/entertainment
Navigation

Les anciens athlètes sont-ils protégés contre les maladies cardiovasculaires?

Bloc course sport
Photo Adobe stock

Coup d'oeil sur cet article

Lorsque je donne mon cours universitaire sur l’activité physique et la santé cardiovasculaire, je souligne à mes étudiants que les données scientifiques indiquent de façon claire que les personnes sportives, voire les gens actifs, sont moins à risque pour les maladies cardiovasculaires et la mortalité associée que les gens sédentaires.

Malgré cette conclusion, une question revient toujours : qu’est-ce qui explique ce résultat ? Les plus sceptiques face aux vertus de l’activité physique régulière pourraient suggérer que les sportifs et les athlètes sont à plus faible risque tout simplement parce qu’ils sont génétiquement conçus pour l’effort (ossature et musculature plus fortes et système cardiovasculaire plus endurant et performant).

Donc, ces gens prédisposés génétiquement ont, par exemple, plus de facilité à faire de la course, du ski de fond ou du vélo. Ainsi, et sans rien enlever au mérite d’un formidable athlète comme Alex Harvey ou son père Pierre (aussi olympien), on peut comprendre que ces individus prédisposés à être actifs seront plus confortables à l’être et seront donc plus enclins à bouger régulièrement que l’individu qui peine à jogger quelques kilomètres.

Une étude intéressante

Sur la base de ces observations, nous pourrions donc de prime abord penser que les gens actifs sont moins à risque pour les maladies cardiovasculaires, car la génétique les a tout simplement favorisés. Cependant, un grand médecin épidémiologiste américain à qui je souhaite rendre hommage, le Dr Ralf Paffenbarger de l’Université Stanford, s’est intéressé à cette question il y a plus de 40 ans.

Non seulement il fut parmi les premiers, avec son collègue de Londres le Dr Jeremy Morris à suggérer que les gens physiquement actifs étaient moins à risque pour la mortalité prématurée, mais il généra également des résultats apportant un éclairage sur la question que je soulève aujourd’hui.

En effet, le Dr Paffenbarger a comparé le taux d’infarctus du myocarde d’anciens étudiants de l’Université Harvard qu’il a suivis pendant plusieurs années après l’obtention de leur diplôme. Dans un premier temps, il a observé que les étudiants qui étaient sédentaires durant leur formation et qui le sont demeurés après étaient les plus à risque d’avoir une crise cardiaque.

De façon intéressante, ceux qui étaient sédentaires lorsque étudiants et qui sont devenus actifs après leurs études montraient des taux d’événements cardiaques comparables aux athlètes universitaires demeurés actifs après leur diplomation.

Message important

Toutefois, et ceci est le message important de cette chronique, les anciens athlètes de Harvard qui sont devenus sédentaires après leurs études montraient des taux d’infarctus du myocarde comparables à ceux qui n’étaient pas des athlètes durant leurs études et qui sont demeurés sédentaires après.

Ainsi, chers athlètes universitaires, vous entraîner comme vous le faites permet de vous garder en forme et en santé présentement, mais ne vous imaginez pas que votre vie athlétique universitaire va vous protéger contre les maladies cardiovasculaires et la mortalité prématurée si vous perdez la forme et devenez sédentaire au sortir de vos études.

Être actifs toute votre vie

Par conséquent, que vous soyez un athlète du Rouge et Or ou un étudiant physiquement actif, gardez à l’esprit que pour être en santé le plus longtemps possible et pour avoir une vie professionnelle et personnelle enrichissante, vous devrez être actifs toute votre vie.

Être un ancien athlète universitaire, c’est bien, mais être un ancien athlète qui, même sur le marché du travail, « vit comme un athlète » en mangeant bien, en bougeant beaucoup et en prenant soin de la qualité de son sommeil, c’est beaucoup mieux !

Et pour ceux qui n’ont pas la génétique d’athlète d’un Alex Harvey ou d’un Pierre Lavoie, les nouvelles sont excellentes, si vous « vivez en athlète », votre espérance de vie est aussi bonne que la leur !


* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur de la recherche en cardiologie à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. Depuis 2015, il est directeur de la science et de l’innovation à l’Alliance santé Québec.