/news/education
Navigation

Échec massif pour les futurs profs à l’examen de français

La réussite du test de certification en français écrit pour l’enseignement (TECFÉE) est obligatoire pour l’obtention du brevet d’enseignement, mais le nombre de reprises est illimité.
PHOTO D'ARCHIVES, AGENCE QMI La réussite du test de certification en français écrit pour l’enseignement (TECFÉE) est obligatoire pour l’obtention du brevet d’enseignement, mais le nombre de reprises est illimité.

Coup d'oeil sur cet article

Jusqu’à trois étudiants sur quatre échouent à l’examen de français obligatoire pour les futurs profs, certains ayant dû le passer 11 fois avant de le réussir.

C’est ce que révèlent les plus récentes données obtenues par Le Journal à la suite d’une demande d’accès à l’information. Il n’y a qu’à l’Université de Montréal et à l'Université Laval où une majorité d’étudiants en enseignement réussissent du premier coup cet examen.

La réussite du test de certification en français écrit pour l’enseignement (TECFÉE) est obligatoire pour l’obtention du brevet d’enseignement, mais le nombre de reprises est illimité.

Il est toutefois impossible de savoir si la situation s’est détériorée au fil des ans, puisqu’aucune compilation provinciale n’a été effectuée récemment, indique Serge Striganuk, président de l’Association des doyens et directeurs pour l’étude et la recherche en éducation au Québec (ADEREQ).

De manière générale, M. Striganuk affirme que les résultats varient d’un établissement à l’autre et que la situation demeure difficile à expliquer, au-delà de «l’effet de cohorte».

Pourtant, les universités ont mis en place depuis dix ans plusieurs mesures d’aide supplémentaires pour améliorer les compétences des étudiants en français, souligne le doyen de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Sherbrooke.

À l’Université de Montréal, un cours de français obligatoire a été ajouté dans tous les programmes en enseignement. À l’Université Laval, les étudiants doivent passer un test diagnostique lors de l’inscription et suivre des cours supplémentaires si leur niveau de français est jugé trop faible.

Un examen difficile, mais pas trop

Préoccupé par les nombreux échecs des étudiants en début de parcours, Serge Striganuk ne considère toutefois pas que le niveau de l’examen est trop élevé, même s’il n’est pas facile à réussir.

«On est dans des compétences de haut niveau parce que le travail l’exige», lance-t-il.

Les étudiants qui viennent tout juste de terminer leurs études collégiales ne sont d’ailleurs pas prêts à passer cet examen, souligne Pascale Lefrançois, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation de l'Université de Montréal et ancienne championne mondiale d’orthographe. «Quand on sort du cégep, c’est normal qu’on ne soit pas prêt à aller enseigner», lance-t-elle.

Il est possible que les nombreux échecs lors d’une première passation s’expliquent par le moment choisi par l’étudiant pour faire ce premier essai. Un étudiant qui tente sa chance dès la première session sera beaucoup moins bien préparé que celui qui passera l’examen lors de sa deuxième année d’étude, indique Mme Lefrançois.

«Moi, ce qui m’importe le plus, c’est le taux de réussite à l’obtention du diplôme et il est de 100% (puisque la réussite de l’examen est obligatoire). C’est sûr qu’on aimerait qu’un étudiant réussisse du premier coup, mais l’important, c’est de le réussir», dit-elle.

Jusqu’à 11 tentatives

Or certains étudiants doivent passer l’examen à plusieurs reprises avant d’obtenir la note de passage. À l’Université du Québec à Trois-Rivières, des étudiants en enseignement de l’éducation physique ont dû passer l’examen 11 fois avant d’obtenir finalement la note de passage.

Il s’agit toutefois de cas d’exception, mentionne Serge Striganuk. Une analyse réalisée il y a quelques années a démontré qu’après quatre tentatives, seulement 3% des futurs profs sont toujours en échec, indique-t-il.

L’ADEREQ demande tout de même à Québec depuis deux ans de limiter le nombre de passations à quatre. «On est vraiment dans les cas d’exception, mais ils existent», indique M. Striganuk.

Règle générale, les doyens ne privilégient pas un rehaussement des critères à l’admission, surtout dans un contexte de pénurie d’enseignants.

«Je pense qu’on gagne à bien former ceux qu’on a recrutés», affirme Mme Lefrançois, qui estime que le TECFÉE demeure toujours pertinent, dix ans après son entrée en vigueur.

«Ce test permet de passer un message à tous nos étudiants : la qualité du français est vraiment importante», lance-t-elle.

 

L’ABC DU TECFÉE

  • Le test de certification en français écrit pour l’enseignement
  • Nombre de reprises illimité
  • Obligatoire pour l’obtention du permis d’enseignement
  • Seuil de réussite: 70 %

Le test comprend deux parties :

  • Un questionnaire sur le code linguistique, qui comprend 60 questions à choix multiples
  • La rédaction d’un texte de 350 mots
  • En cas d’échec, on ne doit reprendre que la partie du test qui n’a pas été réussie.

TAUX DE RÉUSSITE AU TEST DE CERTIFICATION EN FRANÇAIS ÉCRIT POUR L’ENSEIGNEMENT (TECFÉE) AU PREMIER ESSAI

  • Université de Montréal: 61 %
  • Université Laval: 63 %
  • Université de Sherbrooke: 32 %
  • Université du Québec en Outaouais: 33 % (campus de Saint-Jérôme 60 %)
  • Université du Québec à Rimouski: 42 %
  • Université du Québec à Chicoutimi: 23 %
  • Université du Québec à Trois-Rivières: 46 %

L’Université du Québec à Montréal (UQAM) et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) ont refusé de répondre à la demande d’accès à l’information du Journal, affirmant que les données compilées comme demandé ne sont pas disponibles.