/news/cannabis
Navigation

Un «chaos» difficile à gérer 6 jours avant la légalisation du cannabis

Coup d'oeil sur cet article

La prolifération des règlements municipaux contre la marijuana dans les lieux publics créera un «chaos» «désolant» qui se transformera en une contestation judiciaire infernale, estiment les experts.

À Québec, la consommation de cannabis ne sera pas tolérée dans les endroits publics. À Montréal, la verte substance sera traitée comme le tabac, toutefois, des règlements changeront d’un arrondissement à un autre. Certains corps policiers permettront aux agents de consommer durant leur temps libre, d’autres non.

Cette multiplication de règlements risque de donner des maux de tête aux citoyens ainsi qu’aux autorités, jugent les spécialistes.

«Ce qui est en train de se passer... un chaos où les droits des citoyens ne sont pas les mêmes d’une ville à l’autre. Pour le commun des mortels, ça va prendre une application géolocalisée pour savoir ce qu’on peut faire et à quel endroit», a déploré Jean-Sébastien Fallu, professeur en psychoéducation à l’Université de Montréal.

«Avec ce qui se trame au Québec, on est en train de créer une situation qui va être plus restrictive qu’avant la légalisation. Certains parlent d’une prohibition 2.0.»

La morale

Il peste contre le fait que le gouvernement du Québec n’a pas écouté les experts en santé publique qui recommandaient de laisser le droit aux municipalités d’interdire le cannabis seulement dans certains lieux et à certains moments.

Le gouvernement aurait cédé sous la pression de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), croit M. Fallu, expert en prévention de la toxicomanie et du décrochage scolaire.

«Ce qui est désolant pour les experts comme moi, c’est de voir combien les élus à travers le pays prennent des décisions sur quelque chose qu’ils ne connaissent pas, souvent sur la base de la morale ou du nivellement par le bas. À un moment donné, il faut que les politiques publiques soient guidées par du pragmatisme. Pas avec la morale», a affirmé le professeur.

Contestations rapides

Assurément, le débat se retrouvera devant les tribunaux. «Ce sera encore du temps et de l’argent, et des avocats qui vont s’enrichir [...] C’est une absurdité d’avoir un produit qui est légal et de n’avoir aucun endroit pour le consommer pour une très large partie de la population», a plaidé M. Fallu.

L’avocat et ancien député fédéral Marc Lemay est convaincu lui aussi qu’une contestation judiciaire se dessine.

Selon lui, il y aura trois débats qui feront rage devant les tribunaux : les lieux permis, le nombre de plants permis et la machine pour détecter la présence de cannabis dans le sang. «Attendez-vous à un débat de plusieurs années», a assuré l’avocat.