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Que sont devenues mes voitures américaines?

Pontiac Trans Am

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On les a sévèrement critiquées, on les a pointées du doigt, et la concurrence s’en moquait très souvent.

J’évoque ici bien sûr ces voitures américaines introduites au cours des dernières décennies, qui bien que de qualité parfois douteuse, ont eu un impact significatif sur l’évolution de l’automobile à l’échelle mondiale. Sans elles, plusieurs technologies retrouvées aujourd’hui dans nos véhicules n’auraient sans doute pas la même efficacité ou seraient carrément absentes.

 

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Il ne suffit que de reculer que de 25 ans pour réaliser que plusieurs marques américaines roulaient alors leur bosse, sans même qu’on ne se pose de question sur leur avenir. Pensez à Oldsmobile, Pontiac, Saturn, Geo, Mercury, Plymouth ou Eagle, aujourd’hui toutes disparues.

 

Et que commercialisait-on avec ces marques? Très souvent, des modèles dérivés de produits vendus par Chevrolet, Ford ou Dodge, mais qui donnaient lieu à plus de distinction dans le paysage automobile. Parce qu’une Eagle Vision, ce n’était pas une Chrysler Intrepid. Parce qu’une Pontiac Grand Prix, ce n’était pas une Impala et parce qu’on préférait parfois la Trans Am à la Camaro. Parce qu’à cette époque, on se mettait peut-être la tête dans le sable, mais on développait encore des véhicules avec passion et avec conviction.

Ce n’était toutefois qu’une question de temps avant que les constructeurs nord-américains réalisent que plusieurs divisions étaient en péril. Certaines d’entre elles avaient bien sûr une identité plus marquée, mais d’autres ne servaient qu’à satisfaire un réseau de concessionnaire affichant plusieurs marques.

Par exemple, l’approche de Pontiac était clairement distincte de celle de Chevrolet ou d’Oldsmobile, attirant une clientèle précise. Or, l’existence de Plymouth ou de Mercury, qui ne proposaient que des copies de Dodge ou de Ford, était questionnable. À preuve, pensez à la Neon. Une voiture vendue par Dodge et par Plymouth, sous le même nom, affichant la même calandre, et qu’on ne différenciait que par le logo de la division placé dans le coin inférieur du coffre. Même l’emblème de capot était identique sur les deux modèles, puisqu’il s’agissait de l’étoile Chrysler. Avouez que l’effort de différenciation ne pouvait être moindre.

 

Crise financière

Les faillites de GM et de Chrysler survenues en 2009, conséquence d’une importante crise financière, auront donc eu raison de ces marques qui poursuivaient encore leur carrière, bien que sur le respirateur artificiel. Évidemment, il était clair qu’un sérieux ménage était à faire, surtout du côté de GM, qui n’acceptait sans doute pas le lourd constat d’échec de la division Saturn, après y avoir mis tant d’efforts. Et parce que l’image d’une marque comme Hummer était à ce moment affectée par la crise pétrolière, il était difficile de croire à sa survie (gageons qu’avec l’avènement des VUS que l’on connaît, il en serait aujourd’hui autrement).

 

C’est au tournant de l’actuelle décennie que l’industrie automobile américaine s’est réveillée, de façon forcée, afin de prendre une direction bien différente, avec un nombre de modèles grandement réduit. Pendant ce temps, les voitures de luxe allemandes se multipliaient au point ou aujourd’hui, on peut sans gêne affirmer qu’elles sont devenues banales. Toutes semblables, toutes parfaites et toutes... noires ou blanches!

Évidemment, loin de moi l’idée de critiquer la popularité des voitures de luxe, segment que les constructeurs allemands dominent avec brio. Or, on assiste actuellement à une disparition évidente des voitures américaines plus traditionnelles, ce que je qualifierais de triste. Auriez-vous osé croire, il y a tout juste cinq ans, que Chrysler et Ford abandonneraient la quasi-totalité de leurs voitures pour ne se consacrer qu’aux VUS?

