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Le communautaire: par, pour et avec le monde

Le communautaire: par, pour et avec le monde
Courtoisie RQ-ACA

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C’est actuellement la Semaine nationale de l’action communautaire autonome (ACA). C’est la fête de 4000 organismes, 60 000 travailleuses*, 425 000 bénévoles et plus de 2 millions de Québécoises qui fréquentent ces organismes. Tout ce beau monde a raison de célébrer le Québec qu'il a façonné depuis des décennies.

Le mouvement communautaire au Québec est unique en son genre. Au Canada mais aussi dans le monde. On ne retrouve nulle part ailleurs une telle force issue de la «base» et qui, par ses pratiques et sa culture, a influencé autant sa société.

Le communautaire, ça existe d’abord par, pour et avec le monde.

Un Québec façonné par le communautaire

Cette année, le thème de la Semaine de l’ACA est «Nos luttes, nos victoires». Parce que le communautaire a contribué à faire du Québec ce qu’il est aujourd’hui.

Du 22 au 28 octobre, on «met en lumière l’apport exceptionnel des organismes communautaire dans la construction du filet social québécois.» Le Réseau québécois de l’ACA rappelle en effet que depuis 50 ans, les luttes menées par les organismes communautaires «ont inspiré les gouvernements en inventant des modèles sociaux inédits.»

On n’a qu’à penser aux CLSC qui sont les dignes descendants des cliniques communautaires créées dans les années 1960 par des infirmières et des citoyennes engagées.

Ou encore aux Centres de la petite enfance (CPE) qui s’inscrivent en ligne droite avec les premières garderies populaires mises sur pied par les comités de parents dans les années 1970.

Aux habitations à loyer modique (HLM) qui sont le résultat de batailles menées par les premiers comités de locataires, à la Loi sur l’équité salariale fruit des luttes des groupes de femmes, à la Loi sur la protection des consommateurs qui n’existerait pas sans le travail acharné des associations de consommatrices.

Et même aux prises de conscience collective de la société québécoise face à différentes réalités que les pouvoirs publics et l’élite bien-pensante auraient probablement préféré ignorer. Comme par exemples le racisme, l’homosexualité, la pauvreté, le sexisme, etc.

Une reconnaissance déficiente

C’est à ce point vrai qu’en 2018, je ne connais personne qui critique ou remette en question l’existence et la pertinence des organismes d’action communautaire autonome. Ils font l’unanimité.

Mais malheureusement, cette reconnaissance est trop souvent factice. Une tape dans le dos, c`est bien beau mais ça ne fait pas vivre grand monde.

Même si une politique gouvernementale officielle reconnaît depuis 2001 la contribution des organismes communautaires au développement social et économique du Québec, ceux-ci sont encore aujourd’hui sous-financés.

Ils sont obligés de sous-payer leurs intervenantes, de fermer leurs portes quelques semaines par année ou encore de cesser d’offrir des activités ou des services à la population faute de ressources suffisantes.

Au bat mot, les organismes communautaires ont besoin de 475 millions $ pour réaliser leur mission et répondre aux besoins des citoyennes.

Vous trouvez que c’est beaucoup? Ça représente à peine 0,7% de toutes les dépenses de programmes du Québec en 2016-2017.

Pour ne pas laisser personne de côté et permettre à du monde qui sont nos voisines, nos amies et même des membres de notre famille, de se reprendre en mains, de retrouver le pouvoir d’agir sur leur vie, de participer à l’essor de centaines de communautés.

De transformer le Québec, rien de moins. C’est peu cher payé selon moi.

Hommage aux travailleuses du communautaire

J’ai déjà moi-même bénéficié de l’aide d’organismes communautaires. Personne n’est à l’abri d’un passage à vide dans sa vie.

J’ai aussi travaillé dans des organismes communautaires. Ça a fait de moi qui je suis aujourd’hui. J’y ai connu des personnes extraordinaires, des collègues comme des concitoyennes qui m’inspirent toujours. Certaines sont devenues des amies. Y’en a même une avec qui je partage ma vie maintenant.

Même si cette année, la Semaine nationale de l’action communautaire autonome met de l’avant les «bons coups» historiques du communautaire, moi je veux en profiter pour souligner le travail de toutes celles, travailleuses et citoyennes, qui se dévouent corps et âme pour faire vivre un mouvement dont le Québec ne peut pas se passer.

Je vous lève mon chapeau : vous êtes le cœur du Québec! Ne lâchez rien. 

Il est temps que chacun des miracles que vous accomplissez chaque jour chaque soit reconnu à la hauteur de votre contribution : le Québec ne s'en portera que mieux. 


P.S. Pour avoir une bonne idée de qui sont ces personnes engagée dans le mouvement et de ce qu’elles font, je vous invite à visionner ce vidéo, produit par le Regroupement des organismes communautaire de l’Estrie. Ce sont 10 minutes bien investies.

* Le féminin englobe les deux genres et est utilisé pour alléger le texte.