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La laïcité pour François Legault

Commission Bouchard-Taylor
Photo Jean-François Desgagnés Le gouvernement doit s’appuyer aussi sur les musulmans favorables à la laïcité. Ici, un des porte-parole de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité, M. Ferid Chikhi.

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Le premier ministre désigné serait-il un sanguin, un émotif dominé par une spontanéité naturelle, sinon comment expliquer autrement son empressement à annoncer sa politique d’interdiction des signes religieux au Québec ?

Serait-il aussi guidé par l’impatience et l’imprudence, ce qui nous amènerait à comprendre pourquoi il semble avoir reculé, car en 24 heures, il avait consenti à un accommodement permettant aux personnes en poste visées par sa loi de conserver leurs signes religieux sans perdre leur emploi ?

Cette loi tient à cœur à François Legault, qui reste froid devant les opposants pour qui elle serait une violation des droits de la personne. Nombre des opposants ne veulent pas de chicane dans la cabane. Ceux qui refusent de légiférer sur les signes religieux ostentatoires considèrent qu’il n’y a pas péril en la demeure. Ils croient que cette loi inutile provoquerait de violents conflits sociaux, voire une crise politique majeure.

Laïcité québécoise

Cette laïcité d’inspiration française serait non seulement inapplicable au Québec toujours dans le Canada communautariste façon Trudeau, mais elle serait, disons-le clairement, fascisante et raciste aux yeux de nombre de Canadiens. Ce que la France est pour ces derniers, si l’on se fie aux médias du Canada anglais, puisqu’elle interdit aussi la burka et le niqab dans l’espace public. Or, cette interdiction n’a jamais été envisagée sérieusement par la majorité des tenants de la laïcité québécoise.

François Legault est guidé par son nationalisme. Il croit profondément que le Québec est une société distincte tributaire de la Révolution tranquille. Car les opposants à la laïcité semblent oublier que la société québécoise a connu une Révolution tranquille dont une des conséquences fut une décléricalisation et une déchristianisation du Québec.

Les Québécois furent sous la domination de l’Église catholique. Ils se sont affranchis de cette institution qui a, pour le pire mais aussi le meilleur, défini leur identité.

Le Canada anglais n’a jamais vécu une telle révolution. Et l’immigration a toujours été essentielle à son développement, compte tenu du faible taux de leur natalité comparé à celui des Québécois avant 1960. Et le Canada anglais n’a jamais subi la domination de l’Église anglicane.

Appui musulman

Le premier ministre Legault aura besoin de l’appui de la majorité québécoise pour appliquer sa politique de laïcité, une réponse en quelque sorte à la domination de l’Église catholique d’antan. Et le gouvernement de la CAQ doit aussi chercher ses appuis parmi la communauté musulmane.

Nombre de musulmans du Québec sont des modérés et revendiquent aussi cette laïcité, car plusieurs d’entre eux en Afrique du Nord ont subi les politiques des fondamentalistes religieux. En Algérie, entre autres, où les Frères musulmans ont tué des dizaines de milliers de personnes pendant la guerre civile des années 1990. Les musulmans québécois venus d’Algérie n’ont rien oublié de ces horreurs.

Le premier ministre désigné pourra-t-il imposer la laïcité souhaitée ? S’il n’y arrive pas, il faudra conclure que le Québec ne sera plus dans les faits une société distincte. Les Québécois comprendront alors qu’ils n’ont d’autre choix que de s’incliner devant le multiculturalisme fondamentaliste de Justin Trudeau.