être sage quand je sortais le soir. Spoiler : ce n’est jamais arrivé.

Pour consulter l’ensemble du document, le voici. Et comme vous êtes nombreux à me demander quelles succursales seront ouvertes le 17 octobre, voici la liste.