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Pendant qu’Ottawa bannit l’amiante, Québec l’enterre

Un directeur de santé publique invite le gouvernement à se responsabiliser

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Alors qu’Ottawa annonce aujourd’hui le bannissement de l’amiante, le ministère des Transports en a enfoui dans Chaudière-Appalaches, suscitant l’inquiétude de la santé publique et d’un syndicat, qui craignent qu’il y en ait un peu partout au Québec.

 La ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, annoncera ce matin que le Canada bannit l’usage et la vente d’amiante et des produits qui en contiennent en raison du danger du cancer. 

 Mais pendant qu’Ottawa préparait son annonce, le ministère des Transports du Québec (MTQ) a enfoui en septembre de l’asphalte contenant de l’amiante à Saint-Roch-des-Aulnaies, à environ 400 mètres des résidences de cette municipalité de Chaudière-Appalaches. 

 Il lui aurait fallu débourser 1 million $ pour transporter cette matière dans un centre de traitement spécialisé, comme prévu par le ministère de l’Environnement. 

 Ce geste inquiète le Dr Philippe Lessard, directeur de santé publique de la région. 

 « L’information à savoir où du matériel contenant de l’amiante a été enfoui pourrait se perdre », souligne-t-il. Des travailleurs pourraient donc être exposés à l’amiante sans le savoir dans le futur, craint le médecin. 

 Informé de cette pratique par Le Journal, Simon Lévesque, responsable de la santé et de la sécurité de la FTQ-Construction, est resté sans voix. 

 « Comment ça se fait que l’amiante soit banni partout dans le monde et que nous, on enfouit ça comme ça ? » a-t-il questionné en colère. 

 Toutes les formes d’amiante, y compris le chrysotile, sont cancérigènes, d’après l’Organisation mondiale de la santé. 

 Dans plusieurs régions

 Pourtant, « l’asphalte amiante peut se retrouver dans plusieurs régions administratives », indique le porte-parole du ministère de l’Environnement Clément Falardeau. 

 « Par le passé, l’amiante était utilisé parce qu’il venait limiter la fissuration du revêtement des routes lorsque mélangé aux enrobés », explique sa collègue du MTQ, Annie Bouliane. 

 M. Falardeau précise que cette matière ne peut être utilisée dans la construction de routes que « dans la mesure où les éléments en regard de la traçabilité de ce matériau soient maintenus ». 

 Toutefois, le MTQ indique ne plus utiliser l’asphalte amiante pour de nouvelles constructions, mais travailler plutôt à son retrait. 

 Et c’est à cette étape qu’on risque de perdre la trace de la matière, prévient le Dr Lessard. 

 Maire mécontent

 Le maire de Saint-Roch-des-Aulnaies, André Simard, qui n’avait pas été informé par le MTQ que de l’asphalte amiante allait être enfoui chez lui en a gros sur le cœur. 

 « Si j’avais eu le choix comme responsable d’une municipalité, j’aurais souhaité que ce soit traité ailleurs », a-t-il dit au Journal

 Permis d’exploiter les résidus des mines d’amiante 

 Bien que le gouvernement fédéral bannisse l’amiante, il n’empêchera pas l’exploitation des résidus des mines d’amiante pour l’extraction de magnésium. 

 Ces résidus contiennent pourtant jusqu’à 40 % de fibre d’amiante, ce qui inquiète vivement 17 directeurs de santé publique du Québec qui ont adressé une lettre au gouvernement Trudeau en début d’année. 

 « Le gouvernement assume que le risque d’exposition à l’amiante des résidus miniers est déjà encadré par la législation provinciale. Mais c’est simplement faux », dénonce Kathleen Ruff, conseillère à l’Institut Rideau et coordonnatrice de l’Alliance de la Convention de Rotterdam. La norme québécoise d’exposition à l’amiante est en effet 10 fois plus permissive que celle qui prévaut dans le reste du Canada et dans la plupart des pays de l’OCDE. 

 De plus en plus de morts

 Pendant ce temps, le nombre de victimes de l’amiante ne cesse de croître au Québec et est la première cause de décès lié au travail. En 2017, 145 travailleurs exposés à l’amiante en sont morts, contre 118 deux ans plus tôt. 

 Afin de mettre fin à l’hécatombe, le directeur de santé publique de Chaudière-Appalaches, le Dr Philippe Lessard, appelle le gouvernement caquiste à gérer le dossier de l’amiante « de façon beaucoup plus responsable » que son prédécesseur. 

 Banalisation

 Pour enrayer l’hécatombe, « il faudrait d’abord qu’il y ait une prise de conscience du risque », souligne le médecin. Or, « encore aujourd’hui, c’est un matériau qui n’est pas considéré comme un risque par les gens du milieu », dit-il. 

 « C’est effrayant comment on banalise encore l’amiante au Québec », renchérit Simon Lévesque, responsable de la santé et de la sécurité de la FTQ-Construction. 

 Le Dr Lessard avait été rabroué par le précédent ministre de la Santé, Gaétan Barrette, lorsqu’il a exprimé des inquiétudes à l’égard de l’exploitation des résidus des mines d’amiante pour l’extraction de magnésium. 

 « Le ministre a manqué une belle occasion de se taire, lance le médecin. Le prochain ministre devrait se préoccuper davantage de cette situation plutôt que de la minimiser. »