 

Depuis quelques années, Chrysler a par exemple mis une croix sur le segment des compactes et des intermédiaires (Dodge Dart et Chrysler 200), en misant maladroitement sur Fiat qui, entre vous et moi, ne vit chez nous que sur du temps emprunté. Les rumeurs veulent également que la berline 300, qui avait pourtant ébranlé le marché lors de son arrivée en 2004, soit elle aussi sur le point de tirer sa révérence. Bref, terminé les voitures chez Chrysler.

Du côté de Ford, la stratégie est encore plus claire. La Focus n’est déjà plus, alors que la mort imminente des Fiesta, Fusion et Taurus est annoncée pour l’an prochain. Ne reste donc que la Mustang, que Ford ne peut tout simplement pas abandonner. Comprenez également par là que certains modèles Lincoln, comme la MKZ, sont également mis en péril.

Et GM dans tout ça?

Pour l’heure, pas d’annonce concernant l’abandon de voitures chez Chevrolet, mis à part la Sonic. Les Spark, Cruze, Malibu et Impala demeurent, sans compter les Camaro et Corvette. Maintenant, en consultant les chiffres de ventes de modèles comme la Malibu et l’Impala, force est de croire que GM pourrait aussi emboîter le pas. Le bilan pour 2018 est encore pire du côté de Buick qui, au 30 septembre, n’avait même pas vendu 1 000 voitures à travers le pays, en combinant les modèles Regal et Lacrosse. Et pourtant, ces voitures demeurent.

GM passe toutefois le couperet dans la gamme Cadillac, abandonnant les modèles ATS et CTS. Or, cette stratégie n’est que temporaire puisqu’on les remplacera prochainement par de nouvelles berlines ciblant plus efficacement la compétition. Les rumeurs évoquent même la possibilité d’une sportive qui serait basée sur la future Corvette à moteur central. Mais bon... nous sommes encore bien loin de là!

Pourquoi?

Pourquoi pleurer la disparition de modèles que les gens ne souhaitent plus acheter? Parce que le passionné de voitures que je suis est malheureusement nostalgique d’une époque pas si lointaine où l’automobile était plus diversifiée et à mon sens, plus captivante. Une époque où le luxe était plus difficilement accessible et où les voitures ne se prenaient pas pour des camions.

Je serai honnête, l’avènement des VUS tous identiques et tous conçus dans le même moule m’ennuie sévèrement. Rien de plus banal pour moi que les Blazer, Explorer, Pathfinder et Highlander, qui par leur nomenclature nous laissent croire à de costauds baroudeurs, alors qu’ils ne sont que d’ennuyeuses fourgonnettes déguisées, sans portes coulissantes.

Rien de plus ordinaire pour moi que ces RDX, Q5, X3, QX50, NX, GLC, XC60 (et autres...), toutes fabriquées selon les mêmes paramètres, et toutes équipées de moteur 2,0 litres turbo de puissance semblable. Comme si vous faisiez la comparaison entre un hot-dog de chez Lafleur, de chez Valentine et de la Belle Province, ou la différence se trouve surtout dans la marque de la relish!

 

Le chroniqueur automobile que je suis pleure donc la disparition de plusieurs voitures intéressantes et est déçu de constater la dégringolade du segment des compactes et surtout, des berlines intermédiaires (Malibu, Accord, Sonata, Camry), alors qu’elles n’ont jamais été aussi compétentes. Et oui, il y a un petit côté de moi que regrette l’époque où on pouvait écrire sur des voitures aussi audacieuses que mal conçues, comme la Pontiac Grand Prix GXP V8, mauvaise sur toute la ligne, mais ô combien attachante!

Heureusement, parce que le monde automobile évolue sans cesse, il y a fort à parier que la mode des multisegments sans âme et sans caractère finisse par plafonner. Qui sait si les voitures familiales ne redeviendront pas un jour populaires? Et la sous-compacte? Ne serait-il pas logique qu’elle gagne en popularité avec ce manque d’espace (tant sur nos routes que dans les stationnements urbains)?

En attendant, ce sont les électriques qui attirent mon attention. Pour leur rendement, pour leur côté amusant, mais aussi parce qu’elles sont pour la plupart originales et bien distinctes les unes des autres. Reste à voir si les Américains sauront y tirer leur épingle du jeu, puisque pour l’heure (en excluant Tesla), les grands dévoilements se font surtout du côté des Européens et des Coréens.