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Amputé des 4 membres après une grippe

Un homme a dû être amputé de ses pieds et de ses mains après une vilaine grippe

Hugues Leblanc entend profiter de la vie entouré de sa famille, dont son petit-fils Alexis, né alors qu’il était dans le coma.
Photo Stevens Leblanc Hugues Leblanc entend profiter de la vie entouré de sa famille, dont son petit-fils Alexis, né alors qu’il était dans le coma.

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À peine six mois après qu’une simple grippe l’ait mené au seuil de la mort, un résident de Causapscal qui est ressorti de cet enfer avec les deux pieds et les deux mains amputées embrasse la vie comme jamais auparavant. «J’aime mieux vivre comme ça qu’être mort».

Hugues Leblanc a bien failli y passer en mars dernier lorsque la grippe qu’il combattait depuis une semaine s’est mise à dégénérer, jusqu’à le mener à une quadruple amputation.

«Le lundi je travaillais, le mardi je suis resté couché parce que j’étais grippé et le mercredi je me suis retrouvé à Rimouski dans un coma artificiel pour être intubé», raconte l’homme qui ne garde aucun souvenir de ces moments d’angoisse.

La famille de M. Leblanc apprendra dans les semaines suivantes que l’agressive bactérie était un Staphylocoque Aureus, une bactérie que 30% de la population porte de façon «saine» selon Santé Canada. Le corps de M. Leblanc étant par contre affaibli par l’Influenza et une pneumonie, la bactérie avait assiégé son corps et se livrait à tout un carnage. «30 minutes de plus avant d’aller à l’hôpital et il mourrait», raconte Hugo, le fils d’Hugues Leblanc.

Affronter la tempête

Un à un, les organes vitaux du camionneur de profession lâchent et il est alors transféré en avion à Québec pour y trouver des soins plus complets. Hugues Leblanc n’avait à ce moment que 5% de chance de survivre à ce transfert risqué et à ce qui l’attendait ensuite selon les médecins, qui décrivent sa situation comme celle «d’un funambule en pleine tempête».

Hugues Leblanc entend profiter de la vie entouré de sa famille, dont son petit-fils Alexis, né alors qu’il était dans le coma.
Photo Stevens Leblanc

«Ils nous ont demandé quelques fois si on acceptait de le laisser aller parce qu’il ne se réveillerait probablement pas, mais il est tellement tête de cochon que je savais qu’il passerait au travers», raconte sourire en coin Nancy Levasseur, sa conjointe des 32 dernières années, qui n’a jamais douté de son homme.

Pendant que les médecins se concentraient à sauver ses organes vitaux, les proches d’Hugues Leblanc, qui était toujours dans le coma, voyaient ses extrémités se décolorer de jour en jour, comprenant ce qui l’attendait.

«Quand est venue la discussion sur l’amputation, une journée ils nous parlaient du bout des doigts et le lendemain on était rendu à le couper en haut des genoux. Ça allait pas mal vite», se souvient son fils Hugo.

Positivisme et humour

Après un mois et demi dans le coma, Hugues Leblanc se réveille et c’est sa conjointe qui a la lourde tâche de lui annoncer que sa vie sera chamboulée à jamais. Mais pour lui, c’était plutôt le début d’une nouvelle vie.

«Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse? C’est la seule réaction que j’ai eue. L’important pour moi, c’était d’être en vie. J’aime mieux être comme ça, sans jambes et sans bras, qu’être mort», insiste-t-il.

Plutôt que de s’apitoyer sur son sort, le résident du Bas-Saint-Laurent a choisi de voir les choses de façons positives. Même capable de faire des blagues sur sa nouvelle condition, il demeure persuadé que son moral et l’appui des siens ont eu un grand rôle à jouer dans sa survie.

«Ils m’ont sauvé la vie, je ne peux qu’être reconnaissant et continuer à me battre», dit-il à propos de sa femme et ses enfants. «Je les ai, eux, j’ai mes petits-enfants. C’était une belle vie avant, j’ai juste à m’organiser pour qu’elle soit aussi belle après», ajoute-t-il en posant les yeux sur son dernier petit-fils, Alexis, né pendant qu’il était dans le coma. «Je n’étais quand même pas pour ne pas le rencontrer!»

