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Jean-Marc Légercombat des générations

Un millénial sur quatre a déjà été dépressif

Discussion entre le baby-boomer et sondeur Jean-Marc Léger (57 ans) et son fils, Philippe Léger (23 ans), millénial et étudiant en journalisme.

Sad and lonely man sitting on bench overlooking sea on Vancouver Island
Photo Adobe Stock

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Le Québec, c’est la joie de vivre. Nous sommes de bons vivants et l’un des peuples les plus heureux au monde. Le Québec, c’est la fête, l’humour et les plaisirs hédonistes, de la table à manger à la chambre à coucher. C’est vrai.

Mais il y a aussi l’envers de la médaille ; 26 % des milléniaux avouent avoir déjà vécu une dépression. Vous avez bien lu, un millénial sur quatre a déjà été dépressif. Mais dans quel monde vivons-nous ?

PL: Le stress et l’anxiété ne sont plus un phénomène d’adulte. Peut-être que la joie de vivre québécoise ne sera pas éternelle.

JML: En plus, si on ajoute ceux qui ont vécu un moment de dépression ou une période d’anxiété, on se retrouve avec un taux catastrophique de 78 % des jeunes qui vivent des problèmes de stabilité émotionnelle.

PL: On n’en discute pas entre nous. Pourtant, beaucoup ont déjà eu des troubles de sommeil ou alimentaires, des périodes d’anxiété et des dépressions. Ce sont des maladies qu’on vit en solitaire.

JML: C’est normal d’être stressé, mais pas durant de longues périodes. C’est la différence entre le stress normal et une dépression légère ou profonde.

PL: Et le stress, c’est un mal héréditaire. Plus nos parents sont stressés par le travail, l’argent ou leur vie de couple, plus il y a de chances que leurs enfants le soient aussi.

JML: Vraiment ? Ça me stresse de savoir que je te stresse.

PL: Je pensais que c’était plutôt l’inverse, que c’est moi qui te faisais stresser !

JML: C’est certain qu’on diagnostique les troubles d’attention, de personnalité limite, d’autisme ou autres plus rapidement. Mais le stress est le mal silencieux du 21e siècle.

PL: Et difficilement visible à l’œil nu. J’imagine que ça n’est pas reluisant de s’en vanter sur Instagram.

JML: Message aux parents : parlez-en avec vos enfants, car ils vivent souvent un stress trop lourd à supporter. Selon les chercheurs, c’est à partir de 13 ans que les symptômes dépressifs commencent vraiment à se faire sentir.

PL: C’est bizarrement l’âge où tu peux avoir un compte Instagram !

JML: C’est le syndrome de la médaille d’or. Une course à la performance et à la perfection amplifiée par les médias sociaux.

PL: Comment peux-tu te sentir à la hauteur quand le but ultime des médias sociaux est une quête à la perfection perdue d’avance ? La déception est inévitablement au rendez-vous.

JML: Une nouvelle étude psychiatrique vient de démontrer le lien entre la dépression et les conséquences sur les déficits d’attention, de mémoire et même sur la prise de décisions1.

PL: Voilà pourquoi c’est important de dire que le stress et l’anxiété sont une maladie normale. Une maladie qui doit être traitée, sinon elle va s’aggraver. Quand ça part mal, ça peut finir mal.

JML: Il faut découvrir le problème assez tôt, car une bonne proportion de ceux qui se suicident ont une propension à la dépression ou à des troubles d’humeur.

PL: Nous avons d’ailleurs le troisième plus haut taux de suicide au pays après le Manitoba et le Nouveau-Brunswick.

JML: Comment une société peut-elle accepter que les jeunes débutent leur vie stressés et dépressifs. Nos priorités ne sont pas à la bonne place.

PL: On dit souvent que les politiciens ne s’adressent pas aux priorités des jeunes. En voilà une ! As-tu entendu parler de santé mentale durant la campagne ? Pas moi.

JML: Stress, dépression et troubles mentaux sont encore des sujets tabous.

PL: Je comprends. Mais il y a quelque chose d’incompréhensible à laisser une jeunesse se morfondre.

JML: Nous sommes les plus heureux, mais aussi les plus dépressifs et même les plus grands consommateurs d’antidépresseurs.

PL: Peut-être que l’un explique l’autre...

Le son d’âge

Sondage auprès des jeunes de 18-34 ans

► Avez-vous déjà vécu une dépression importante, des moments de dépression ou des périodes d’anxiété ?

  • Oui, une dépression importante : 26 %
  • Oui, un moment de dépression : 50 %
  • Oui, une période d’anxiété : 52 %
  • Non, aucune dépression ou anxiété : 19 %

♦ Grand sondage Étude Jeunesse août 2018, 3019 Canadiens. Le total est plus de 100 %, car plus d’une réponse est possible.

Sondage auprès des parents

► Est-ce qu’un de vos enfants a déjà consulté un professionnel de la santé (médecin, psychologue, travailleur social, etc.) pour des problèmes de stress ou d’anxiété ?

  • Oui : 31 %
  • Non : 56 %
  • Ne sait pas : 13 %

► Est-ce qu’un de vos enfants a... ?

  • des problèmes d’insomnie : 15 %
  • pris des antidépresseurs ? : 13 %
  • des troubles alimentaires : 3 %

♦ Sondage 1005 Québécois dont 400 parents, du 1er au 6 février 2016.


1. Étude Patricia Conrod et Mohammad H. Afzali, département de psychiatrie, Université de Montréal. « Effect of depressive symptoms on the evolution of neuropsychological functions over the course of adolescence ».