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#Moiaussi : un sondage révélateur

#Moiaussi : un sondage révélateur

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Depuis un an, le mouvement #moiaussi a provoqué une remise en question pour beaucoup d’entre nous, les hommes j’entends. J'en suis.

Dorénavant, les violences sexuelles n’appartiennent plus uniquement à la sphère privée, quelque chose qui se passe en cachette dans la chambre à coucher, et derrière laquelle nous pouvons nous retrancher pour espérer s’en tirer.

Dorénavant, les agressions et le harcèlement sexuels sont un problème collectif et public, c’est le moins que l’on puisse dire, que l’ensemble de la société doit prendre à bras le corps pour le combattre et l’éliminer.

Le sondage sorti mercredi dernier, un an après l’émergence du mouvement #moiaussi, m’a frappé en pleine face. Si pour 91% des personnes sondées, il est grand temps de dénoncer et de punir les gestes d’agression et de harcèlement sexuel, ce sondage dit aussi que beaucoup plus d’hommes que de femmes entretiennent toujours des doutes sur la véracité des accusations des victimes. Ou encore que bon nombre d’hommes continuent d’ignorer le phénomène.

Sexisme et patriarcat

Il y a bien sûr les cas Rozon, Ghomeshi, Salvail et cie, mais dans le fond n’y a-t-il pas aussi toutes ces fois où j’ai posé un regard mal placé sur son décolleté, la rendant à tout le moins mal à l’aise. Ou les autres fois où j’ai sûrement un peu trop insisté ou pire même, agi en ne pensant qu’à mon propre plaisir, oubliant un instant et plus, ce qu’elle aimait, voulait et ressentait.

Bof, vous allez dire qu’il n’y a rien là, à comparer des « vraies » agressions, forcées celles-là, avec en prime une relation d’autorité. Comme le viol de la stagiaire par le boss, par exemple.

Mais ce n’est pas la gravité du geste dont il est question ici. Mais plutôt de ses conséquences sur celle qui le subit.

Et si dans ces cas, la justice renversait le fardeau de la preuve, faisant porter aux agresseurs et aux harceleurs le poids de prouver qu’ils n’ont pas commis les gestes qu’on leur reproche?

Car s’il y a bien une chose, selon moi, que le mouvement #moiaussi a réussi à faire, c’est de placer le « spotlight » sur les victimes. Sur les femmes d'abord et surtout, et sur leur réalité propre.

À faire ressortir que le sexisme échappe nécessairement à tout homme, même les plus « roses » d’entre nous et que leur domination est issue d’un système plus que millénaire : le patriarcat. 

Selon le sondage, les hommes sont d’ailleurs plus nombreux que les femmes à considérer que le mouvement #moiaussi a eu des effets pervers, comme entacher la réputation des accusés. Normal puisque les violences sexuelles sont davantage, et de loin, le lot des femmes.

Si 57% des personnes répondantes trouvent qu’il « est normal de douter des personnes qui utilisent les médias/réseaux sociaux pour porter plainte », comme l’indique le sondage, les hommes sont aussi plus nombreux que les femmes à entretenir ce genre de doutes.

Libérer la parole

Mais le doute a-t-il vraiment sa place dans la réflexion actuelle? Ne sert-t-il pas à dévier le débat ou à éviter de se poser les « vraies questions »?

Car ce qui importe, c’est qu’il y a des milliers de femmes qui, un jour ou un autre, ont été victimes d’un geste mal placé, d’un baiser non désiré, d’un regard inapproprié, d’une approche trop insistante, ou même d’une relation imposée, d’un coup porté ou d’une pénétration forcée.

En réponse à cela, le mouvement #moiaussi a libéré la parole des victimes. Il a été l’occasion d’une prise de conscience collective des rapports inégalitaires entres les femmes et les hommes. Des rapports ancrés solidement dans notre société qui, malgré que nous nous soyons presqu’affranchis de la religion, continuent de faire en sorte « qu’un homme, c’t’un homme pis une femme, c’t’une femme ».

Comme si c’était une fatalité que ceux-ci dominent celles-ci. Comme si l’éducation reçue pouvait justifier cela. Comme si cela pouvait excuser qu’ils soient mieux payés qu’elles. Qu’ils aient accès plus facilement au pouvoir. Qu’ils soient plus nombreux à enseigner dans nos universités alors qu’elles sont plus nombreuses à s’occuper de nos enfants dans les services de garde. Etc., etc., etc.

Avancer vers l’égalité

Durant la dernière année, d’autres hommes avant moi ont pris la parole, bien mieux que moi en plus. Pour sensibiliser. Pour décrier. Pour tenter d’expliquer, de mieux comprendre. Pour essayer de combler le fossé qui sépare les hommes des femmes. Mais surtout pour nous faire avancer vers l’égalité.

Je veux tout simplement ajouter ma voix.

Car il y a une dernière chose que le sondage révèle malheureusement : à peine la moitié des hommes interrogés ont fait un examen de conscience depuis l’émergence du mouvement #moiaussi.

Espérons que, comme avec moi, la réalité rattrapera l’autre moitié un jour. Le plus tôt sera le mieux.