/opinion/blogs/columnists
Navigation

Nos auteurs

CA_Steve E. FortinCA_Marie-Eve DoyonCA_Stéphane Lessard

Début du procès contre le Port de Québec: déjà une victoire pour les citoyens

Début du procès contre le Port de Québec: déjà une victoire pour les citoyens
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Alors que débute aujourd’hui le procès contre le Port de Québec et Arrimage Québec, dans l’épisode des poussières polluantes d’octobre 2012, Véronique Lalande et Louis Dufresne peuvent déjà dire mission accomplie.

«Pour moi, de s’être tenus debout ensemble, avec toutes celles et tous ceux qui ont appuyé la bataille, c’est déjà une victoire en soi», s’exprime celle qui, avec son conjoint, sont à l’origine du recours collectif visant à dédommager les citoyen-ne-s affectés par cet épisode de pollution atmosphérique causé par le transbordement à ciel ouvert de métaux au Port de Québec.

Début du procès contre le Port de Québec: déjà une victoire pour les citoyens
Photo d'archives, Annie T. Roussel

Loin d’un combat à armes égales

À ce jour, le Port de Québec a déjà dépensé 2,5 millions $ pour préparer sa défense.

Cette somme comprend les montants engagés par l’administration du port de la capitale nationale pour le procès qui s’ouvre aujourd’hui, mais également pour le second recours collectif autorisé par la cour pour des incidents similaires qui ont eu lieu depuis 2010.

Ce second procès doit avoir lieu quelque part en 2019.

La partie défenderesse déploie tous les moyens pour tenter de limiter les montants de réparation à verser aux citoyen-ne-s.

Le Port de Québec peut compter sur un groupe d’experts de Corem, Norda Stelo et SNC-Lavalin, regroupant un ingénieur et spécialiste de la qualité de l’air, un biologiste et expert en environnement, un géologue et spécialiste en minéralogie.

De son côté, le couple Lalande-Dufresne a eu peine à trouver un expert scientifique désireux de les appuyer. En effet, qui osera s’aventurer, sachant que ceux qui sont en face sont les mêmes qui donnent les contrats habituellement et qu’en acceptant de témoigner en appui aux citoyen-ne-s qui se lèvent pour dénoncer, il se coupe de contrats futurs?

Véronique et Louis ne comptent plus les heures passées bénévolement pour monter la preuve et répondre aux requêtes de la partie adverse. Ils n’ont d’ailleurs pris qu’une semaine de vacances cet été afin de conserver le reste pour être présents en cour pendant les quatre semaines que durera le premier procès.

«Les seules personnes en cour qui ne seront pas payées, ce sont nous et les citoyen-ne-s qui viendront témoigner avec nous. Les avocats, les experts, les témoins du port et de la compagnie en cause, et même l’employé du Palais de justice qui remplit les pichets d’eau, ont un salaire pour être présents», ajoute Véronique Lalande qui refuse de se plaindre, rappelant que depuis le début elle et son conjoint mènent le combat non pas pour eux, mais pour le bien-être collectif de la population.

Limiter les dédommagements au mépris de la santé

Pourtant, Arrimage Québec a déjà reconnu sa faute en mars dernier, après avoir passé cinq ans à la nier.

Le procès qui s’ouvre aujourd’hui portera donc sur le périmètre des dégâts causés à la fin octobre 2012 par le transbordement des métaux dans le secteur Beauport du port et qui a causé la dispersion des poussières dans l’air du quartier Limoilou à Québec*.

Le Port de Québec et Arrimage Québec feront sûrement valoir que le périmètre est moins grand que celui estimé par le groupe citoyen et que par conséquent, le nombre de victimes est limité.

Pourtant, le PDG du Port de Québec, Mario Girard, qui sera contraint à témoigner, a déjà affirmé dans un échange courriel avec la compagnie que la poussière « s’est répandue sur plusieurs kilomètres ».

Malgré cela, et c’est probablement là la plus grande injustice selon moi, il ne sera nullement question dans ce procès des dommages sur la santé de la population et sur la qualité de vie des résidents concernés.

Il sera plutôt question, semble-t-il, des coûts matériels engendrés par le nettoyage des dégâts causés tout simplement. La santé de milliers d’êtres humains serait trop difficile à chiffrer. Big deal!

Chapeau à la résistance citoyenne

Mince consolation : plusieurs citoyen-ne-s l’ont dit, dans ce contexte l’important ce n'est pas tant le montant d’argent qu’ils vont recevoir que le fait de pouvoir enfin dire tout haut, à la justice et à la face de tous, qu’ils sont victimes depuis des années de l’attitude méprisante du Port de Québec qui n’en a que faire des dommages qu’il continue d’infliger au bien-être des citoyen-ne-s qui habitent près de ses installations.

Espérons que le procès qui s’ouvre aujourd’hui sera la poursuite d’une prise de conscience collective qu’il n’est plus possible de polluer l’environnement sans devoir en payer le prix.

Qu’il est temps maintenant, face à l’urgence de lutter contre les changements climatiques, de changer nos façons de faire.

Que peu importe le prix qu’il en coûte, les entreprises privées devront respecter la volonté de la population de vivre dans une ville où le futur de nos enfants compte plus que les profits engrangés.

Chapeau à toutes celles et à tous ceux qui ont résisté depuis des années. Et un gros merci particulier à Véronique et à Louis qui ont porté ce combat contre vents et marées.


* J’habite ce quartier et je peux vous dire que ça dure encore aujourd’hui. Cet été, nous avons pu le constater.