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Les clercs de Saint-Viateur de retour devant la justice

Une vingtaine de religieux visés par une action collective de 80 victimes alléguées

Collège Bourget
Photo Christine Bouthillier Brian Ford allègue avoir subi des agressions alors qu’il était pensionnaire au Collège Bourget, à Rigaud, dans les années 1980.

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Les clercs de Saint-Viateur feront de nouveau face à la justice pour des agressions sexuelles alors qu’un deuxième recours collectif contre la congrégation religieuse touchant plus de 80 victimes présumées partout au Québec a été autorisé jeudi.

Cette nouvelle action collective contre le groupe religieux, qui est présent partout au Québec, vise la période de 1950 à aujourd’hui. Les clercs de Saint-Viateur géraient notamment des établissements scolaires. Environ 80 victimes présumées de plusieurs régions de la province ont déjà montré de l’intérêt pour s’y inscrire.

« Ce qui est vraiment important, c’est que les victimes nous contactent. Il faut que les gens qui ont été victimes d’agressions sexuelles par les clercs de Saint-Viateur ou par des laïcs qui travaillaient [dans leurs établissements] nous contactent », demande Virginie Dufresne-Lemire, l’avocate qui pilote le dossier. Elle croit que le nombre de victimes alléguées pourrait augmenter.

<b>Virginie Dufresne-Lemire</b></br>
<i>Avocate</i>
Photo Antoine Lacroix
Virginie Dufresne-Lemire
Avocate

​Une vingtaine d’hommes, qui seraient des victimes, se sont déplacés au palais de justice de Montréal jeudi pour assister à l’audience. Ils ont poussé un soupir de soulagement lorsque les avocats représentant les clercs ont indiqué qu’ils ne contesteraient pas le recours civil.

Sourds et muets

Durant l’audience, une interprète en langage des signes leur a permis de suivre les procédures, puisqu’une bonne majorité d’entre eux étaient sourds et muets.

La juge de la Cour supérieure Chantal Lamarche a donc fait savoir jeudi qu’elle accepterait d’aller de l’avant. Le tribunal devra maintenant trancher sur le bien-fondé des allégations et le montant à accorder aux victimes en cas de gain.

Selon Me Dufresne-Lemire, il y aurait plus d’une vingtaine d’agresseurs présumés dans les établissements au Québec qui étaient sous la responsabilité des clercs de Saint-Viateur. On parle entre autres du Collège Bourget, à Rigaud, du Camp Ozanam, en Outaouais, et de l’Institut des sourds de Charlesbourg, à Québec.

L’avocate a déploré que la congrégation refuse de s’entendre à l’amiable, rappelant que les interrogatoires devant les tribunaux soumettent les victimes à de nouveaux traumatismes.

Identité publique

Jeudi, la présumée victime à la tête du recours collectif a demandé que son identité soit désormais publique.

Brian Ford, un policier de 49 ans, allègue avoir subi des agressions alors qu’il était pensionnaire au secondaire au Collège Bourget dans les années 1980. C’est en lisant un article dans Le Journal sur les clercs qu’il a réalisé la gravité des gestes et cessé de banaliser la situation.

Brian Ford
Photo courtoisie
Brian Ford

Le frère Laurent Madore et le père Jean Pilon auraient abusé de lui, peut-on lire dans le document de cour.

Madore lui aurait notamment fait subir divers attouchements après une partie de hockey, alors qu’il n’était âgé que de 14 ans.

Près de deux ans plus tard, Pilon aurait à son tour commis des contacts sexuels alors qu’il surveillait les dortoirs.

Me François-David Paré, qui représente la congrégation religieuse, n’a pas voulu commenter l’affaire.


En 2016, plus de 150 personnes sourdes ayant été agressées sexuellement par les clercs de Saint-Viateur ont reçu 30 M$.

Des extraits de l’action collective

« [En 1978], B.C., qui était alors âgé de 14 ans, a été agressé sexuellement par le frère Georges Montpetit à l’auditorium, au magasin de sport et dans la chambre du frère Montpetit. Ces agressions ont eu lieu presque tous les jours pendant l’année scolaire au Collège Bourget. »

« B.C. a eu de graves problèmes de dépendance à l’alcool et aux drogues dures pour fuir son mal-être. »

« En 1970, C.D., qui était alors âgé de 13 ans, a été agressé par le frère Gérard Lafontaine à l’infirmerie. [...] Ces agressions se sont perpétuées sur une durée de trois ans. »

« Depuis une cinquantaine d’années, C.D. est rongé de l’intérieur par la honte, la culpabilité, l’impuissance et la peur [...] que son secret soit découvert, ainsi que par la peur d’être jugé. »