/world/usa
Navigation

Dans le nord minier du Minnesota, le «bon sens» de Trump séduit toujours

Dans le nord minier du Minnesota, le «bon sens» de Trump séduit toujours
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

Eveleth | « J’ai soutenu Donald Trump. Sa position sur les mines, ça a été comme une décharge d’adrénaline pour nous ». Pendant des décennies, Bob Vlaisavljevich avait pourtant voté démocrate.

Maire de la petite bourgade minière d’Eveleth, dans le Grand Nord du Minnesota, son changement de bord en 2016 avait retenti comme un coup de tonnerre... et annoncé le basculement pro-Trump de sa circonscription.

Longtemps fief démocrate, elle a donné quinze points d’avance au milliardaire contre sa rivale Hillary Clinton.

Deux ans plus tard, Bob Vlaisavljevich ne regrette pas son choix.

À l’approche des élections législatives du 6 novembre, il compte même voter pour le candidat républicain à la Chambre des représentants Pete Stauber, qui a de bonnes chances de faire basculer dans le giron conservateur cette grande circonscription, représentée à Washington depuis des décennies --hormis un bref interlude-- par des démocrates.

Approcher Eveleth, c’est constater d’un coup d’oeil ce qui tiraille la région, divisée entre besoin d’emplois et protection de l’environnement: de grandes mines à ciel ouvert apparaissent dans des trouées au milieu de forêts majestueuses, déjà parées de leurs couleurs d’automne et constellées de lacs aux noms souvent hérités de la population amérindienne.

D’imposants pygargues à tête blanche, le rapace emblème des États-Unis, survolent l’autoroute quasi déserte qui mène jusqu’à la frontière canadienne.

Laissé tomber

Le froid mord déjà en ce début d’octobre à Eveleth, ville minière de moins de 4000 habitants. Peu de passants arpentent sa grand-rue bien tenue, qui accueille les visiteurs avec une immense fresque en l’honneur du sport passion dans le Minnesota: le hockey sur glace.

Le parti démocrate « était devenu tellement anti-mines qu’il nous traitait comme des ordures », explique le maire âgé de 66 ans, qui a grandi dans ce bassin spécialisé dans le minerai de fer. «Nous avons voté pour eux religieusement et ils nous ont laissé tomber».

Un trophée de cerf surplombe son bureau décoré d’un autocollant pro-Trump, où trône un rouleau de papier toilette à l’effigie d’Hillary Clinton.

Malgré ces signes partisans, son ton est posé, conciliant, loin de l’animosité agitant les débats à Washington. Affable, Bob Vlaisavljevich fait honneur à la réputation d’amabilité prêtée aux habitants du Minnesota.

Pour lui, Donald Trump, c’est avant tout une garantie de «bon sens».

«Il ne fait pas ça pour l’argent parce qu’il en a déjà beaucoup», estime-t-il. «Il est peut-être un peu trop abrupt parfois, mais ce n’est pas grave parce que les anciens d’ici étaient comme ça: ils disaient ce qu’ils pensaient».

L’économie, avant tout

M. Vlaisavljevich voterait pour l’homme d’affaires, quel que soit son parti.

Une vision portant au-delà des lignes partisanes qui se retrouve chez beaucoup d’électeurs ici, alors que les Américains sont appelés à renouveler le 6 novembre les 435 sièges de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat à Washington.

À Eveleth comme ailleurs dans cette circonscription, ils affirment fonder avant tout leur choix sur les candidats, au-delà des partis. Avec une préoccupation en tête: l’économie.

En lice pour porter leur voix à la Chambre: Pete Stauber, 52 ans, et le démocrate Joe Radinovich, 32 ans.

Policier pendant 22 ans, M. Stauber se présente pour la première fois avec la promesse de poursuivre «le programme pro-croissance, pro-emploi» du président américain qui le soutient.

Les électeurs «comprennent mon bon sens conservateur», explique à l’AFP celui qui défend le droit de porter des armes à feu et s’oppose à l’avortement, mais ce sont surtout ses arguments économiques qui séduisent à Eveleth.

«Premièrement, il défend les mines, c’est le plus important ici», explique Edward Courteau, casquette camouflage et épaisse moustache blanche, accoudé au bar du restaurant BoomTown.

À 60 ans, il assure la maintenance mécanique pour des restaurants du coin, qui dépendent du porte-monnaie des mineurs. «La plupart des entreprises dans la région embauchent en ce moment, les choses vont mieux».

En septembre, l’administration Trump a levé un moratoire imposé par son prédécesseur démocrate Barack Obama, qui interdisait l’exploration minière à la recherche de métaux précieux dans une grande région de la circonscription, proche de forêts et de lacs protégés.

Le maire espère qu’exploiter des métaux précieux en plus du minerai de fer permettra d’offrir une nouvelle « stabilité » à la région que de nombreux jeunes ont quitté, découragés par le rythme incertain de périodes d’expansion régulièrement interrompues par des arrêts soudains.

Mais tous ne partagent pas sa confiance.

Ancienne électrice républicaine devenue indépendante, Nicole Rintala s’inquiète pour l’environnement. Cette employée dans la restauration explique d’une voix réfléchie, attablée dans l’un des box en bois de BoomTown, qu’elle votera démocrate le 6 novembre.

«Je comprends qu’on ait besoin d’emplois... Mais à quel prix?», dit la jeune femme de 32 ans.