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«L’Amère América» de Luc De Larochellière résonne encore

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MONTRÉAL | L’Amère América de Luc De Larochellière est non seulement percutante comme au moment de sa sortie, en 1988, mais elle a encore le pouvoir de faire danser et s’émouvoir un Lion d’Or aussi archibondé qu’enthousiaste.

C’est un petit coup de génie autant qu’un moment de pure grâce que proposait le festival Coup de cœur francophone, dans le cabaret du coin des rues Ontario et Papineau, pour l’ouverture de sa 32e édition, jeudi: Luc De Larochellière qui revisitait le matériel de l’album Amère América, l’opus qui a fait exploser à la face du monde son talent d’auteur-compositeur-interprète, il y a exactement 30 ans.

La carte de visite détentrice de cette pièce-titre évocatrice et des emblématiques Chinatown Blues et La route est longue, pour ne nommer que celles-là, et qui allait ensuite mener notre homme à créer le génial et intemporel Sauvez mon âme.

Le gaillard, qui conserve son éternelle dégaine décontractée malgré le passage des années, a expliqué sa démarche d’un soir seulement au commencement du spectacle: l’idée de cet événement unique était de faire revivre non seulement le disque Amère América, mais également le concert qui l’avait accompagné jadis, avec, de surcroît, les mêmes musiciens sur scène.

Ils y étaient tous, y compris les frères Marc et François Pérusse, complices de très longue date de De Larochellière. L’hôte a même blagué qu’il avait fallu aller chercher ses ex-compagnons d’armes dans leurs CHSLD respectifs. Même les choristes Monique Paiement et Dominique Faure étaient du périple à l’époque.

Histoire d’ajouter d’autres briques à l’édifice de notre nostalgie, De Larochellière avait prévu insérer les titres les plus porteurs de Sauvez mon âme dans l’enchaînement, ses incontournables Ma génération, Cash City, Sauvez mon âme, Six pieds sur terre et Si fragile, à peu près toutes gardées pour le dessert.

Il y avait de quoi, car ce n’était que du bonbon pour l’âme des mélomanes mélancoliques.

Anecdotes

Le rendez-vous prenait des allures de petit morceau d’histoire pour les fidèles de Luc De Larochellière, les amoureux de musique d’ici et, plus globalement, pour une partie d’une génération X qui a porté De Larochellière en haute estime et lui a assuré un succès populaire relativement constant ces trois dernières décennies.

Celui qui a clamé que «tout le monde veut que tout le monde l’aime, mais personne n’aime tout le monde» a eu le flair, jeudi, d’écrire des paroles qui résonnent toujours aujourd’hui, et plus que jamais.

C’est ce qui frappait pendant le tour de chant, jeudi: à quel point, par exemple, en fermant les yeux à l’écoute de Les élections – qui a lancé la soirée – on voit le visage des décideurs d’ici et d’ailleurs, leurs bassesses et leurs sourires faux. Ou alors, combien cette poésie propre à De Larochellière, qui jaillit du Silence ou du Sablier fendu, envoûte sans fin.

Usant de son charisme comme savent le faire ceux qui sont conscients de leur chic, le chanteur a ponctué de longues anecdotes les morceaux qui ont pavé sa réussite. Des démos élaborés dans des chambres de lavage, l’excité petit chien Tarzan d’une ancienne flamme, les rimes douteuses du Trac du lendemain, les musiciens qui l’ont «trompé» avec Céline Dion; les souvenirs de l’artiste ont causé l’effervescence dans le parterre du Lion d’Or investi et emballé.

Une réédition d’Amère América sur disque, vinyle et plateformes numériques, incluant une chanson inédite et des démos originaux, sera en vente ce vendredi.