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Le lourd secret de Robby Johnson

Le chanteur révèle, dans un livre, que son père est un agresseur sexuel

C’est à travers un passé difficile que Robby Johnson a trouvé la motivation nécessaire pour se rendre à Nashville... et à Paris.
Photo d’archives, Cédric Bélanger C’est à travers un passé difficile que Robby Johnson a trouvé la motivation nécessaire pour se rendre à Nashville... et à Paris.

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C’est un secret qui était devenu trop lourd à garder. Dans une autobiographie qui paraît mercredi, le chanteur beauceron Robby Johnson, que les Québécois ont découvert quand il est parti faire carrière à Nashville, dévoile que son père est un agresseur sexuel.

«Mon père, je l’ai renié. La dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, je lui ai dit que je ne voulais plus rien savoir de lui», a-t-il confié dans une entrevue exclusive accordée au Journal, la veille de la sortie du livre De la Beauce à Nashville, tous les rêves sont permis.

Ex-agent de la Sûreté du Québec au Saguenay, cet homme – que Johnson nomme dans son livre, mais dont nous taisons l’identité en raison d’une ordonnance de non-publication émise lors de sa condamnation à quatre ans de prison, en 1992 – a fait d’une mineure son esclave sexuelle pendant huit ans.

Rongé par la honte des actes horribles commis par celui qu’il qualifie de géniteur et non plus de père, Sylvain­­­ Robitaille (le véritable nom de Robby Johnson) a longtemps hésité avant de dévoiler son lourd secret au grand public.

«J’avais peur que les gens se disent que je suis peut-être pareil comme lui. Mais en même temps, je ne veux pas lui laisser ce pouvoir sur moi et je n’ai rien à me reprocher.»

«Il a détruit sa vie»

Cette histoire sordide a des répercussions dans la vie de tous les jours de la vedette. Il a rompu les liens avec deux de ses trois frères parce qu’ils ont choisi de pardonner et de continuer à fréquenter leur père. Pour effacer toute trace du paternel dans sa vie, les deux enfants de Johnson portent même le patronyme de sa conjointe, Pier-Anne Lachance.

C’est sans oublier la victime, avec qui Johnson a gardé le contact et à qui il a déjà remis un exemplaire de son livre.

«Il a détruit sa vie. Elle s’en remet difficilement encore aujourd’hui. Quand je l’ai rencontrée, elle s’était remise à faire des cauchemars. C’est un poids énorme», révèle le chanteur.

Loin du conte de fées

Sachant ce qu’a fait son père, on comprend mieux comment Robby Johnson a pu affronter tous les obstacles qui se sont dressés devant lui dans sa conquête du marché américain, amplement relatée dans son livre. Son passé lui a fourni la motivation nécessaire pour affronter le présent et l’avenir.

«Mon album en français s’intitule Jusqu’au bout et c’est ce que j’aimerais qui ressorte du livre. Il ne faut jamais abandonner. Assez souvent, les gens pensent que mon histoire est un conte de fées et que tout a été super facile. Mais il y a tellement d’embûches et j’aurais pu abandonner plusieurs fois. Mais je ne l’ai jamais fait. Je suis allé jusqu’au bout.»

 

Quelques extraits

Le poids du père

«Avoir un père accusé d’agressions sexuelles est un boulet très lourd à porter, qui a teinté toute mon existence. Quand j’ai commencé à fréquenter Pier-Anne, je ne lui ai pas parlé tout de suite de mon père. Comment veux-tu expliquer ça à la jeune fille que tu aimes? Et Pier-Anne, elle, avait un père quasi parfait! Quand quelqu’un apprend qu’elle est la fille d’Hugo Lachance, on lui attribue immédiatement de grandes valeurs. Je voyais bien la chance qu’elle avait de porter son patronyme...»


Brisure familiale

«Pour ne plus parler à tes frères que tu aimes tant, ça prend des raisons valables... Mon père s’est inséré entre nous et a brisé notre relation, au profit de la sienne avec eux. Il n’y a pas une semaine où je ne pense pas à eux. J’ai cheminé et je suis rendu ailleurs, mais on a tous eu beaucoup de peine, ma famille et moi. J’aimerais tellement que mes frères et les membres de leur famille puissent vivre avec moi ma belle aventure musicale!»


À 5 ans, ses parents divorcent

«Pour mon père, vivre avec nous était un calvaire, car on l’empêchait d’être heureux, d’être libre. Je le sais, car il l’a dit à des membres de ma famille par la suite : je n’étais pas désiré par lui. Ma naissance, l’ajout d’un quatrième garçon dans la famille, a été un fardeau pour lui. Je repense à tout ça et je me dis que, au fond, j’aurais préféré ne pas le connaître du tout, ce père absent. C’est drôle, quand je repense à cette époque, je vois des images, mais je n’ai aucune émotion. Comme si je m’étais déconnecté de mes sentiments, pour me protéger. Sinon, j’aurais encore envie de pleurer sur le sort de ce petit jeune homme, qui essaie tant bien que mal de composer avec sa nouvelle vie.»