La vie est belle

À l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ), où il est suivi, Hugues Leblanc a rencontré plusieurs personnes qui l’ont qualifié de miraculé et qui ont salué son courage et sa volonté.

Hugues Leblanc entend profiter de la vie entouré de sa famille, dont son petit-fils Alexis, né alors qu’il était dans le coma.
Photo Stevens Leblanc

Pourtant, pour lui et ses proches, ce cheminement était une évidence, comme si cette attitude positive était profondément ancrée en eux et que jamais ils n’avaient songé à baisser les bras.

«On peut toujours trouver pire que nous au fond quand on y pense. La vie est belle et elle mérite d’être vécue, c’est la seule chose que je me répète», confie tout simplement Hugues Leblanc, sourire aux lèvres.

 

Il doit réapprendre à vivre de A à Z

Hugues Leblanc est aujourd’hui très dépendant de ses proches. Sa conjointe Nancy doit notamment l’aider à s’habiller. C’est une rééducation complète qui attend le résident de Causapscal.
Photo Stevens Leblanc
Hugues Leblanc est aujourd’hui très dépendant de ses proches. Sa conjointe Nancy doit notamment l’aider à s’habiller. C’est une rééducation complète qui attend le résident de Causapscal.

Hugues Leblanc repart à zéro en devant apprendre à vivre avec sa quadruple amputation insiste une physiatre de l’IRDPQ qui qualifie un tel cas de très rare.

La Dre Ariane Rajotte-Martel affirme qu’il est difficile d’établir une ligne du temps claire de la réadaptation d’un quadruple amputé en raison du faible nombre de cas. «C’est tellement rare», lance la spécialiste de l’Insititut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ). «Le fait que ces gens survivent et qu’ils aillent de l’avant, c’est toujours surprenant», admet-elle.

La spécialiste ajoute que les défis qui se présentent au patient sont majeurs et touchent toutes les sphères de sa vie. Manger, aller aux toilettes, se laver, s’habiller, se déplacer, c’est une rééducation complète qui attend Hugues Leblanc.

«Le quotidien, aussi banal soit-il, est à revoir au complet. [...] Ce sont des adaptations qui s’échelonnent sur des années», précise Dre Rajotte-Martel.

Prothèses attendues

Actuellement en fauteuil roulant, la prochaine étape pour Hugues Leblanc sera l’acquisition de prothèses pour remplacer ses mains et ses pieds. Impatient d’avancer rapidement dans sa guérison depuis le début, il entrevoit ce jour comme un grand cadeau.

«Ma chaise électrique c’était comme quand j’ai eu mes licences à 16 ans, c’était la même liberté. [...] Mais là j’ai hâte d’être appareillé et de pouvoir marcher et faire le reste», raconte M. Leblanc.

Il a pu tester des prothèses de mains à l’IRDPQ pour débuter l’entraînement et déjà il se dit très optimiste pour la suite.

«Je vais pouvoir refaire les petits gestes du quotidien et même ceux qui nécessitent de la minutie. Vous savez les petits ‘’cups’’ de confiture pas ouvrable même avec des vraies mains? Bien je l’ouvre avec ma prothèse et je beurre mes toasts», lance dans un éclat de rire le sympathique résident de Causapscal. «Ça pourrait être long, mais je veux tellement que je m’arrange pour apprendre vite.»

«Chaque tâche va être un défi en soi, marcher va être difficile, ça prend plus d’énergie. [...] Mais il va réussir à se réapproprier sa vie et c’est impressionnant de voir aller ces gens-là», indique la Dre Rajotte-Martel.

Profiter de la vie

Pour la suite, Hugues Leblanc a déjà identifié quelques activités de sa vie d’avant qu’il souhaite reprendre. Camionneur de profession, il sait d’ores et déjà qui lui sera impossible de reprendre son travail dans les bois, mais il voudrait malgré tout conduire à nouveau. Et il tient à retourner à la chasse avec son fils dès l’an prochain.

