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Légal d’être gelé

Légal d’être gelé
Illustration Nathalie Samson

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Bon, ça y est ! Le moment tant attendu — ou appréhendé — est arrivé : on peut se geler la face légalement. Mon opinion ? On capote un peu trop pour rien. Ouais, je sais que vous vous attendiez peut-être pas à ça venant de la part d’un ancien drogué.

Après la légalisation de la marijuana dans les États du Colorado et de Washington, on a constaté une légère augmentation de la consommation, pour ensuite revenir à l’usage habituel. Croyez-vous vraiment que, maintenant que c’est légal, ceux qui n’avaient aucun attrait pour le pot vont soudainement développer l’envie d’en prendre ?

C’est sûr que les prochains mois vont être particuliers. Ça va sentir la moufette un peu plus dans nos rues. Pendant un certain temps, les trips de bouffe vont faire profiter nos dépanneurs et restos ouverts tard le soir.

Je suis loin de prendre les choses à la légère ou de banaliser ce qui se passe. Mais lorsque j’entends dire qu’il va y avoir plus de « poteux » maintenant que c’est accessible, et bien laissez-moi vous dire que ç’a toujours été accessible et facile d’en trouver.

Si je décide à ce moment même de me taper une rechute et d’aller m’acheter du pot ou de la coke, même si je n’avais plus de cellulaire, je vous garantis que d’ici une heure je réussirais à en trouver.

Ce n’est pas parce que c’est légal que les gens vont entrer gelés au travail. L’alcool est légal depuis toujours, et si tu te fais pogner saoul à la job, et bien, bye bye, le grand.

Ça va être la même chose si t’es gelé. Pour quelqu’un qui comme moi a fait un doctorat en la matière, pensez pas que c’est difficile de savoir si quelqu’un est gelé, ça paraît toujours.

Effets à long terme

Cela dit, je suis aussi curieux que vous de voir les effets à long terme dans notre société de la légalisation du pot. La dernière fois que j’ai « checké », la Hollande avait quand même bien réussi à gérer ce phénomène. On devrait être capable aussi.

S’il y a une chose positive qui devrait ressortir de tout ça, c’est que ça va forcer les parents à ouvrir les canaux de communications avec leurs enfants, et pas juste les ouvrir, mais même les forcer à les peaufiner.

Trop souvent, dans le passé, les discussions en famille sur la drogue étaient courtes et gênées. Ça se résumait à : « prends-en pas, ça va fucker ta vie et tu peux aller en prison ». À partir de maintenant, du moins je l’espère, notre approche va être différente.

On va partager nos expériences, expliquer pourquoi on en a pris, et les aspects négatifs que cela a peut-être eu sur nos vies. Sérieux, c’est une belle occasion de développer cette complicité avec vos enfants : il n’y a rien de plus valorisant en tant que parent que de savoir que ton enfant se sent à l’aise de tout te raconter.

Une anecdote

Voici une anecdote qui, pour moi, est un bon exemple. Le printemps dernier, j’allais reconduire ma fille Livia à son cours de danse, et pendant qu’elle parlait à une de ses amies au téléphone je l’ai entendue dire : « Après mon cours on ira vous rejoindre au party, mais ce soir, ça vous tente pas de pas fumer de pot, ça serait le fun qu’on soit tous sur la même longueur d’onde pendant le party ».

Deux choses. Ça m’a rassuré de savoir que ma fille était la boss des bécosses. Encore plus, ça m’a rassuré qu’elle se sentait à l’aise d’avoir ce genre de discussion en ma présence.

Je ne suis pas assez naïf pour penser que Livia me raconte à 100 % tout ce qui se passe dans sa vie. Mais j’ai la certitude qu’elle se sent à l’aise de me parler des choses importantes.

Ce genre de communication est la meilleure prévention contre la consommation.