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Pas de troisième lien avant 2032

Régis Labeaume commande sa propre étude dans laquelle les experts affirment qu’il faudra au moins dix ans avant le début de la construction

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Photo d'archives Les ingénieurs de WSP calculent qu’il faudra entre 15 et 17 ans pour mener à terme un tunnel entre Québec et Lévis et entre 14 et 16 ans pour un pont. Ci-dessus, une illustration dévoilée en mars 2014 dans le cadre d’une campagne favorisant un troisième lien par la Chambre de commerce de Lévis.

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Incertain de l’avenir du bureau de projet pour le troisième lien, le maire de Québec a commandé sa propre étude, qui conclut qu’il faudra au moins dix ans avant le début de la construction, loin des quatre ans promis par la CAQ, et entre 15 et 17 ans pour la réalisation complète.

La Ville de Québec a octroyé le 26 février 2018 un mandat de services professionnels à la firme d’ingénieurs WSP. Le contrat, d’une valeur de 7800 $, avait pour objet l’«estimation du délai des travaux de démarrage, de planification et de réalisation du projet de construction d’un troisième lien interrives entre Québec et Lévis».

Le Journal a obtenu cette étude par l’accès à l’information.

Se basant principalement sur l’étude réalisée par Bruno Massicotte, de l’École Polytechnique de Montréal, et sur les directives sur la gestion des projets majeurs d’infrastructures publiques du gouvernement du Québec, les ingénieurs calculent qu’il faudra entre 15 et 17 ans pour finaliser un troisième lien s’il s’agit d’un tunnel, et entre 14 et 16 ans pour un pont.

Pas avant 2032

Cela signifie que, selon les spécialistes, les autos ne rouleront pas sur l’infrastructure avant 2032, dans le scénario le plus optimiste.

Depuis des mois, la Coalition avenir Québec, qui forme maintenant le gouvernement, promet qu’elle amorcera la construction du futur lien dans son premier mandat, soit dans les quatre prochaines années. Les conclusions des experts de WSP contredisent cette prétention. Il faudra selon eux plus de 10 ans pour passer à travers toutes les étapes préliminaires.

Une recension publiée par Le Journal, le 20 février, sur des projets de ponts d’envergure construits en Amérique depuis 2003 en venait au même résultat, avec une moyenne de seize ans, dont généralement plus de dix avant le début de la construction.

Pourquoi avoir commandé cette étude à WSP alors que le gouvernement du Québec a engagé 20,5 millions $ pour une étude de faisabilité technique complète qui doit être rendue en 2020?

Mandat modifié

«On ne connaît pas l’avenir du bureau de projet», répond au Journal le maire Labeaume qui, déjà au début de l’année, voyait poindre une modification du mandat. «Ça se discutait, l’avenir du bureau de projet, parce que les politiciens en parlaient.»

«Ce contrat-là, c’était pour aller chercher une certaine réponse sur une donnée fondamentale.»

Régis Labeaume convient que le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec, démocratiquement élu, a toute la latitude pour modifier le mandat. «On n’a pas le goût d’affronter le gouvernement dans ce dossier-là. Pas du tout. Mais on veut avoir des réponses.»

Et ces réponses sont selon lui essentielles pour ses concitoyens. «Moi, mon travail c’est de protéger la population de Québec. Et que la population de Québec ait toute l’information possible sur un éventuel troisième lien, qu’il soit à l’est, à l’ouest, où tu voudras. [...] Nous autres, on dit : “Prouvez-nous qu’il y a un gain net.” Et si pour avoir cette preuve-là, s’il y a du travail qu’on doit faire nous autres mêmes, on va le faire.»

«Pas deux, trois ans»

Régis Labeaume a souvent émis des doutes envers les échéanciers avancés sur la place publique. «Il ne faut pas penser que ça prend deux, trois ans, cette affaire-là. Les gens ont le droit de savoir la vérité. Ça prend toujours entre 10 et 15 ans», soutenait-il en décembre dernier.

En septembre, il avait aussi affirmé, chiffres à l’appui, qu’un troisième lien à l’est permettrait de réduire le temps de transport de seulement 3000 personnes sur les 24 000 qui franchissent les ponts en direction nord le matin. Il anticipait un afflux de voitures sur les artères de l’est de la Ville, qui augmenterait les temps de déplacement des citoyens de Beauport et Charlesbourg.


Sommaire des délais de réalisation du troisième lien, selon WSP

  • Démarrage du projet (étude d’opportunité, analyse et décision du Conseil des ministres) : 34 mois
  • Planification du projet (dossier d’affaires, étude d’ingénierie détaillée, analyse et décision du Conseil des ministres) : 34 mois
  • Audience du BAPE et décret gouvernemental : 8 mois
  • Plans et devis (incluant l’appel d’offres) : 32 mois
  • Appel d’offres pour construction et analyse : 15 mois

Construction :

  • Tunnel : 73 mois
  • Pont : 60 mois

Total :

  • Tunnel : 196 mois ou 16,3 ans
  • Pont : 183 mois ou 15,3 ans
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Photo Agence QMI, Simon Clark

«Il y a des informations qu’on devra aller chercher nous-mêmes, tout simplement, et qu’on va donner à la population. C’est nécessaire pour comprendre.»

«Je ne suis pas maire de Saint-Raphaël-de-Bellechasse. Je suis le maire de Québec et je veux que les gens de Québec aient le plus de réponses possible.»

«À un moment donné, il se dit beaucoup de choses. Et ça prend des professionnels pour avoir des données scientifiques, pour avoir des vérités.»

— Régis Labeaume, maire de Québec