«Je ne dois pas m’acharner sur ce que je ne pourrai plus faire, je dois m’attarder et mettre mon énergie sur ce que je vais réussir à accomplir. Je suis chanceux d’être là, c’est à moi d’en profiter.»

 

Une spirale qui entraîne toute la famille

La maladie qui a foudroyé Hugues Leblanc et qui lui a volé ses bras et ses jambes n’a pas eu un impact que sur lui, sa famille étant aspirée elle aussi dans ce tourbillon. Sa fille Stéphanie, qui attendait son premier enfant, a notamment dû accoucher pendant que son père était encore dans le coma.

«J’ai eu peur d’accoucher à Québec avec tout le stress qu’on vivait là-bas. Je suis revenu vite fait à Amqui et j’ai accouché dans les jours suivants, sans ma mère qui était encore à Québec», raconte la jeune femme, heureuse que son petit Alexis ait encore son grand-père.

Quant au fils d’Hugues Leblanc, il a choisi d’arrêter de travailler pour supporter ses parents. Un «chômage de compassion» de six mois lui a permis de faire les nombreux aller-retour Causapscal-Québec que nécessitait la condition de son père.

«Le fait qu’on soit une famille tissée serrée a fait toute une différence. Pas de famille, je ne serais probablement pas là aujourd’hui», affirme Hugues Leblanc.

Survivre à la «loterie des maladies»

Lorsqu’on lui demande s’il est un miraculé, Hugues Leblanc confie qu’il a commencé à le croire à force d’entendre les médecins lui répéter. C’est «la totale» qu’il ait vaincu.

«Tous les médecins m’appelaient leur miraculé, donc oui je dois être chanceux d’être là après ce que j’ai vécu», concède l’homme de 50 ans.

En plus de la bactérie qui le rongeait de l’intérieur et qui l’a plongé dans un violent choc septique qui s’attaquait à ses organes vitaux, le battant a affronté bien d’autres ennemis durant son hospitalisation. Toujours dans le coma, Hugues Leblanc a fait un accident vasculaire cérébral (AVC) et un infarctus. Il a également été infecté par un champignon qui empoisonnait son sang.

«J’ai gagné à la loterie des maladies. Ce n’est pas compliqué, j’ai tout eu», lance-t-il, peinant toujours à croire à quel point le sort s’acharnait sur lui. «J’avais une chance sur je-ne-sais-pas combien de millions de pogner tout ça.»

Incertitude autour des prothèses

Si Hugues Leblanc attend impatiemment de recevoir ses prothèses, il est toujours dans l’incertitude à savoir si celles-ci seront couvertes par le gouvernement, un stress dont il se passerait volontiers.

M. Leblanc explique que son médecin a récemment fait une demande à la Régie de l’assurance maladie du Québec, mais qu’il était incapable de lui garantir que les coûteux appareils seraient financés en entier, chaque cas devant être étudié.

«S’ils ne paient pas pour moi, ils vont payer pour qui», se demande l’homme en levant ironiquement ce qui lui reste des quatre extrémités en l’air. Déjà que la famille a vécu un stress financier assez important au cours des derniers mois, ils espèrent que le gouvernement acceptera de les aider.

«C’est 35 000$ pour une prothèse biomécanique d’une main. On veut lui offrir ce qu’il y a de mieux pour faciliter sa vie, mais on espère que la RAMQ va être là. Sinon, va falloir se débrouiller par nous-mêmes», explique Hugo, le fils de M. Leblanc.

La famille a d’ailleurs lancé une campagne sur le web pour amasser des fonds en prévision de la décision de la RAMQ. Si jamais le gouvernement décidait de couvrir les prothèses, la famille utilisera les fonds pour adapter la résidence de M. Leblanc et lui procurer un véhicule adapté.

Pour faire un don à la famille, c’est ici.