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Un «grand jour» pour les amateurs de pot de Québec

La légalisation du cannabis attire les foules dans les établissements de la SQDC

À la succursale de la SQDC de Sainte-Foy, il fallait attendre au moins une heure pour espérer être accueilli à l’intérieur.
Photo Dominique Lelièvre À la succursale de la SQDC de Sainte-Foy, il fallait attendre au moins une heure pour espérer être accueilli à l’intérieur.

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Malgré une pluie battante, les points de vente de la Société québécoise du cannabis (SQDC) de Québec et de Lévis ont littéralement été pris d’assaut par les amateurs de marijuana qui ne voulaient surtout pas rater un «événement mémorable», mercredi matin, en ce jour de légalisation du pot.

«J’ai rêvé à ça toute ma vie», s’est exclamé Jean-Denis en sortant de la succursale de la rue Bouvier. L’homme tenait un sac brun, sans logo ou autre identification, contenant la «limite» permise de possession de cannabis en public: 30 grammes.

«On n’a pas encore fumé aujourd'hui. On voulait profiter de la légalisation avant de venir, comme ça, on va être en mesure d’apprécier les produits que nous avons achetés. Là, on s’en va fêter. C’est un grand jour aujourd’hui», explique-t-il.

Jean-Denis et Jimmy étaient visiblement satisfaits de leurs emplettes à la SQDC de la rue Bouvier.
Photo Catherine Bouchard
Jean-Denis et Jimmy étaient visiblement satisfaits de leurs emplettes à la SQDC de la rue Bouvier.

Comme lui, plusieurs consommateurs n’ont pas hésité à qualifier la journée de «mémorable», sinon «d’historique», alors que partout au pays, le cannabis devenait légal.

Dans les trois points de vente de la région de Québec, on faisait la file par centaines, en avant-midi et en après-midi, pour pénétrer à l’intérieur des établissements. Les plus motivés se sont présentés jusqu’à trois heures avant l’ouverture officielle. Dans Lebourgneuf, le stationnement était saturé tandis qu’à Sainte-Foy, il fallait attendre au moins une heure pour espérer être accueilli à l’intérieur.

À la succursale de la SQDC de Sainte-Foy, il fallait attendre au moins une heure pour espérer être accueilli à l’intérieur.
Photo Agence QMI, Marc Vallières
À la succursale de la SQDC de Sainte-Foy, il fallait attendre au moins une heure pour espérer être accueilli à l’intérieur.
Photo Agence QMI, Marc Vallières

À 19 h, ils étaient toujours plus de 250 clients à attendre à la succursale de la rue Bouvier. Avec la fermeture prévue à 21h, il semble de plus en plus évident que certains n'auront pas accès au magasin mecredi soir. 

En famille

«C’est toute une expérience que d’acheter son pot à des pushers en cravate du gouvernement», plaisantait à Lévis Marie-Laure, venue acheter du cannabis «en famille» avec sa mère Annie et sa sœur Catherine.

Les trois femmes ont apprécié le service et le modèle d’affaires de la SQDC. Surtout que les employés étaient prêts à recevoir les clients, même les plus férus de cannabis. «Ils sont très compétents et ils connaissent leur affaire. Et ils ne sont pas là pour faire la morale, mais bien pour conseiller. C’était parfait comme service», estime Annie qui a toutefois remarqué que très peu de femmes étaient dans la file d’attente.

La légalisation de la marijuana a attiré des gens de tous les horizons, surtout des hommes.

«Elles sont où les femmes?» lance en souriant Annie alors qu’elle rangeait ses achats dans la voiture. Est-ce que le stigma autour du cannabis est encore plus fort chez la femme? «Probablement. Parce que des femmes qui fument, il y en a, je vous le garantis. Je ne comprends pas.»

Une autre consommatrice, Francine De Lair, assure quant à elle que le tabou entourant les femmes et le cannabis est encore très fort. «La femme qui fume est plus stigmatisée que l’homme. T’es une droguée. Voyons donc? Tu fumes du pot? C’est épouvantable! Mais je me suis libérée de ça depuis longtemps», assure la consommatrice de longue date.

Jeunes consommateurs

Plusieurs jeunes adeptes se sont également déplacés et n’ont pas hésité à pourfendre la position du gouvernement caquiste qui aimerait leur enlever le droit de consommer le cannabis s’ils sont âgés de 18 à 21 ans.

«Je connaissais des gens avant le 17 octobre qui pouvaient m’en procurer et je vais continuer à aller voir ces gens-là [si la loi québécoise change]», a fait savoir Zachary Nicole, 18 ans.

«On va avoir goûté à ça, et après on va arrêter?» a questionné Benjamin, âgé de 18 ans lui aussi. «C’est complètement irréaliste. Je pense que si tu es un adulte, tu es un adulte de A à Z», indique-t-il. Son ami, Zac, parle d’un «droit» qui est maintenant «acquis».

Clients satisfaits

Par ailleurs, même si la touche finale dans les boutiques de la SQDC a semblé se faire dans la précipitation, les premiers clients ont parlé d’un service efficace. Le va-et-vient à l’entrée des commerces, guettés par des agents de sécurité, était incessant.

«Ça s’est bien passé même si, évidemment, il y a beaucoup de monde. Ce que je trouve malheureux, c’est qu’on ne voit jamais le produit», rapporte l’un d’eux, Denis Rémillard.

Il se dit «pas certain» que l’offre actuelle a ce qu’il faut pour concurrencer le marché noir. «Il va falloir peut-être qu’ils travaillent sur les prix et qu’ils augmentent les variétés de marijuana aussi parce qu’en général, les taux de THC sont faibles ou moyens», affirme-t-il.

Ce qu’ils ont dit

«C’est vraiment plus sécuritaire pour les acheteurs. On n’a pas besoin de passer par des intermédiaires louches puis c’est aussi de l‘argent qui va au gouvernement et non au crime organisé, alors c’est bénéfique, je pense.»

– Alexandra, 25 ans


«La légalisation et les SQDC, c'est une victoire. Quand j'étais jeune, les vendredis soirs avec mes chums, c'était difficile de se procurer du pot. Ça prenait des heures pour trouver juste un petit gramme que l'on fumait entre nous.»

– Éric Ferland


«C'est fini, le marché noir. Je vais toujours venir ici (SQDC). Dans le marché noir, on ne sait pas ce qu'il y a dans le pot.»

– Daniel Lapointe


«Je vais venir ici, mais je vais continuer aussi au marché noir. On va comparer, pour voir si c'est de la bonne»

– Kevin McKenzie

Avec la collaboration de Jean-François Racine